Kylian Jaminet (Usap) : « Monter en Top 14 au plus vite »

  • "Avec "Carbo", on se mettait à buter  dès que l’on arrivait au stade"
    "Avec "Carbo", on se mettait à buter dès que l’on arrivait au stade"
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Melvyn Jaminet (arrière de Perpignan) est une des grandes révélations de la saison en Pro D2, fort de ses sept essais et de ses 173 points, qui en font le troisième meilleur réalisateur du championnat. à 21 ans, le Varois d’origine est devenu en l’espace de quelques mois un cadre de l’actuel leader de deuxième division. Le numéro 15 nous parle de son parcours à rebondissements, de ses ambitions et de sa famille de rugbymen.

D’où venez-vous ?

Je suis né dans le Var, à Hyères. J’ai commencé le rugby à 6 ans, au RCT. J’y ai effectué mon école de rugby jusqu’en cadets deuxième année. J’ai alors décidé d’arrêter le rugby. Je ne m’amusais plus tellement, l’ambiance avait changé. J’en avais marre, tout simplement.

Quel âge aviez-vous alors ?

Je devais avoir 15 ans. Je n’avais pas encore l’intention de percer, je voulais juste prendre du plaisir avec les copains. Ce n’était plus le cas.

Que s’est-il passé, ensuite ?

Mon père, qui avait joué en Fédérale 1, m’a parlé. Ma mère, aussi. Elle voulait que je continue à faire du sport pour m’épanouir. J’ai décidé de reprendre mais dans un plus petit club à côté de chez moi, à Solliès-Pont. Et là, j’ai tout de suite raccroché. J’ai adoré. C’était familial, tout le monde s’entendait bien, on buvait un coup après les matchs ensemble, on partageait les repas. Je ne connaissais pas cette atmosphère, ça faisait du bien d’être dans un environnement aussi familial. Petit à petit, j’ai repris de l’assurance sur le terrain et j’ai retrouvé le niveau qui était le mien à Toulon. Je m’éclatais de nouveau. Après un an, je suis parti à Hyères-Carqueiranne en juniors. Grégory Le Corvec m’a ensuite fait monter pour les entraînements avec l’équipe première. J’ai ensuite été mis en contact avec les dirigeants de l’Usap. Greg Le Corvec leur a parlé de moi, de mes points forts, de mes points faibles. Ils étaient intéressés par mon profil, c’est ce qu’ils recherchaient.

Quel a été le déclic qui vous a relancé ?

À Toulon, sur la fin, je me cherchais, j’avais été mis un peu de côté par les entraîneurs. Je n’avais plus envie d’aller aux entraînements, même aux matchs. À Solliès, j’ai senti qu’on me faisait de nouveau confiance. Ça change beaucoup quand un coach compte pleinement sur vous. Je pouvais jouer libéré en donnant le maximum.

L’Usap, c’est le point de bascule, donc. Celui où le loisir est devenu chose plus sérieuse… Comment avez-vous pris cette décision ?

À ce moment-là, j’avais pour but de retrouver un club élite. Je ne me suis donc pas posé de questions. Dès que la proposition est arrivée, j’ai foncé. J’étais dans l’optique de réussir. Je me suis donné tous les moyens pour que ça marche. Quitte à partir loin de chez moi. D’un côté, en arrivant ici, je n’ai pas été trop dépaysé car c’est un peu la même mentalité. Il y a aussi le soleil et la mer pour me rappeler la maison.

Avez-vous été formé à l’arrière ?

J’ai commencé demi de mêlée au RCT. C’était dû à mon gabarit, surtout. Puis, à Solliès, j’ai été placé à l’ouverture. J’ai d’ailleurs été recruté par l’Usap, chez les espoirs, en tant qu’ouvreur. C’est en intégrant le groupe professionnel que je suis passé à l’arrière. Je ne joue plus qu’en 15 désormais. Il y a juste sur quelques fins de matchs où j’ai dépanné en 10. Je me considère encore comme un polyvalent ouvreur-arrière.

À quand remonte votre passion du but ?

J’aime cet exercice depuis que j’ai commencé le rugby. Je suis de la même génération que Louis Carbonel et Mathieu Smaili, qui sont restés de très bons amis. À Toulon, dès que l’on arrivait à l’entraînement, on se dépêchait et on allait tous les trois se mettre à buter. On adorait ça. Cette émulation était stimulante.

Depuis trois ans, vous êtes un joueur de l’Usap. Comment s’est passée votre montée en puissance du côté d’Aimé-Giral ?

C’est allé crescendo. Ça avait été un peu dur au début mais ma première saison s’est finalement très bien passée. L’été suivant, j’ai intégré l’entraînement des professionnels. Ça a été un gros changement. D’être confronté à ce niveau d’exigence la semaine tout en jouant avec les espoirs le week-end, c’est ce qui m’a fait progresser, je pense. Ça m’a amené de l’expérience et j’ai eu plus de maturité dans mon jeu.

Vous êtes passé sous les radars de toutes les sélections jeunes ?

Oui, je n’ai jamais eu de convocations ou de contacts de la part des entraîneurs. Il faut dire que, jusqu’à 20 ans, je n’avais encore jamais joué en équipe une. Mon éclosion a pris un peu de temps. Ça s’explique par mon parcours.

Le début d’année 2020 a été décisif avec une première apparition en février et la participation au Super Sevens où l’on vous avait vu à votre aise. Quel souvenir en gardez-vous ?

