Elissalde : « Un jour je postulerai peut-être pour être numéro un »

  • Jean-Baptiste Elissalde, ici au côté de Xavier Garbajosa, est en charge de la défense mais aussi du jeu au pied et de la technique des tirs au but à Montpellier.
    Jean-Baptiste Elissalde, ici au côté de Xavier Garbajosa, est en charge de la défense mais aussi du jeu au pied et de la technique des tirs au but à Montpellier. Icon Sport
Publié le , mis à jour

L'ancien Toulousain prend le temps de détailler son métier d'entraîneur, ses perspectives professionnelles au cours d'une discussion 100% rugby. 

Cela fait bientôt un an que vous avez pris vos fonctions au MHR, en tant qu’entraîneur de la défense.
Quel bilan tirez-vous de cette première année ?

C’est particulier ! À peine arrivé, après quatre ou cinq rencontres avec Montpellier, le rugby s’est arrêté en raison de la crise de la Covid-19. Ce rôle d’entraîneur de la défense était un peu nouveau pour moi alors j’ai profité de la longue coupure pour bien travailler sur le contenu de mes séances. J’ai étudié à la vidéo bon nombre d’équipes et de systèmes défensifs pour essayer de mettre des choses en place. J’ai l’impression que l’équipe a plutôt progressé sur sa ligne de défense depuis la reprise de la compétition, même si on reste encore très perfectible.

On a du mal à croire que vous, attaquant dans l’âme, parveniez à vous satisfaire d’intervenir sur le seul
secteur de la défense ?

On discute de tout avec Xavier Garbajosa : de la composition d’équipe, du jeu d’attaque… Mais mes prérogatives ne concernent effectivement que la défense, le jeu au pied et la technique des tirs au but.

Et cela vous suffit ?

Oui, Xavier s’occupe du jeu offensif. Il y a près d’un an, il avait besoin de s’appuyer sur quelqu’un pour la défense ; je lui ai bien précisé que c’était nouveau pour moi. Mais le fait d’avoir beaucoup travaillé sur l’attaque, m’a permis d’apercevoir aussi les difficultés que pouvaient éprouver les équipes en défense. En suivant, j’ai vraiment mis à profit cette coupure liée à la pandémie pour potasser, essayer de mettre en corrélation les qualités de nos joueurs avec les volontés de Xavier. C’est une nouvelle expérience, mais oui ça me plaît. Cela peut paraître moins « sexy  » que de trouver des stratégies pour contourner les défenses quand ta formation a le ballon, mais je m’éclate dans ce que je fais.

Quelle est la répartition des rôles au sein du staff ?

Xavier en est le patron : il s’occupe plus particulièrement des trois-quarts et c’est lui qui a le dernier mot sur la composition d’équipe. Olivier Azam, qui vient d’arriver, s’occupe de la conquête et du jeu d’avants ainsi que des attitudes lors des collisions. Et moi, outre le jeu au pied et la défense et j’ai aussi en charge l’étude du jeu de nos adversaires.

Bossiez-vous déjà le système défensif quand vous étiez l’adjoint de Guy Novès, au Stade toulousain ?

Oui, même si ce n’était pas aussi pointu que ce que souhaite aujourd’hui Xavier. À l’époque, la défense n’était pas un secteur primordial du système toulousain ; le groupe avait tellement l’habitude de jouer ensemble que le système évoluait peu et les joueurs avaient pas mal d’automatismes entre eux. Mais quand il y avait des séances spécifiques, elles étaient coanimées par Yannick Bru et moi.

Venons-en aux résultats. Compte tenu de la qualité de l’effectif du MHR, comment expliquer le début de saison mitigé ?

Sans se chercher d’excuses, nous n’avons pas eu un bon alignement des planètes, notamment en raison de la pandémie. Nous n’avons pu faire qu’une mi-temps de préparation contre Aurillac, avec l’équipe qui devait démarrer le Top 14. Nous avons aussi été pollués par le travail en petits groupes toujours en raison de l’application du protocole sanitaire.

Sur la première journée, en raison d’une grosse défaillance en mêlée fermée avec notamment neuf pénalités concédées dans ce secteur, on perd le premier match à la 77e minute. L’équipe n’est alors pas en confiance. On perd ensuite au Racing 92 qui tournait à plein régime une semaine avant sa demi-finale européenne. En suivant, plusieurs de nos matchs ont été reportés… Bref, tout cela pour vous dire qu’on n’a jamais pu véritablement lancer notre saison.

