Ouedraogo (capitaine de Montpellier) : « Les joueurs sont responsables du départ de Xavier Garbajosa »

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    Ouedraogo : « Les joueurs sont responsables du départ de Xavier Garbajosa » MIDI OLYMPIQUE - PATRICK DEREWIANY
Publié le , mis à jour

Il semble faire partie des meubles de ce club, pourtant il se remet toujours en question. «Fufu» livre ses sentiements sur la situation de son club de toujours, règle ses comptes avec Julien Tomas, qu’il estime peu solidaire, et avoue qu’il aimerait terminer sa carrière chez lui. 

Que se passe-t-il au MHR ? Pourquoi, avec le niveau intrinsèque des joueurs, n’y arrivez-vous pas ?

Si la solution était claire, on l’utiliserait, croyez-moi. Je n’ai pas forcément d’explication bien précise, plutôt une somme de choses. Nous perdons nos matchs avec le même scénario à chaque fois, dans les dernières minutes. Mentalement, nous ne sommes pas assez costauds. Nous commettons trop d’erreurs dans nos fins de matchs. Ce qui est rageant, c’est que nous n’arrivons pas à corriger le tir à l’image du match de Brive. C’est flagrant : on maîtrise notre première période avant de se déliter après la pause. On prend trois cartons jaunes et nous n’arrivons plus à arrêter l’hémorragie et à nous reprendre. Dans nos matchs, le moindre grain de sable qui s’immisce nous déséquilibre et on s’effrite.

Le groupe des joueurs est-il responsable de l’éviction de Xavier Garbajosa ?

Oui. Xavier était très apprécié par les joueurs. Malheureusement, nous avons eu et nous avons toujours de très mauvais résultats. Dans ces cas-là, c’est souvent le coach qui en pâtit. Mais ce n’est pas nous, joueurs, qui avons demandé son départ.

Indirectement alors, par vos mauvaises prestations, vous êtes responsables de la décision de Mohed Altrad…

Nous avons une grande part de responsabilité. Je ne vais pas le nier, notamment à cause de nos mauvaises performances.

Une des premières décisions de Philippe Saint-André fut de vous rendre le brassard de capitaine, pour soulager le tout jeune Arthur Vincent. Comment l’avez-vous pris ?

J’avais perdu le capitanat lors de la prise de fonction de Vern Cotter au club. Malgré cela, en fonction des absences, il m’est arrivé d’être capitaine sur certaines rencontres. Je n’avais donc pas tout perdu. Ce rôle ne change pas. Si on a besoin de moi, je pense que l’on peut faire appel à moi. Arthur (Vincent) est le capitaine de la saison, moi, je suis juste là pour l’épauler. On va rentrer dans une période internationale et il va être absent, pris par l’équipe de France. Je serai présent pour le suppléer.

Fulgence Ouedraogo a retrouvé la brassard de capitaine.
Fulgence Ouedraogo a retrouvé la brassard de capitaine. Icon Sport - Icon Sport


Le MHR risque-t-il vraiment de descendre en Pro D2 ?

Nous sommes réellement en danger. Il faut bien prendre cela en compte, sinon on risque une terrible désillusion. J’essaye de m’investir plus pour la survie du club mais cet effort, tout le groupe doit le faire. Il y a une situation critique, nous sommes dans une mauvaise passe. Je ne crois pas à l’homme providentiel mais à l’investissement de tous. Chacun doit se regarder en face et faire plus. On a un club à maintenir. Nous avons déçu pas mal de monde, même si nous conservons aussi du soutien chez nos supporters ou de la part d’anciens joueurs : ces derniers jours, ils sont nombreux à avoir cherché à nous réconforter. Il y en a un seul qui nous crache dessus…

Qui ?

Les déclarations de Julien Tomas m’ont déçu. (« J’ai regardé cette équipe jouer samedi après-midi (défaite à domicile contre Castres, N.D.L.R.) et les joueurs ne voulaient pas mettre les mains dans le cambouis ni mettre le bleu de chauffe ! Ils se contentent de prendre leur salaire de sénateur et de ministre à la fin du mois » avait déclaré l’ancien demi de mêlée chez nos confrères de Sud Radio, N.D.L.R.). C’est très étonnant de sa part. Il a grandi avec ce club. Sortir ce genre de phrases, dans cette période, c’est tout sauf nous aider. Je le regrette. Je n’avais pas conscience qu’il était, lui, bénévole quand il évoluait à Montpellier.

En avez-vous discuté directement avec lui ?

Non. C’est un des seuls joueurs qui ne donne pas de nouvelles. Il ne m’a pas appelé, ni moi ni un autre. Pourtant, il connaît encore pas mal de joueurs dans l’effectif. C’est dommage. Des garçons comme François Trinh-Duc, Michel Macurdy et bien d’autres prennent des nouvelles. Ils ont une démarche positive, ils cherchent à nous aider. Pas Julien. Je le regrette vu son vécu au sein du club. Vu le contexte, nous avons besoin de cohésion. De faire corps.