C’était top d’avoir l’opportunité de disputer cette compétition. J’y suis allé sans complexe, avec trois collègues de l’Usap. On avait joué pour Clermont, d’ailleurs. C’était un premier aperçu du monde professionnel, dans un stade unique, avec les caméras, de la concurrence… J’ai beaucoup apprécié.

En tant que jeune joueur, c’était aussi l’occasion de briller…

Je savais que c’était diffusé, que l’on allait être un peu vu mais ce n’est pas pour autant que j’étais obsédé par l’idée de me mettre en valeur. Je voulais avant tout profiter un maximum de cette première.

Jusqu’à cet été, vous comptiez vingt-trois minutes de Pro D2. Depuis la reprise, vous avez cumulé seize matchs dont douze comme titulaire. C’est ce qu’on appelle une progression éclair…

Dès la présaison, les entraîneurs m’avaient fait comprendre que j’allais avoir une opportunité à l’arrière. C’était à moi de jouer. J’ai tout mis en œuvre pour la saisir.

Vous y êtes parvenu, au-delà même peut-être de ce que vous espériez…

Je suis très satisfait. Le fait que j’ai la confiance des entraîneurs me permet de jouer en toute liberté, sans retenue. C’est très positif jusqu’à présent.

On a surtout l’impression que la pression ne pèse pas sur vos épaules…

Je m’attache à faire abstraction du contexte. Je ne me dis jamais : "Là, c’est une rencontre à enjeu", "c’est une pénalité décisive"… C’est le plaisir de jouer qui me guide et ça me permet de donner le meilleur de moi-même.

L’Usap est aujourd’hui considérée comme le grand favori pour l’accession au Top 14. Comment appréhendez-vous ce challenge ?

C’est énorme comme défi de viser la montée avec Perpignan. Personnellement, rien que de pouvoir disputer des phases finales pour une première saison en équipe une, ça serait génial. J’essaye de ne pas trop y penser mais j’ai tout de même hâte de connaître ces moments. Ça doit être grisant. Je suis d’autant plus impatient que l’an passé, avec l’arrêt des championnats, je n’avais pas pu jouer le titre avec les espoirs.

En novembre dernier, vous avez prolongé votre engagement de trois ans avec l’Usap. Vous ne deviez pas manquer de contacts, vu vos performances…

Je ne me voyais sincèrement pas partir. Je me sens bien ici, on me fait confiance et je joue tous les week-ends. Je ne voyais pas l’intérêt de chercher autre chose. Le projet du club donne clairement envie de rester, aussi, avec l’ambition de monter en Top 14 au plus vite. Si je peux jouer dans l’élite avec l’Usap, ça serait le top.

Vous paraissez à l’heure actuelle être les mieux armés pour y parvenir…

J’ai la chance de faire partie d‘un très bon groupe. Il y a de nombreux jeunes qui amènent leur fougue et les plus expérimentés qui font garder les pieds sur terre à tout le monde. C’est ce qui nous permet d’enchaîner les bonnes performances jusqu’à présent. Mais le plus dur reste à faire : assumer jusqu’au bout.

Revenons-en à votre famille. Combien de joueurs de rugby compte-t-elle ?

Mon père a évolué en Fédérale 1. Il aurait eu l’opportunité de jouer à un plus haut niveau mais il était resté avec ses amis. J’ai mon grand frère, Kylian, arrière comme moi, qui joue à Nevers, et mon petit frère, Dylan, demi de mêlée, qui est arrivé l’été dernier à Perpignan.

L’enfance a dû être rythmée par le ballon ovale, du coup…

Oui, en plus nous avions un grand jardin. Dès que c’était possible, on sortait et on s’amusait à taper dans le ballon ensemble. C’était bon enfant, on ne se tirait pas trop la bourre. J’ai trois ans d’écart avec mes deux frères, ça faisait quand même une différence. C’est un joli clin d’œil de se retrouver tous les trois en club désormais. Le papa en est plutôt fier.

Le parcours de votre frère a-t-il été une source d’inspiration pour vous ?

Je me rappelle quand j’ai appris qu’il partait de Toulon à Castres. J’étais encore jeune mais j’étais content pour lui. C’était le vrai début de sa carrière. Je voyais qu’il allait vivre de sa passion. Je trouvais ça beau. Ça m’a donné l’envie de faire pareil.

Le 15 octobre, vous avez affronté Kylian à Nevers, avec un succès à la clé pour l’Usap. C’était un moment forcément marquant…

C’était la première fois que l’on s’affrontait. Dans la semaine, nous nous étions envoyé de nombreux messages. Cinq minutes avant le coup d’envoi, on s’était vu aussi. C’était un sentiment bizarre de se croiser avec deux maillots différents. Après, une fois le match commencé, je n’y ai plus pensé. On ne s’est d’ailleurs pas affronté directement.

Votre plus petit frère vous a donc rejoint Perpignan l’été passé. êtes-vous la raison de sa venue ?

Je ne pense pas tellement. À plusieurs reprises, David Marty m’avait parlé de lui pour me dire que son profil l’intéressait. De mon côté, j’ai pu dire à Dylan ce qui était bien à l’Usap et comment fonctionnait le club pour faciliter son choix. Après, c’est lui qui a pris tout seul la décision de quitter le RCT pour venir à Perpignan.

Comment se passe son acclimatation ?

Il vient juste d’avoir 18 ans, alors il découvre la catégorie espoirs. Mais tout va bien, les résultats suivent. On a pris un appartement à deux. C’est bien plus simple pour son adaptation. Et c’est plus sympa pour moi.

Le rêve serait de jouer ensemble sous les couleurs sang et or, à terme ?

Ça serait beau, assurément. On verra, avec le temps, si ça peut devenir réalité.

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