Cela vous a fait mal…

Une fois que le doute s’installe, c’est compliqué dans un vestiaire… Pourtant, le projet de jeu de Xavier est ambitieux. Il doit nous permettre de retrouver le haut du classement. Pour cela, il faut également changer les mentalités. L’identité que Xavier souhaite donner à cette équipe n’est pas la même que les précédentes. Le profilage des joueurs a été différent, il y a eu pas mal d’arrivées à l’intersaison. Tout ceci explique notre manque de liant. Il y a aussi eu un changement d’entraîneur des avants (Pierre-Philippe Lafond a été écarté, NDLR), et cela perturbe toujours le fonctionnement général. Malgré tout, je reste optimisme : en termes d’état d’esprit, à part à Bayonne, on sent que le groupe réagit bien.

La victoire à Clermont semble marquer un véritable départ ?

Nous étions au pied du mur. Il y a eu une grosse remise en question du groupe, qui a réussi ce petit exploit de l’emporter au stade Michelin ! C’était difficile d’y aller dans ce contexte, de ne pas encaisser d’essai là-bas et de faire front face à une équipe qui était, elle, en confiance. On gagne sur les bases de notre sport : conquête, défense et un bon jeu au pied d’un gamin de 18 ans que nous avons lancé dans le grand bain (Louis Foursans-Bourdette, NDLR).

Est-ce difficile de faire changer de style de jeu à cette équipe habituée à chercher la destruction de son adversaire plutôt qu’à produire du jeu ?

Non, mais cela demande du temps pour convaincre et en suivant pour mettre en place. C’est forcément très long. Le rugby qu’aime Xavier demande beaucoup d’aptitudes techniques mais aussi pas mal de lecture du jeu. Il faut le pratiquer et le vivre. Malheureusement, on n’a pas pu, durant les matchs amicaux, le répéter à balles réelles. Les défaites dans les dernières minutes ont restreint la capacité des joueurs à avoir confiance en eux. Je sais que ça va être long. Je le répète souvent à Xavier : nous sommes à un sixième de notre parcours et fonctionnement. Il nous reste encore trois ans de travail pour arriver à la plénitude. Il ne faut pas aller trop vite.

Oui, mais le président Mohed Altrad n’est pas réputé pour être très patient. Lui veut un retour sur investissement, avec des titres…

Cela ne doit pas être une pression. Dans le rugby d’aujourd’hui, à l’image du football, les staffs sont remis en cause perpétuellement. Mais on doit résister et garder notre ligne de conduite. On ne peut pas changer de direction toutes les cinq minutes, sans quoi les joueurs vont se sentir perdus. Nous sommes conscients avec Xavier et Olivier, que le rugby tend vers un jeu de dépossession, donc on recherche le bon équilibre. Encore une fois, cela demande du temps. Mais je ne suis pas inquiet, car nous travaillons dans le bon sens. Après, je sais que nous serons jugés sur les seuls résultats et il ne faut pas qu’ils tardent à venir.

Au niveau des lignes arrières, on assiste à un rajeunissement et à un changement de profil : les joueurs sont bien moins lourds sur la balance que leurs prédécesseurs...

Oui, c’est une mutation assumée. Nous avons un jeune capitaine avec Arthur Vincent. L’embryon de quelque chose de bien est né. On le voit également avec l’avènement, pour cause de blessures, de Foursans qui perce aujourd’hui à l’ouverture.

N’était-ce pas un choix par défaut avec les blessures de Pollard, Bouthier et la méforme de Lozowski ?

Je ne le perçois pas comme ça. Déjà, Xavier l’avait remarqué et lui avait demandé de venir s’entraîner avec nous. Cela fait partie de son projet : la formation doit faire partie intégrante du secteur professionnel. Pour revenir à Louis, on voyait bien lors des entraînements, qu’il avait quelque chose. Il a répondu aux attentes et s’est montré performant dans le jeu au pied. Ce qui est bien, c’est qu’il y en a d’autres qui frappent à la porte pour les mois ou les années qui viennent. Mais je le répète, tout ça demande du temps et de la patience.

