Dupont, notre Messi !

  • Antoine Dupont face au Racing 92
    Antoine Dupont face au Racing 92 Icon Sport
Publié le , mis à jour

L'édito du jeudi par Emmanuel Massicard... Ugo Mola, son entraîneur, et Fabien Galthié, son sélectionneur, ne vont pas forcément aimer. Au nom du sacro-saint esprit de corps et de cette culture très rugbyphile qui se plaît à couper les têtes dépassant un peu trop du collectif, ils ne vont pas aimer voir Antoine Dupont prendre ici tant de lumière.

Pourquoi ? Parce qu’ils ont un groupe et des ego à gérer. Parce qu’ils sont eux-mêmes des plus exposés en bord de terrain, face caméra. Parce qu’ils connaissent trop bien les lois de l’apesanteur, les risques de surpression inhibitrice et la grosse tête qui menace en cas de trop grande exposition médiatique.

Toutes ces bonnes raisons de garder leur génial protégé le plus possible en couveuse sont évidemment légitimes. Les techniciens savent aussi de quoi ils parlent pour avoir connu l’ascenseur émotionnel — et promotionnel — au temps où ils étaient internationaux.

Permettez-nous quand même de ne pas avoir à masquer notre plaisir de voir la France compter l’un des tout meilleurs joueurs de la planète, si ce n’est le meilleur en cette année 2020. Cela faisait bien longtemps que pareille aubaine ne nous était pas offerte. Trop longtemps pour ne pas apprécier la juste valeur des choses et rappeler ici une vérité implacable : les plus grands entraîneurs ont toujours les meilleurs joueurs à disposition. Galthié et Mola n’y coupent pas.

Au vrai, Dupont est aujourd’hui notre (Lionel) Messi. Pas besoin de jeu de mots : le demi de mêlée est digne de l’Argentin du Barça. Celui qui transcende le collectif, fait briller les autres et, surtout, change le cours des matchs. Du tout-en-un qui fut par exemple décisif contre l’Angleterre avec les Bleus, face à Bordeaux et l’Ulster avec Toulouse.

L’Oscar d’or Midi Olympique 2019 banalise l’extraordinaire en lui apportant une touche de sublime. Ne lui demandons rien de plus. Surtout pas d’avoir, demain, le sang glacé du demi de mêlée stratège et calculateur. Ce ne serait pas lui. Et ça ne répondrait pas aux besoins de ses partenaires.

Alors, le cacher ? Surtout pas. Le garçon a des choses à dire, des idées à partager. Sur son sport et en dehors. Il est une bouffée d’oxygène dans cette fichue année 2020 où le rugby, comme tant de choses, s’est figé dans l’ombre, s’est éloigné de nous et de nos quotidiens. Le XV de France a certes entamé son opération reconquête, mais ses victoires sur le terrain ne suffiront pas à regagner tous les licenciés perdus en chemin, ni même à regonfler la cote de sympathie. Ici encore, l’avènement d’Antoine ressemble à une aubaine. Parce qu’il contribue à déblayer le terrain pour la génération « Bleuets » qui perce. Parce que ses traits de génie dépassent les frontières si étroites de notre sport.

Sur ce point encore, cela faisait tellement longtemps qu’une telle visibilité n’avait pas servi de phare pour l’ensemble d’un sport qu’il serait irresponsable d’avoir peur du phénomène. Pour de bon, surfons la vague avec lui !

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