Tingaud : «J’ai envie de m’investir dans le futur de la LNR»

  • Alain Tingaud
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Interview d'Alain Tingaud, membre du comité directeur de la LNR.

La LNR va verser 500 000 euros à des clubs amateurs, en guise d’indemnités de formation, cette année. êtes-vous satisfait d’avoir mené à bout la réforme des indemnités de formation ?

Au-delà même de ce versement, la bonne nouvelle est que le rugby français revient un peu au top et qu’il le doit à sa politique globale de formation. Je suis très satisfait de voir la dynamique qui se met en place autour de l’équipe de France qui n’est pas sans liaison avec ce que nous avons voulu faire il y a un peu plus de six ans, quand nous avons démarré la réflexion sur les indemnités de formation, qui avaient pour objectif de réguler les transferts entre clubs pros mais aussi avec les joueurs venus du monde amateur. 100 % ou presque des joueurs professionnels sont passés par des petits clubs. Il était donc normal que l’on mette en place une juste rémunération du parcours de formation des joueurs. Cela a créé une grande dynamique transversale de la part de toutes les institutions et c’est une juste reconnaissance de cette nouvelle génération qui émerge. Pour finir c’est un bel aboutissement ce versement et dans cette période un peu compliquée, cette reconnaissance de ces 340 clubs amateurs qui ont contribué à former le gros millier de joueurs professionnels est belle. Car quelques fois les indemnités versées vont représenter des sommes non négligeables. En tout cas, c’est un juste retour des choses.

Cette RIF, est un des rares sujets pour ne pas dire le seul, où LNR et FFR ont travaillé de concert ? Sans anicroche…

Je vais être très sincère avec vous, quand nous avons démarré ce projet, et que nous avions informé la fédération de celui-ci, ce n’était pas la même gouvernance que celle de Bernard Laporte, et nous n’avions pas reçu un accueil très ouvert. On regardait la Ligue avec des drôles d’yeux. Et puis quand Laporte a pris le pouvoir, cela a été assez compliqué au départ au moins les deux premières années. Les clubs professionnels ont continué de travailler dans leur coin, à réfléchir, mais c’est vrai que sur la dernière année, quand les choses allaient devenir concrètes, nous avons mis en place un comité de pilotage entre FFR et LNR que j’ai présidé qui a permis de mettre en place cette stratégie de versement vers le monde amateur. Et c’est vrai que lorsque l’on est rentré dans le fond de la démarche, il y a eu une véritable adhésion de part et d’autre. C’est un des projets communs que Ligue et Fédé ont mis en place.

Les bons résultats du XV de France ces derniers temps, mais aussi le renouvellement de génération de joueurs dans les clubs de Top 14 et de Pro D2 ne sont-ils pas les premiers fruits récoltés de la politique de formation mis en place par la Ligue il y a près de dix ans, qui a été décriée, notamment l’instauration des fameux Jiffs ?

Exactement. Je suis très fier que les trois grandes priorités du rugby professionnel ont été mises en place depuis huit ans et qu’aujourd’hui comme vous dites, elles portent leur fruit. D’abord le travail de formation des clubs de Top 14 mais aussi de Pro D2, sur l’initiative de la Ligue avec la multiplication par 5 des budgets alloués vers les centres de formation. Le système de Jiffs qui est monté en puissance. Tout cela a permis une éclosion d’une génération qui a eu du temps de jeu pour faire ses preuves. N’oublions pas aussi la performance d’ensemble des clubs français qui ont permis à des Dupont, Ntamack, Cretin et j’en passe et des meilleurs, qui ont eu la capacité de jouer au plus haut niveau. Et en Pro D2, qui est un peu une sorte de start-up, un endroit où l’on fait éclore les jeunes. N’oublions pas le troisième pilier, c’est le partenariat avec l’équipe de France. Alors évidemment, il y a eu parfois, souvent, des remous dans les discussions mais malgré tout, la relation directe qui a été établie entre les entraîneurs et le staff a porté ses fruits. Il faut la faire perdurer. Pour préparer le Mondial 2023, il va falloir que les dirigeants des deux côtés mettent en place ce partenariat de compétences, que la fédération se serve de celles qui sont dans les clubs, qui forment, font vivre les joueurs. Tous les clubs pros et la LNR, n’ont qu’une ambition pour 2023, que la vitrine de notre sport brille !

Mais quand on voit qu’en ce moment, l’absence de discussion où chaque camp, campe sur ses positions, notamment sur la mise à disposition des internationaux pour le prochain Tournoi, ne faut-il pas qu’une des deux parties fasse le premier pas pour que l’autre vienne aussi et que l’on en finisse de cette guéguerre entre les deux institutions ?

