Jean-Pascal Barraque, joueur aux mille vies pour un destin

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    Jean-Pascal Barraque, joueur aux mille vies pour un destin.
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Dans le rugby français d’aujourd’hui, Jean-Pascal Barraque, 29 ans, est une énigme. Espoir relativement déçu, septiste convaincu et convaincant, international sur le tard, le Clermontois a un parcours quelque peu déroutant. Qui l’a malgré tout mené où il devait être : au sommet.

La scène remonte à juillet 2019. Une éternité pour tout le monde et encore plus pour Jean-Pascal Barraque. À l’époque, le tout nouveau capitaine de l’équipe de France à 7 s’apprêtait à partir en quête d’une qualification olympique pour les JO 2020 de Tokyo. Lors d’un entretien accordé à la brasserie du Stade toulousain, le trois-quarts s’était confié sur ses ambitions collectives et individuelles avec une rare franchise dans un milieu où l’humilité, de façade ou de fond, constitue la règle d’or : "Ce que j’ai dit au staff, ce que je veux, c’est être le meilleur à mon poste. Et pas forcément en France. Je veux être le meilleur de toutes les équipes."

Une profession de foi désarmante de sincérité devenue réalité, dans les grandes lignes. Au terme d’une déroutante décennie, le natif du Chesnay est devenu un des plus brillants septistes au monde et un international tricolore à XV. Un joueur de haut niveau tout-terrain, en somme. "Vous savez, quand on est bon, on est bon, qu’il y ait quatorze ou trente joueurs sur le terrain, évoque Frédéric Pomarel, son premier entraîneur avec France 7. Il n’y a pas de surprise à le voir aussi haut. Dans les sélections de jeunes, il faisait partie des mecs très au-dessus, comme les Michalak ou Bastareaud en leur temps…"

Depuis sa première licence au RC Concarnois, Jean-Pascal Barraque a emprunté une trajectoire inédite, très personnelle. Après ses années bretonnes, il s’était tout d’abord lancé dans un tour de l’Ouest de la France : un an à Toulouse, un à Tarbes avant une arrivée à Biarritz, en 2010. "Je l’ai eu au centre de formation : j’en garde un très bon souvenir, celui d’un gars plein de qualités, avec de la vitesse, un mec jovial, très bosseur aussi, décrit le Toulousain Michel Marfaing, maître formateur. Mais il n’a pas franchi immédiatement chez nous et a dû aller faire ses classes ailleurs." Loin de la concurrence sévissant à Ernest-Wallon, incarnée en premier lieu par le précoce Jean-Marc Doussain. Frédéric Pomarel, de nouveau : "Son plan de carrière ne s’est pas enclenché comme il l’aurait espéré ni comme on s’y attendait. Il n’avait pas la maturité nécessaire. Il a peut-être effectué des mauvais choix, au début. Et puis, faire sa place, à cette époque, quand on avait 20 ans, c’était plus dur qu’aujourd’hui : il n’y avait pas les Jiff, les jeunes jouaient moins… Les planètes n’étaient pas alignées, pour lui, au début."

La Rochelle, un mal pour un bien

Avec une dizaine d’années de recul, Michel Marfaing porte un regard nouveau sur l’éclosion contrariée de "JP" : "Il a atteint sa maturité plus tard que d’autres, je m’en rends compte. Surtout si l’on compare avec un Ntamack. C’est peut-être lié au fait qu’il avait un papa adorable mais aussi très prenant. Ce contexte a dû y jouer." Les mots de son père, Jean-Marc, ancien trois-quarts et formateur reconnu, au moment du retour de son fils à Toulouse, en 2013, trouvent toute leur résonance : "Mon fils a toujours été considéré comme un surdoué en dilettante. Chez les jeunes, ses qualités ont toujours suffi pour vivre pleinement le rugby. Il sait tout faire mais n’a jamais donné le maximum." Un peu trop insouciant, un peu trop choyé, peut-être aussi, le fils prodigue a, dans un premier temps, suivi son petit bonhomme de chemin. Sans démériter mais sans non plus impressionner. Pas à la mesure de son potentiel, en tout cas.

Prometteur à Biarritz, victime de la concurrence de Mc Alister and co dans la Ville rose et dans la rotation à La Rochelle, le polyvalent trois-quarts avait atteint, à 25 ans, le cap des cent apparitions au niveau professionnel. Un petit accomplissement en soi. L’étincelle attendue tardait toutefois à se produire. Pis. "La dernière saison à La Rochelle ne s’était pas bien passée", nous avait confié l’intéressé, sans en dire plus. Un mal pour un bien. Cette mauvaise expérience l’a incité à s’ouvrir à un nouvel horizon, alors pour le moins ignoré : le rugby à 7.

Jean-Pascal Barraque, joueur aux mille vies pour un destin.
Jean-Pascal Barraque, joueur aux mille vies pour un destin.

