Commotions : un premier joueur de Top 14 envisage de porter plainte

  • Cameron Pierce avec Pau
    Cameron Pierce avec Pau - Manuel Blondeau / Icon Sport
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Ancien deuxième ligne de Pau et du Canada, Cameron Pierce envisage très sérieusement de rejoindre le mouvement judiciaire initié contre World Rugby et leurs fédérations par un collectif de joueurs anglais et gallois.
 

Après avoir mis un terme à sa carrière voilà quatre ans des suites d’un choc à la tête suite subi le 1er octobre 2016, Cameron Pierce travaille à se reconstruire du côté de Libourne, où il s’est désormais installé depuis son départ de Pau. Et c’est peu dire que l’ancien international canadien voit d’un bon œil se lever la lame de fond de la plainte collective formulée par une centaine de joueurs anglais et gallois contre World Rugby et leurs Fédérations... « Cela arrive un peu tard, mais mieux vaut tard que jamais, non ? Je suis d’ailleurs en train de me renseigner auprès de mon avocat pour voir comment il est possible de rejoindre ce mouvement ou de le développer en France, parce que c’est nécessaire. Même si Provale réalise de son côté un bon travail de prévention, je pense qu’il faut aller plus loin. Je préfère ne pas trop en parler pour l’instant, car nous n’avons pas encore beaucoup avancé, mais je pense qu’une action en justice similaire à celle des joueurs anglais et gallois est envisageable aujourd’hui, oui. »

« ON VIT EXACTEMENT LA MÊME CHOSE QUE DANS LE FOOT US »

Les mots sont lâchés, pesés, choisis. Parce que les commotions cérébrales et leurs éventuelles conséquences comme l’en-céphalopathie traumatique chronique (ou ETC, une forme d’affection cérébrale progressant vers les maladies neurodé-génératives, habituellement diagnostiquées post mortem, après une pratique sportive prolongée émaillée de nombreuses commotions cérébrales) sont un sujet des plus sensibles, dans un monde du rugby plus conscient que jamais qu’il pourrait essuyer les mêmes plâtres que le football américain voilà une dizaine d’années. « Le rugby est en train de vivre exactement la même chose que le foot US en son temps, appuie Pierce. Le problème est que nous avons pris en France cinq ans de retard par rapport aux Anglais, qui sont eux-mêmes en retard par rapport à ce qui s’est passé dans le foot américain. Et pourtant, il s’est passé des choses, y compris en France. » À commencer par des prises en charge qui, si elles sont de mieux en mieux suivies et encadrées, ont pu laisser à désirer voilà quelques années. « À Pau, les protocoles de retour à l’entraînement après mes commotions n’ont pas du tout été respectés, jure Pierce. Le problème, c’est que le club me faisait m’entraîner tout seul. C’est bien simple : le club souhaitait me faire partir des suites de ma commotion du 1er octobre 2016, et j’ai été mis à la poubelle. Le neurologue qui était censé me suivre, quant à lui, m’a écrit pour me dire qu’il m’avait oublié ! J’ai dû m’imprimer moi-même les protocoles à suivre post-commotion et me débrouiller à les suivre tout seul pendant trois mois, sans accompagnement, sans aucune interaction avec le staff médical. Et ça, c’était dans le monde professionnel ! Je n’imagine même pas face à quels dégâts on peut arriver dans le monde amateur... »

LA COMMUNICATION DE BILL BEAUMONT

Une interrogation qui explique le pour-quoi de la démarche de Pierce dont on peut se douter qu’elle fasse effet boule de neige dans l’Hexagone, l’ampleur du tsunami constaté outre-Manche ayant obligé le président de World Rugby Bill Beaumont de sortir de son habituelle réserve. « Il est évident que le sujet des commotions cérébrales et de la santé cognitive à long terme est extrêmement complexe. La science continue d’évoluer et nous évoluerons avec elle. Nous ne devons pas être et ne sommes pas inactifs. J’ai pu constater de mes yeux comment les progrès de la science et de la médecine ont influencé notre façon de protéger les joueurs. Les mesures de protection nécessaires dans le rugby sont en place. » Pas sûr que tous les plaignants se rangent à cet avis...

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