J’ai envie de rappeler une des grandes valeurs de notre sport : le respect. Je demande à la fédération de respecter la LNR qui est au rugby l’institution qui gère le monde professionnel. Et de respecter aussi des méthodes de discussion et de fonctionnement. Le bureau de la Ligue a proposé, avec l’accord de l’ensemble des présidents, que cela soit le staff de l’équipe de France et les entraîneurs mandatés par les clubs pros, qui discutent de l’élaboration d’une plateforme commune de mise à disposition pour le Tournoi à venir et l’avenir. La FFR, pour l’instant, n’a pas accepté cette méthode et c’est incompréhensible. À partir du moment, où l’on laisse les techniciens discuter entre eux, il n’y a plus de problème. J’espère que l’on va revenir à un état d’esprit plus ouvert pour arriver rapidement à un accord afin que Fabien Galthié puisse annoncer son groupe début janvier. S’il n’y en a pas, on s’appuiera sur la convention en place mais je trouverai cela dommageable de ne pas améliorer la dite convention. J’aimerais que l’on sorte de cette culture de la dernière nuit avant de se mettre d’accord. Ce serait plus professionnel. Il faut que l’on travaille ensemble et ce sera l’un des chantiers de la prochaine gouvernance de la LNR.

Est-ce que le poste de président de la Ligue peut vous intéresser ?

Avant de parler de qui va prendre la médaille, ce qui est important c’est le projet. Et je vous rappelle que les présidents élisent les membres du comité directeur et ensuite un de ses membres peut se présenter et être élu président de la LNR.

Mais en avez-vous envie ?

J’ai envie de m’investir dans l’avenir du rugby professionnel, de m’investir au sein d’un comité directeur fort, d’une ligue forte. D’une ligue entreprenante, qui va créer de nouvelles valeurs ajoutées, montrer la voie du rugby professionnel. Il y a plein de projets qui méritent d’avoir une gouvernance forte dans le futur. Alors dans ce cas-là, je serai très intéressé pour rejoindre le futur comité directeur et puis… On verra par qui le projet sera piloté.

Le président Paul Goze, va laisser un rugby professionnel plutôt en bonne santé, s’il n’y avait pas eu la crise du Covid, avec notamment des droits TV sécurisés sur le long terme, avec une belle exposition et un produit Top 14 qui semblait jusqu’à l’an passé attractif ?

Je suis content de vous l’entendre dire et je vais le répéter car oui, la mandature des huit années sous Paul Goze, a permis de faire un énorme travail. L’héritage est plus que positif, il faut noter aussi que les permanents à la LNR, ont effectué une mission incroyable. Cette équipe de management a permis de passer le moins mal possible cette année 2020 qui a été très difficile pour le rugby et ce n’est pas fini… On pourra dire que les années Goze à la LNR, auront été fortes. Il faut continuer, car il reste plein de choses à faire.

Le futur président de la Ligue ne doit pas aussi plus faire cas du Pro D2 qui paraît être le parent pauvre du rugby professionnel ?

Il n’y a pas de grand Top 14 sans une grande Pro D2. La Pro D2 c’est l’ADN du rugby pro. C’est par elle que le Top 14 va se développer. Contrairement à ce que vous dites, la LNR, sur les dernières années, a voulu la consolider. D’ailleurs elle est regardée comme un exemple ! Il n’y a pas un autre pays dans le monde qui peut se permettre d’avoir trente clubs professionnels avec deux championnats forts. Il n’y a que la France. Le futur projet de la Ligue devra intégrer une plus grande Pro D2 encore, lui apporter encore plus de visibilité car il est là le rugby professionnel de terroir.

Quand vous étiez président du SUA, vous indiquiez que sa place était dans les 20 premières équipes françaises, aujourd’hui alors qu’un retour en Pro D2 lui semble promis, Agen ne doit-il pas s’installer uniquement en Pro D2 ?

De par la structure financière du club, de par la taille de la ville qui est la plus petite du Top 14, et malgré son histoire, il n’a pas les moyens de rivaliser avec les grosses écuries. J’ai présidé le SUALG pendant 11 ans, et avais mis avec Académia, une politique ambitieuse de formation qui a porté ses fruits. Et si j’ai connu deux descentes, j’ai connu trois montées. Je maintiens qu’Agen doit être dans les 20 premiers clubs pros français. Est-ce un drame s’il tombe en Pro D2 ? Non, on peut construire un club estimé dans un nouveau stade qui va sortir de terre, qui doit se focaliser sur la formation.

Mais ne doit-il pas vivre sa vie en Pro D2, comme Mont-de-Marsan, Colomiers ou Aurillac, et briser ce tabou du Top 14 qui ne doit être qu’un accident ?

Il n’y a pas de raison de déclarer que la place d’Agen est uniquement en Pro D2. Je n’y crois pas. Le SUALG est condamné à faire le yoyo ? Mais c’est tellement excitant de vivre une montée en Top 14, de gagner ce championnat formidable ! C’est un bonheur suprême. Et on ne peut l’enlever à une population rugby, amoureuse de ce sport.

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