Après une première pige en 2012, le Breton d’adoption avait surpris son monde en s’engageant avec la FFR, au printemps 2016. Frédéric Pomarel se souvient de tout : "C’était une autre époque. Avec Jean-Claude Skrela, nous souhaitions attirer des joueurs de Top 14 chez qui on avait décelé des qualités de septiste. Mais financièrement, nous n’étions pas concurrentiels : il fallait donc miser sur des éléments doués sans gros contrat. On avait croisé ces critères avec les listes des mecs passés par le pôle France. "JP" réunissait tout ça. On s’était permis de le contacter. Il avait accepté." Un véritable pari, à quitte ou double pour cette étoile filante en quête d’une nouvelle trajectoire : "Il avait besoin de se relancer et a saisi l’opportunité de ce challenge parallèle. Il avait fait de belles choses et n’était pas hors circuit à XV mais ce n’était pas à la hauteur de ce qu’il pouvait espérer. C’était très courageux de sa part. On ne s’en rend peut-être pas compte aujourd’hui mais c’était un risque énorme à l’époque. Qui a payé, à l’arrivée."

Le Covid a tout bousculé

D’entrée, l’ancien Toulousain, Biarrot et Rochelais avait démontré toutes ses qualités et sa détermination : "Il était arrivé avant les JO, alors nous n’avions pas pu le prendre pour Rio. Mais on a très vite vu que c’était une très bonne pioche. Ses qualités étaient toujours présentes : sa vitesse, sa technique, son jeu au pied, sa grosse défense. Il a été très humble, aussi. Il n’est pas arrivé en disant : "Je suis Jean-Pascal Barraque, je vais vous montrer comment faire." Il était à l’écoute. Mentalement, il avait le bon profil." En 2019, après trois tours du monde, l’intéressé se félicitait de son choix : "J’ai remercié Pomarel pour l’opportunité : "Grâce à toi, j’ai retrouvé le plaisir." Je suis très content de vivre cette aventure, j’y ai la liberté que j’aime tant. Et puis, j’ai l’occasion de jouer des finales et de gagner des tournois."

En une olympiade, il est ainsi parvenu à atteindre les sommets de cette discipline si exigeante. Collectivement, avec une sélection en constants progrès, et individuellement, grâce à des performances remarquables. "Il est arrivé à maturité, c’est quasiment un des meilleurs du monde à 7, affirme Frédéric Pomarel. Il a retrouvé confiance et a repris le chemin qu’il était censé avoir. Aussi, il est libre dans sa tête."

Ironie de l’histoire, la pandémie ayant chamboulé l’ordre mondial a aussi impacté son parcours : pas de JO de Tokyo mais un retour précipité en Top 14, l’été dernier, un an avant la fin de son contrat avec la FFR. Cinq matchs plus tard, il avait gagné ses galons d’international à XV, étrennés face à l’Italie, en novembre. "Je suis ravi, c’est extraordinaire qu’il ait pu entrer dans un club professionnel comme Clermont et devenir international dans la foulée, loue Jérôme Daret, son entraîneur actuel à 7. Il montre qu’il a progressé, qu’il a mûri. Il avait besoin de gagner cette maturité et de structurer son environnement." Toujours cette thématique, décidément. L’intéressé nous en parlait, déjà, en juillet 2019 : "Je me prends moins la tête, de manière générale. Peut-être que la vie de famille m’a un peu posé." Récemment, dans ces mêmes colonnes, le Clermontois revenait sur cet âge de raison : "C’est vrai que je me sens très bien et que j’ai la sensation de jouer enfin mon meilleur rugby à XV. Le 7 participe à cela : il m’a donné confiance en moi et la maturité dont j’avais besoin pour exprimer pleinement ce que je sais faire." Déroutant, quelque peu insaisissable, l’itinéraire de Jean-Pascal Barraque recèle des leçons de vie et de sport quant à la persévérance et à l’audace, notamment. Michel Marfaing conclut, avec à propos : "Les qualités, il les avait. Il les a conservées tout en se forgeant une carapace au fil du temps. Il a un peu le même parcours que Cheslin (Kolbe), celui du joueur pas vraiment calculé à XV et qui s’est révélé en passant par le 7." Pour accomplir sa destinée : devenir un des meilleurs joueurs de France, toutes disciplines confondues.

A Clermont jusqu’en 2024

Jean-Pascal Barraque a scellé son avenir : lui qui était sous contrat jusqu’à la fin de l’année avec la FFR a signé un engagement de trois ans et demi avec Clermont. Sans pour autant tirer un trait sur l’échéance olympique : "J’ai resigné trois ans à Clermont avec une fin de saison en équipe de France à 7 pour avoir la possibilité de jouer les JO de Tokyo si l’on se qualifie. […] En fin de saison, je dois faire la préparation des JO avec le tournoi de Monaco." Si les conditions sanitaires le permettent, on reverra donc "JP" avec le 7 de France. Avant un retour avec le XV tricolore ? Non retenu pour le Tournoi, l’Auvergnat d’adoption compte bien y revenir : "Le staff nous a appelés avec "Seb" (Bézy, N.D.L.R.) comme nous ne sommes pas pris. Mais on fait toujours partie du projet de groupe, on n’est pas dans les 37 mais ils ne nous oublient pas et ils auront peut-être besoin de nous à un moment donné. Bien sûr, on est toujours prêts à venir en Bleu." À un poste très concurrentiel, il lui faudra évoluer à son meilleur niveau en club pour goûter à ce privilège.

 

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