Est-ce une des clefs de votre fin de saison ? Depuis plusieurs années, le MHR semble être une addition de joueurs de grand talent, mais pas une véritable équipe…

On nous rabâche souvent cela. Sous la direction de Jake White, le groupe était plus divisé, c’est vrai, mais nous avions des bons résultats. Là, c’est l’inverse : le groupe est plus uni, mais certains joueurs évoluent en dessous du niveau auquel on les attend. Résultat, on est tout en bas du classement.

Pourtant, avec un tel effectif, on est en droit d’attendre beaucoup mieux…

(il coupe) La vérité, c’est la pelouse. Sur ce que nous montrons, il faut arrêter de dire qu’on a un meilleur effectif qu’untel ou untel. Nous avons un vrai manque de confiance qui nous plombe, qui se ressent sur le terrain. Du coup, nous sommes indisciplinés et cela coûte cher. Prenons l’exemple du carton de Mohamed Haouas à Brive : au départ de l’action, nous sommes dans le camp briviste, en possession du ballon et nous devons marquer pour creuser l’écart au score. Il y a une perte de balle, puis un contre de 50 mètres. Mohamed revient, il est en bout de course et malheureusement, il est coupable d’un plaquage haut sanctionné d’un carton jaune. Tout ça pour dire que notre indiscipline vient souvent de nos fautes dans les zones de marque. Ceci est dû à notre manque de confiance.

N’aviez-vous pas un jeu trop ambitieux avec Xavier Garbajosa, compte tenu des qualités et des habitudes de jeu du groupe ?

Je ne suis pas d’accord. Si vous regardez la ligne de trois-quarts qui était alignée et l’est toujours, nous n’avons pas les joueurs pour reproduire le système de Jake White, avec beaucoup de duels directs en défi physique. Mais le premier match de la saison et cette défaite dans les arrêts de jeu face à Pau nous ont mis dedans. Nous avons tout de suite basculé dans une mauvaise spirale. Nous avons aussi envoyé un mauvais signal à nos adversaires, qu’il était possible de gagner à Montpellier. Derrière, nous n’avons pas su gérer le stress, cette mauvaise pression qui nous suit depuis.

Comment en sortir ?

Il nous manque une vraie belle victoire. Afin de pouvoir respirer, travailler dans des conditions moins stressantes.

Afin que votre président, Mohed Altrad, soit plus patient ? Pour le moment, il tranche dans le vif plus qu’il construit sur l’avenir…
Question difficile, vous ne me ménagez pas ! À Montpellier, il y a une certaine pression de résultats rapides, inhérente à toutes les grosses écuries qui veulent se qualifier pour les phases finales. Le Top 14 est si dense, que chaque revers coûte cher.

S’il est si exigeant, est-ce parce qu’il vous paye très bien ?

Tous les joueurs du Top 14 sont professionnels et payés avec de bons salaires. Je ne pense pas qu’à Montpellier, ils soient plus élevés que dans d’autres clubs. Cette histoire nous colle à la peau car notre président est réputé être milliardaire. Il est pourtant faux de dire qu’au MHR, on est plus payé que dans les autres gros clubs du Top 14.

Comment voyez-vous votre fin de carrière ?

Je ne suis pas encore en retraite. Je suis en fin de contrat à l’issue de la saison, mais j‘ai envie de continuer. Ce qui est sûr, c’est que je ne veux pas terminer ma carrière sur une année comme celle-ci. Le contexte actuel, la Covid, le fait de jouer le maintien… Moi, j’ai envie de jouer au rugby de haut niveau encore un moment.

Ailleurs qu’au MHR ? à l’image de Picamoles, Trinh-Duc et Tomas qui sont tous partis à un moment ?

Je ne le cache pas, j’aimerais finir ici. Je n’ai jamais eu envie de partir. Après, si on ne m’en donne pas l’occasion, je serai obligé de partir.

Vous êtes le dernier gardien du temple…

C’est un bien grand mot. Je m’y sens bien. Je me vois continuer au moins un an. Ensuite, on verra si le physique suit. Pour le moment, je n’ai aucune alerte de ce point de vue.

Vous rajoutez-vous toujours des séances supplémentaires, comme le dit la légende ?

Ce jeudi nous sommes « off », mais je vais au stade faire des soins et un peu de bonus, effectivement. À mon âge, je ne vais pas bousculer mes habitudes. J’en ai besoin.

Êtes-vous le dernier gardien du temple, celui d’un certain état d’esprit au MHR ?

Tout le monde doit être investi dans cette mission. Personnellement, j’ai déjà vécu cette situation où le club était au bord du gouffre, tout proche de la relégation. Ce qui nous avait sauvés, outre cette cohésion, c’est que le groupe de joueurs était capable de se dire les choses qui font mal, et entre quatre murs. Je me souviens qu’il y avait eu quelques discussions, en interne, où le ton est monté assez haut.

N’est-ce pas ce qu’il faut faire désormais, quitte à ne pas ménager les ego ?

Ces derniers jours, nous avons eu quelques discussions en ce sens. Nous avons posé des choses qui devraient nous permettre d’avancer.

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