Le pack « hybride » du XV de France à la sauce Servat

  • Pour l’entraîneur William Servat, les avants du XV de France ont gagné en complémentarité mais aussi en adaptabilité aux différents adversaires qu’ils ont pu rencontrer. De bon augure pour le Tournoi qui s’avance. Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany
    Pour l’entraîneur William Servat, les avants du XV de France ont gagné en complémentarité mais aussi en adaptabilité aux différents adversaires qu’ils ont pu rencontrer. De bon augure pour le Tournoi qui s’avance. Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany
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La fin de la Coupe d’Automne des Nations a révélé combien le pack des Bleus, qui n’a quasiment jamais bougé sur le début de l’ère Galthié, compte de talents dans des profils totalement différents. Richesse nouvelle qui pourrait permettre au staff de composer son banc en fonction de ses besoins ou de l’adversaire.

Sur les six premiers matchs de l’ère Galthié, le paquet d’avants français n’avait connu qu’un seul changement dans le XV de départ. Fait rarissime. C’est après le forfait de Cyril Baille que Jefferson Poirot était ainsi titulaire en écosse en mars. Comble de l’ironie, celui-ci a depuis annoncé sa retraite internationale. Les certitudes étaient donc nombreuses au sortir du Tournoi 2020, tant il avait été positif, mais il demeurait un point d’interrogation sur les "réservistes" quand les tauliers sont repartis en club après avoir atteint le quota de trois matchs maximum à l’automne.

Des doutes ? William Servat, en charge des avants avec Karim Ghezzal, assure que les intéressés n’en avaient pas : "Avec Karim, on ne se connaissait pas avant de travailler ensemble. Pourtant, dès qu’on discute de mecs, on n’a pas besoin de se convaincre. L’avantage est qu’on a déjà la même vision du rugby qu’on veut pratiquer, donc des garçons. C’est bluffant. On communique beaucoup. Cet échange permanent et notre conception similaire nous permettaient déjà de bien connaître des joueurs que vous avez vus durant l’automne. On savait pouvoir compter sur eux, qu’ils étaient capables de prétendre à ce niveau."

Les Kolingar, Bourgarit, Atonio, Pesenti, Geraci, Jelonch, Woki ou Tolofua leur ont clairement donné raison sur les deux derniers rendez-vous de la Coupe d’Automne des Nations. Notamment lors de la finale à Twickenham où, malgré l’intensité extrême et le terrible combat imposé par le monstrueux paquet anglais, les avants ont plus que répondu présent. "La qualité de ces mecs a été décuplée durant le match, reconnaît Servat. Il faut avouer que, pour certains, on ne les attendait pas forcément aussi haut et surtout aussi vite. On savait leur potentiel mais les voir si rapidement à un tel niveau…" Baptiste Pesenti et Anthony Jelonch ont par exemple impressionné par leur faculté à rivaliser physiquement avec ce qui se fait de mieux sur la planète rugby.

Ce qui explique le rappel du Palois, malgré sa suspension actuelle, et la montée en puissance du Castrais qui peut prétendre à bousculer la hiérarchie. Même si l’ancien talonneur veut d’abord retenir la dimension collective de cet épisode automnal : "Ce qui est génial, c’est l’état d’esprit, la complicité née entre les joueurs en très peu de temps. Le gros enseignement de cette tournée, c’est la notion de groupe. On a une vraie équipe de France."

Et comment expliquer que les Bleus possèdent tant de richesses devant, alors que les inquiétudes étaient légitimes sur le réservoir il y a un an ? Est-ce dû à l’émulation créée par les résultats probants ? "La dynamique positive a servi, note Servat. Au milieu d’un collectif performant, ceux qui entrent ne font justement pas baisser le niveau de performance. Mais je crois surtout qu’on a vu cet automne la réussite d’avoir eu quarante-deux joueurs sur le Tournoi 2020."

William Servat : « On est devant un bouquet de fleurs »

Si la plupart des hommes lancés fin novembre étaient des novices pour le public, ils ne l’étaient pas pour le staff : "Les mecs connaissaient le projet, très peu l’ont découvert durant l’automne. Beaucoup n’avaient pas eu de sélection avec nous avant mais ils étaient là pour le Tournoi. Ils savaient comment on jouait, quels étaient nos attendus. C’était vrai pour Laurent Labit derrière, et pour Karim et moi devant. C’était propre."

Alors que le jeu d’avants réclame de nombreux réglages, notamment en conquête. Servat a par exemple passé un peu plus de temps sur "des ajustements" avec le pilier gauche Hassane Kolingar, dont on peut considérer qu’il a pris la succession de Poirot et qu’il aurait été là dès le Tournoi si le Bordelais s’était retiré plus tôt. Puis d’en revenir aux fameuses séances d’opposition à haute intensité chères à Galthié. "C’est un énorme gain de temps pour l’équipe du week-end et pour le groupe dans son ensemble. La formation alignée en face travaille également. […] On ne fait rien d’extraordinaire. On s’entraîne comme le font les clubs, avec autant de joueurs." Et Servat d’en rire, en se rappelant l’époque où il était international : "Pour les oppositions, on mettait Jean-Baptiste Grisoli (l’ancien médecin, N.D.L.R.) à l’aile et il n’allait pas très vite."

Reste que cette profusion, nouvelle, offre une belle panoplie à l’heure de composer le huit de devant - lequel ne connaîtra pas de grand chamboulement - et surtout le banc de touche. Avec des profils divers, le staff a de quoi adapter le choix de ses "finisseurs" au jeu souhaité ou à l’ADN d’un adversaire.

"On le faisait déjà", assure Servat. Qui poursuit par une métaphore : "On est devant un bouquet de fleurs. Dès lors qu’on a une variété immense, on fait en sorte de les choisir de manière à ce que le bouquet corresponde au caractère d’une personne ou d’une autre. Ce sera pareil dans l’approche des matchs. Certains joueurs correspondront davantage à un profil pour jouer tel type de rencontre. Étoffer la variété et avoir ce panachage rend le bouquet d’autant plus joli. On en revient à l’équilibre d’équipe. En fonction de nos attendus, pas forcément sur le poste mais plutôt sur l’équipe en général, on peut mettre sur le terrain ou sur la feuille de match des qualités qui sont encore plus complémentaires. à nous de bien travailler dessus."

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Jérémy FADAT
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