Pourquoi avoir confié le capitanat à Arthur Vincent (21 ans), alors que vous comptez des joueurs comme Ouedraogo, Guirado ou encore Du Plessis, qui ont été capitaines au niveau international ?

Ce garçon possède une maturité incroyable pour son âge. Par l’exigence qu’il met au quotidien dans son travail, il a valeur d’exemple, et c’est souvent ce que l’on demande à un capitaine. En effet, nous avons pas mal de joueurs d’expérience ou emblématique du club. Je pense à Ouedraogo, Picamoles ou Paillaugue. Mais ils se placent désormais à son relais. D’ailleurs, Fulgence a retrouvé ses galons pendant l’absence d’Arthur… Tous font partie du noyau de joueurs qui sont les référents du vestiaire. Arthur est notre capitaine, mais de ce que je perçois aux entraînements ou lors des discussions, il n’est pas seul à se démener.

Peut-on dire que le MHR a commencé une phase de transition, avec une nouvelle génération qui va supplanter la précédente symbolisée par les Ouedraogo, Picamoles, Tomas et Trinh-Duc ?

C’est exactement cela. Nous avons des joueurs avec une grosse expérience qui arrivent en fin de carrière et des jeunes qui pointent le bout du nez. Entre les deux, nous n’avons pas beaucoup de monde. Il faut repenser ce groupe, le régénérer tout en respectant les joueurs. C’est le job de Philippe Saint-André et de Xavier Garbajosa. Moi cela ne me regarde pas trop. C’est un des gros chantiers des prochains mois.

N’avez-vous pas vous personnellement envie de prendre en mains un staff, et ne pas être toujours qu’un simple adjoint de managers reconnus ?

Déjà, je suis l’enfant de mon père qui a aussi été mon entraîneur ! Tout ça pour dire qu’il m’a appris à respecter la hiérarchie. Après, il ne faut pas se le cacher : j’ai aussi eu une maturité tardive, je suis devenu véritablement adulte assez tard (sourire). Or, manager est un poste qui demande beaucoup de recul et de maturité… J’ai le temps et je ne veux pas me précipiter. Un jour, je postulerai peut-être pour devenir le patron d’un projet. Et alors l’énorme expérience acquise auprès de Guy Novès, à qui j’associe Yannick Bru, en équipe de France même si cela a été dans la difficulté, puis l’apport de Fabien Galthié dans le staff de Jacques Brunel lors du dernier Mondial jusqu’à aujourd’hui la défense au MHR, auront rempli mon bagage. Le jour où je me déciderai, tout ce vécu sera précieux.

N’est ce pas pas un manque d’ambition ?

Non, je ne veux juste pas aller trop vite. Je crois que je n’ai pas encore assez de recul et de connaissance pour endosser un rôle de numéro un. On peut penser que cela traduit un manque d’ambition mais je ne le crois pas. Je suis entraîneur adjoint, je sais où est ma place. Je collabore avec un ami, Xavier. De temps en temps cela peut-être une difficulté, même si c’est une vraie force.

Et quand vous râlez auprès d’un de vos joueurs pour un plaquage raté ou un mauvais placement, vous sentez-vous légitime ? Car joueur, vous aviez d’autres qualités que celui de défenseur…

Ah, ah, ah… C’est sûr… Je ne me suis jamais « enlevé  » mais on ne peut pas dire que j’étais très performant au niveau des statistiques des plaquages offensifs. Après, j’ai peut-être des manques sur le jugement de la défense, sur le un-contre-un, car je ne l’ai pas vécu. Mais j’ai beaucoup bossé pour essayer d’être le plus précis possible dans mon registre.

Nous avons la chance d’avoir des joueurs qui ont derrière eux des milliers d’heures d’entraînement et ce n’est pas à moi de leur apprendre la technique du plaquage mais plutôt d’avoir le bon placement dans un système défini. Je me positionne très peu en père fouettard, de toutes les façons. Je n’aime pas taper très fort sur la tronche des mecs. Je préfère le dialogue.

Quel regard portez-vous sur les résultats du XV de France ? Et sur sa charnière Dupont-Ntamack ?

