La chronique d’Olivier Margot : un nouveau monde ?

  • La chronique d’Olivier Margot : un nouveau monde ?
    La chronique d’Olivier Margot : un nouveau monde ? PA Images / Icon Sport - PA Images / Icon Sport
Publié le

Longtemps le rugby a regardé le football de haut, au nom de ses "valeurs", mot suremployé depuis les années 80, notamment par certains patrons du Cac 40 amoureux du "noble jeu", Claude Bébéar, Jean-René Fourtou, Serge Kampf et d’autres. D’ailleurs, dans le "Dictionnaire des idées par les mots", le mot "valeur" renvoie prioritairement à "banque". Assez loin du mot "valeureux", lequel a un tout autre sens et dit presque tout du jeu de rugby.

A-t-il fallu du courage pour que, ce mardi 8 décembre au Parc des Princes, les équipes du Paris-Saint-Germain et d’Istanbul disent NON, cette fois ça suffit !

Voici l’histoire : le Roumain Sebastian Coltescu, quatrième arbitre de ce match de Ligue des Champions, aurait proféré des paroles à connotations racistes envers Achille Webo, ancien international camerounais et entraîneur adjoint d’Istambul : "A la negru de acolo, a la negru". Traduction : "Le Noir là-bas, le Noir". Alors, Demba Ba, né au Havre, affrontant Coltescu du regard, dit à deux reprises "Why you said negro ?" Puis, il devint définitif : "Quand vous vous adressez à un homme blanc, vous ne parlez pas d’homme blanc. Pourquoi le faites-vous avec un homme noir ?" On connaît la suite. Les mots de Kylian Mbappé à l’arbitre central : "Nous ne pouvons pas jouer avec ce gars" ; les deux équipes qui rentrent ensemble aux vestiaires, illustration vivante de la fraternité ; le match arrêté à la 13e minute reporté au lendemain ; le direct planétaire et la déflagration qui s’en suit, provoquée par ce non au racisme… Un acte valeureux, courageux, d’une noble dignité, qui effaçait tant de cris de singes impunis. Et le lendemain, la vision des deux équipes, avec de nouveaux arbitres un genou à terre, un poing levé, tête baissée, dans le droit fil des basketteurs de la NBA et du mouvement "Black Lives Matter" après la mort de George Floyd aux USA. Sommes-nous enfin rentrés dans un nouveau monde dans lequel l’égalité serait la vertu principale, quelle que soit la couleur de peau ?

Les "valeurs" ou soi-disant telles ne seraient plus l’apanage exclusif du rugby. D’autant que quelques jours avant s’est déroulé l’épisode argentin. Quelques "tweets" postés entre 2011 et 2013 ont été exhumés dans de troubles circonstances. Pablo Matera, capitaine et flanker, Guido Petti Pagadizabal, deuxième ligne, Santiago Socino, talonneur, en sont les auteurs. Leurs mots sont terribles, et même inouïs. "Belle matinée pour sortir en voiture écraser des noirs." Ou : "Afrique du Sud, baby ! Enfin, je me tire de ce pays plein de nègres." Sur un autre plan : "J’ai une nouvelle employée de maison de 18 ans, fluette et bronzée aux yeux célestes : je peux vous jurer qu’elle va passer le chiffon chez plusieurs amis." Encore : "Qu’est-ce qu’une bonne enceinte ? Un kit de lavage."

Les valeurs, donc. Confrontée à ces propos racistes, abjects, haineux, la fédé argentine suspendit les trois joueurs… trois jours, certaine que ces tweets ne reflétaient pas leur pensée. Conclusion : pour l’UAR, "écraser des noirs" ne veut pas dire "écraser des noirs". De nombreux joueurs de couleur évoluent dans le Top 14, Français, Fidjiens, Sud-Africains dont Kolbe est le héros. Comment les mots des trois Argentins et l’ahurissante mansuétude de l’UAR ne feraient-ils pas penser à l’apartheid, cette honte d’une douleur infinie ? Au nom des "valeurs du rugby" peut-être ?

Quelque chose de moins grave pour finir, le récent Angleterre — France (22-19) et sa cohorte d’indignation. L’arbitrage de l’Irlandais Andrew Brace fut cohérent, jusqu’au money time. Et là, plus pareil. Conjonctivite brutale touchant l’arbitre, le juge de touche, les délégués à la vidéo, à moins que ceux-ci aient préféré aller boire une "mort subite" par exemple, bière belge renommée. Défaite cruelle, la presse anglaise elle-même arguant que puisque l’équipe d’Angleterre ne trouvait pas la solution, l’arbitre s’en chargea. Pire : cette très ancienne et très envahissante certitude que le match basculerait du côté anglais. Ce n’est plus supportable. Car dans le cas du match arrêté au Parc des Princes, dans celui des trois Argentins et de leur fédération et dans le cas d’Andrew Brace enfin, un mot existe qui résume tout : l’impérialisme, ses structures mentales, la certitude d’une supériorité foncière. Vite, un nouveau monde !

Cet article est réservé aux abonnés
Abonnez-vous pour en profiter
à partir de 0,99€/mois, sans engagement
  • Tous les articles en illimité sur le site et l'application
  • Le journal en version numérique dès 20h30 la veille
  • Les newsletters exclusives
Midi-Olympique
Voir les commentaires
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?