Montpellier et la démago du fric

  • Le président Mohed Altrad entouré de joueurs comme Guilhem Guirado ou encore Caleb Timu
    Le président Mohed Altrad entouré de joueurs comme Guilhem Guirado ou encore Caleb Timu Icon Sport
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L'édito du vendredi... On en parle, comme ça. Entre potes, à la volée, sans le demi ni le comptoir qui se refusent à la période. Mais la discussion, en rugby, en vient ces dernières semaines irrémédiablement à ce sujet : comment le MHR peut-il pointer à une sinistre treizième place ? Comment une équipe pensée pour le titre, armée en conséquences, peut-elle se retrouver à lutter pour le maintien au milieu des Agen, Bayonne ou Brive, des équipes prédestinées au fond du tableau de par la surface financière dont elles disposent ?

La glorieuse incertitude du sport n’apporte pas toujours la gloire, justement. Elle ignore la mécanique arithmétique. Une masse salariale ne garantit pas une performance. Une compilation de CV et de sélections n’assure en rien un titre. Le MHR l’expérimente encore, après dix années à voir un sacre se refuser à lui et, cette saison, ne faire même plus ordre de chimère.

C’est quoi, alors, le problème ? Trop payés ? Argument facile et surtout démagogique. Jusqu’à plus ample informé, on ne survit pas de rapine quand on intègre l’effectif professionnel de Toulouse, Clermont, Lyon, Paris, Toulon ou du Racing 92. Ces clubs, pourtant, parviennent à figurer parmi le peloton des qualifiables, chaque saison ou presque.

Cette récurrence, Montpellier l’expérimente en antithèse. Les Héraultais sont le noir du blanc, sur le négatif photo d’un sport-entreprise qui demeure un sport, avant d’être une entreprise. Apprécions-le.

C’est un problème structurel qui mine ce club sur la durée. Pas qu’on y soit mieux payé qu’ailleurs, mais on l’est souvent pour les mauvaises raisons : pointer le matin, faire le boulot, prendre son chèque et rentrer chez soi. Sans autre ambition que celle d’une vie paisible, sans autre brouillement interne que celui d’un travail comme un autre.

Les Hommes, de tous horizons, ne sont pas plus mauvais ni mal intentionnés à Montpellier qu’ailleurs. Juste, ils ne sont jamais happés par un élan collectif qui vous emporte malgré vous, et vous conduit aux sommets. C’est sur cette froideur collective que Vern Cotter, Xavier Garbajosa, Philippe Saint-André et tous leurs staffs successifs se sont cassé les dents, tour à tour. Cette fadeur de vivre un rien antipathique, que Jake White (2015-2017) avait instauré sciemment et qui leste encore le club, aujourd’hui.

À quand remonte un MHR emballant, sur la forme comme le fond ? 2011, certainement. Une éternité. Fabien Galthié en était l’entraîneur et, pour les joies de vivre, il avait à ses côtés son mentor Eric Béchu, manager exceptionnel des desseins collectifs.

Galthié n’avait, aussi, que peu de stars dans son effectif. Plutôt une bande d’improbables, pour 80 % des joueurs qui ont depuis intégré l’anonymat du rugby et son histoire. Sans moyens mais pas sans idées et gonflé de vie, le MHR était allé jusqu’en finale. Comme quoi : le sport ne sera jamais une entreprise comme les autres. Où le fric seul n’est ni la solution, ni le problème.

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