Ce qui a beaucoup changé avec l’arrivée de Fabien Galthié, c’est la possibilité de disposer de beaucoup de joueurs pour préparer les rencontres. Lors de l’été qui a précédé le Mondial au Japon, on a pu s’apercevoir de l’importance d’avoir plus d’une trentaine de joueurs pour s’entraîner et mener des séances qui ressemblent à l’intensité des matchs. C’était un vœu de Fabien, et c’est une véritable avancée. Je me souviens avoir été choqué quand je suis arrivé dans le staff du XV de France avec Jacques Brunel, et de ne disposer que de 24-25 joueurs, dont 4 ou 5 étaient plus ou moins blessés. Tu ne faisais que du bricolage au lieu de préparer une rencontre internationale.

La préparation de la Coupe du monde avait été un vrai pas en avant, Fabien n’a pas lâché. Et puis, après avec Laurent Labit, ils ont pu faire le tri entre les joueurs qui avaient un gros potentiel et ceux qui devaient tourner la page de l’équipe de France. Ils ont bien observé le rugby international. Résultat, de ce que je perçois, au bout seulement d’un an, l’équipe de France a retrouvé une identité. Elle plaît ou pas, elle est discutable ou pas. Chacun à son avis, mais tu sais dans quelle direction elle va et tous les joueurs semblent convaincus que c’est un rugby qui va les faire gagner.

Et sur la vague jeune qui prend le pouvoir ?

On avait senti avec Jacques Brunel, Julien Bonnaire ou Sébastien Bruno qu’il fallait amener de la fraîcheur dans le groupe, notamment à cause du poids qui pesait sur les joueurs ayant connu dix ans de mauvais résultats. On avait d’ailleurs sélectionné Jalibert, qui s’était blessé dès sa première sélection, ou Dupont qui s’était également blessé… On sentait que les deux générations de champions du monde moins de 20 ans pointeraient le bout de leur nez pour 2023. On voit aujourd’hui que Fabien a réussi à prendre un peu d’avance sur ce plan-là. Mais ce qui a surtout changé, c’est la façon dont l’équipe s’entraîne.

Quel est votre avis en tant que technicien de club : faut-il laisser la possibilité à Fabien Galthié de s’entraîner à 42 joueurs ou rester à 31 ?

Je connais les problématiques des deux côtés. Avec des joueurs qui montent à Marcoussis mais qui ne font pas partie des feuilles de match alors que leur club est dans la galère. On l’a connu à Montpellier cet automne. Quand tu te passes de trois, quatre ou cinq joueurs pour construire ta ligne de trois-quarts, c’est plus difficile d’être performant… Pour autant, je le disais : s’entraîner à 42 pour préparer une rencontre internationale est primordial. Mais, confronté à la réalité du club, je comprends aussi les besoins des staffs.

Cette question est insoluble dans l’état actuel du calendrier. Elle engendre pas mal de tensions entre Ligue et Fédération. Tous ont raison. Il faut arriver à modifier le calendrier pour supprimer les doublons. Je le dis mais je n’ai pas la solution. J’entends aussi les critiques qui viennent d’autres sports, du football ou du basket qui n’arrivent pas à comprendre comment le championnat peut perdurer pendant que l’équipe de France joue. Ils ne comprennent pas notre fonctionnement.

Ce dimanche le MHR se déplace à La Rochelle. Cela reste-t-il un rendez-vous particulier pour vous, le Rochelais de naissance et de cœur ?

J’ai passé un cap, cela n’engendre plus d’émotion. Je suis très heureux de voir que La Rochelle est devenue l’une des grosses écuries du Top 14. Cela fait dix ans que le club est sur la pente ascendante. Je suis content d’y retourner car je suis toujours très bien accueilli, j’y ai ma famille, mes racines, mes amis. Je n’y ai vécu que de bons moments, même ceux qui furent durs à vivre sont devenus des bons souvenirs.

C’était aussi l’époque de ma relation père-fils, entraîneur-entraîné. On bataillait pour le maintien… Le président n’a jamais rêvé à des titres mais plutôt d’avoir un stade plein et de rendre les gens heureux. Le club possède une très belle école de rugby, mise en place par mon grand-père, mais que les dirigeants, au fil des ans, ont su faire évoluer. Le club véhicule de belles valeurs. Bravo au président Merling pour le travail accompli ! La Rochelle est un exemple pour beaucoup.

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