À Dublin, la France devra effacer une décennie de déroutes

  • Le 10 mars 2019, le XV de France de Gaël Fickou s’inclinait devant l’Irlande de Peter O’Mahony, 26 à 14. Les Bleus sont prévenus, l’Irlande n’a rien d’une mise au vert. P
    Le 10 mars 2019, le XV de France de Gaël Fickou s’inclinait devant l’Irlande de Peter O’Mahony, 26 à 14. Les Bleus sont prévenus, l’Irlande n’a rien d’une mise au vert. P Midi Olympique - Patrick Derewiany
Publié le , mis à jour

Aussi incroyable que cela puisse paraître, la dernière victoire française en Irlande remonte à 2011. Le temps est venu d’effacer les ardoises, garçons...

Putain, dix ans ! