Alcalde : « J’ai merdé mais je ne me sens pas dans la peau d’un dopé »

  • 12 MAI 2013/ NIMES / FRANCE / STADE NICOLAS KAUFMANN / 16EME DE FINALE RETOUR ENTRE LE RACING CLUB DE NIMES ET LE STADE NICOIS POUR LA MONTEE EN FEDERAL 2 / NICOLAS ALCADE
    12 MAI 2013/ NIMES / FRANCE / STADE NICOLAS KAUFMANN / 16EME DE FINALE RETOUR ENTRE LE RACING CLUB DE NIMES ET LE STADE NICOIS POUR LA MONTEE EN FEDERAL 2 / NICOLAS ALCADE - © AZRIA JEAN CLAUDE
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Formé à Montpellier aux côtés des Trinh-duc et Ouedraogo, le Gardois, Nicolas Alcade, a été le fer de lance du RC Nîmes et son capitaine pendant huit ans en fédérale 1. Jusqu’à un contrôle antidopage positif en octobre 2018. Depuis, le talonneur enchaîne les déboires. Le dernier en date : sa condamnation par un tribunal à de la prison avec sursis, le 4 décembre. Nicolas alcalde assume tout en donnant sa version. Confessions.

Pouvez-vous nous raconter ce qui s’est passé le 4 décembre dernier ?

J’étais convoqué au tribunal de Nîmes pour consommation de produits interdits, de stéroïdes anabolisants en l’occurrence. J’étais aussi jugé pour leur importation en raison de la manière dont je me les étais procurés, par internet.

Avec quel état d’esprit aviez-vous abordé ce jour ?

J’étais très anxieux. J’avais rendez-vous à 9 heures et j’ai dû attendre deux heures avant de passer. Pendant ce temps, j’entendais les autres séances. Elles concernaient des faits divers. Je me retrouvais entre des voleurs et un meurtrier. Je me suis demandé : "Mais qu’est-ce que je fais là ?" Ce n’était pas ma place. J’étais stressé, alors j’essayais de me rassurer un maximum en me disant que, vu mon histoire, j’aurais peut-être droit à de la clémence.

Comment s’est passée la séance ?

J’ai tout d’abord été appelé à la barre. On m’a demandé si je reconnaissais les faits. J’ai dit que j’assumais, que j’avais merdé et que j’en étais conscient. Je suis un homme droit, intègre. J’ai raconté tout ce qui s’était passé. Puis le procureur de la République et le procureur général ont donné leur vision et proposé une sentence. L’un des deux s’est mis à évoquer la mort de Dominici, qui était dépressif, et le rugby qui a tellement changé ces dernières années, avec ces joueurs qui sont de plus en plus costauds en prenant des produits. J’avais l’impression d’entendre un spectateur nostalgique d’un match de Quatrième Série. Mon affaire a été généralisée, on ne parlait pas de moi. À la fin, le procureur a dit que la plus forte des sanctions avait déjà été prise car j’étais éloigné des terrains depuis deux ans. Malgré ça, on m’a tout de même infligé trois mois de prison avec sursis.

Comment avez-vous accueilli cette décision ?

Elle m’a mis K.-O. Pour plusieurs raisons. Déjà, mon casier n’est plus vierge et je peux vous dire que ça fait bizarre d’entendre le mot prison. Même s’il y a du sursis, les gens se focalisent là-dessus. Il y a des personnes qui ont même demandé à des membres de ma famille quand est-ce que j’allais être emprisonné. Ensuite, il y a l’amende. Je suis restaurateur, je n’ai pas de salaire depuis mars et on m’impose de payer 1 000 €. C’est une grosse injustice. Il y a encore eu un coup de lame en sortant du tribunal car, à peine une heure après, les articles étaient déjà sur les réseaux.

Pourquoi parlez-vous d’injustice ?

Cette décision est démesurée, anormale, illogique. Je sais que j’ai fait le con mais mon histoire n’a pas été entendue. Elle n’a pas été prise en compte. J’ai le sentiment d’avoir été jugé comme un tricheur alors que je n’étais plus joueur quand j’ai pris ces merdes de stéroïdes.

Pouvez-vous nous raconter cette histoire ?

Tout a commencé il y a trois ans. J’avais 31 ans. J’étais blessé aux cervicales. J’avais une espèce de hernie, une nécrose nerveuse. C’est un nerf qui se pince. Ce souci a entraîné une fonte musculaire de mon bras gauche. En clair, je n’avais plus de triceps. Le médecin m’avait alors dit que le rugby était compromis. En janvier 2018, j’ai donc pris la décision d’arrêter. Et je continuais à fondre.

Et ensuite ?

Devoir ranger les crampons aussi soudainement m’a lourdement affecté. À côté de ça, je ne me reconnaissais plus dans le miroir. J’étais costaud avant et là, je me sentais décliné physiquement. Comme un vieux avant l’âge, mon bras était flasque, je n’avais plus de "pec" à gauche… Je ne voyais plus qu’une solution. C’est là que j’ai décidé de me charger.

Comment vous y êtes-vous pris ?

J’ai trouvé des stéroïdes sur internet et dans une boutique de musculation sur Nîmes. C’était très facile de s’en procurer. En mars et avril, j’ai suivi une cure de produits dopants pour me régénérer et tenter de retrouver un corps normal. C’était insupportable de me voir autant dégringolé. À mes yeux, je ne trichais pas car je ne me considérais plus comme un sportif.

Pourtant, quelques mois plus tard, on vous retrouve sur les terrains…

Je continuais régulièrement d’aller voir mon médecin pour le suivi de ma blessure. Un jour, il m’a dit que mon problème au bras ne m’empêchait finalement pas de jouer, que je pouvais reprendre. Simplement, je n’aurai plus le même corps. Je ne me suis pas posé de questions : je pouvais rejouer, c’est tout qui comptait, tout ce que je voulais. J’ai immédiatement arrêté ma cure et j’ai jeté toutes ces saloperies à la poubelle. J’en avais pris pendant six semaines. Pour moi, ça n’avait plus lieu d’être. J’allais reprendre le fil de ma carrière.

Vous effectuez donc votre retour au club, comme si de rien n’était ou presque…

Nîmes m’a laissé revenir malgré une demi-saison d’activité. J’ai repris en m’entraînant deux fois plus. Le staff m’avait déplacé en troisième ligne pour épargner mes cervicales. J’avais aussi perdu beaucoup de poids. Pour que vous vous rendiez compte, avant, je soulevais 160-170 kg au développé couché ; après ma blessure, j’étais tombé à 80-90. Tout le monde était choqué par ma transformation physique, avec ce triceps atrophié et ce creux à la place du pec. Mon retour en avait surpris plus d’un.

À quel moment la situation a-t-elle dérapé ?

En octobre, quand il y a eu un contrôle antidopage urinaire.

Que vous êtes-vous dit au moment de le passer ?

J’étais inquiet. Dans la foulée, j’ai annoncé au club que j’avais peur pour le solupred. C’est de la cortisone que je prenais pour les douleurs aux cervicales. En aucun cas, ce n’était pour améliorer mes performances. C’est ce que le médecin peut vous prescrire quand vous avez une rage de dent ou une grosse grippe, par exemple. Dans le sport, on considère que c’est un boostant. Le problème étant que je n’avais pas d’ordonnance.

Puis la sentence est tombée…

Oui, trois semaines après, j’ai reçu un courrier en recommandé au club et à mon domicile. Quand j’ai vu l’enveloppe, j’ai compris que j’étais dans la merde. J’ai pris un gros coup derrière le casque. J’avais un genou à terre. Mais il fallait se relever pour préparer ma défense.

Quelle a été la première échéance ?

Je suis passé devant la commission de la FFR : elle m’a suspendu quatre ans, la plus lourde sanction. À titre d’exemple, quand un cycliste change son sang, il prend deux ans. Dans un sens, j’ai le sentiment que les juges ont pris cette décision pour me protéger physiquement, pour ne plus que je me mette en danger. Après enquête, ils m’ont d’ailleurs laissé le droit d’entraîner et d’exercer comme bénévole. La Fédé et le club ont pu attester que le grammage des stéroïdes présents dans mes urines était cohérent avec ce que j’avais raconté.

Vous pensiez que les stéroïdes s’étaient dissipées ?

Oui, ça remontait au printemps…

Le dopage a été avéré par les instances. Mais ce n’est pas votre point de vue, on l’a compris…

Je ne me sens pas dans la peau d’un dopé car je n’ai pas triché. J’ai pris de la cortisone pour supporter mes douleurs, par pour améliorer mes performances. Et pour les stéroïdes, je n’étais plus un joueur, tout simplement.

Cette sanction a-t-elle marqué la fin de vos ennuis ?

Non car il y a eu une enquête de police en parallèle. On m’a en effet soupçonné d’être à la tête d’un trafic de produits. Ça a pris de ces proportions. Les flics ont mené des perquisitions dans ma maison et mes trois restaurants. J’ai eu droit à une audition pendant quatre heures car il pensait que j’étais impliqué dans un réseau. Dans ces moments-là, je peux vous dire que l’on se pose des tas de questions.

Où en êtes-vous aujourd’hui ?

L’année 2020 ne m’aura pas épargné. En plus de la condamnation et de l’arrêt d’activité de mes restaurants, je viens d’apprendre que ma sanction de quatre ans n’allait pas être allégée. C’est la dernière lame. J’avais demandé un sursis pour les deux années restantes et j’avais bon espoir. Je ne voulais pas que l’histoire se finisse comme ça. J’avais transmis des infos à l’AFLD et j’étais prêt à donner de mon temps pour sensibiliser les jeunes aux risques du dopage. Mais ça n’a pas suffi, ma suspension a été maintenue. Je ne pourrai donc rejouer qu’à partir du 9 janvier 2023. Le club comptait sur mon retour, en plus.

Le rugby est donc fini pour vous ?

Oui, c’est mort, j’aurai 36 ans en 2023. Le comble est que je viens aussi d’apprendre que je ne peux même plus encadrer en tant que bénévole. J’étais investi auprès des jeunes et j’officiais comme préparateur physique au club. Ça aura été une bouffée d’oxygène pendant quelques mois. Mais je n’ai plus ce passe-droit, plus de licence d’éducateur. C’est tombé comme ça, sans explication. Je suis écœuré par ce système. J’ai l’impression que tout s’écroule autour de moi.

Comme si vous étiez pris dans un engrenage…

J’ai le sentiment d’être une proie, parfois. Comme si des gens m’en voulaient assez pour mener une vendetta. Il y a eu des lettres anonymes envoyées à la presse locale en disant que ce n’était pas normal que le club me réintègre à l’époque. J’ai reçu des messages de soutiens mais d’autres plus piquants avec un maximum d’ironie, du genre "je comprends pourquoi tu étais solide". Et puis voir mon nom dans les journaux entre un violeur et un imam radical… Je me sens tellement sali. Cette affaire a fait pleurer ma mère et mis mon père dans des états pas possibles. Je suis quelqu’un de responsable et d’honnête, j’ai trois restaurants, quatorze employés… Pourtant, on n’a eu de cesse de m’appuyer la tête sous l’eau.

Dans ces moments-là, on doit compter ses vrais amis…

Oui, heureusement, il y a mon frère, mes associés, d’anciens partenaires et le club me soutiennent. Le président Olivier Bonnet et le manager Jean-Michel Millet, qui m’avaient proposé de revenir, sont aussi très touchés. Ils ne me lâchent pas. On doit se revoir prochainement pour voir ce qu’il est possible de faire. Mais à part passer dirigeant, il n’y a pas beaucoup d’options…

Quel message comptiez-vous délivrer aux jeunes joueurs, lorsque vous aviez proposé à l’ALFD de mener des actions de sensibilisation ?

Avant tout, je tenais à assumer devant eux. Et puis leur expliquer que le dopage n’est jamais la solution. Même en cas de grave blessure, même quand vous êtes au plus bas. Après, il faut de la force mentale pour traverser ces épreuves. C’est là où je regrette que les sportifs ne soient pas plus aidés. Quand il y a la petite mort, on se retrouve seul avec notre deuil. Comme une éponge qui a trop servi. Il faudrait plus de soutien, plus de solutions. Il y a autre chose que je retiens de mon histoire.

On vous écoute.

à mon avis, il faudrait un tribunal du sport, plus cohérent, qui connaît l’univers des sportifs pour pouvoir juger de la meilleure des manières ce genre d’affaires. Au tribunal, la présidente m’a dit que c’était la première fois qu’elle se retrouvait face à un cas comme le mien. Je ne remets pas en cause son boulot mais le contexte n’a pas été pris en compte : sérieusement, est-ce qu’à 32 ans, j’allais commencer à me charger du jour au lendemain ? Qu’est-ce que j’avais à y gagner ? Je n’allais pas finir en Top 14, je le savais… Mon niveau optimal, c’était la Fédérale 1, j’étais semi-pro, j’avais entamé ma reconversion. Et ça m’allait bien.

Comment envisagez-vous l’avenir ?

J’attends 2021 avec impatience. J’espère au moins que les affaires vont bien repartir. Je ne baisse pas les bras. Mais il va falloir que je fasse le deuil de ma carrière. J’aurais été le plus heureux de pouvoir reprendre. Je pense que je vais mettre du temps à digérer cette nouvelle.

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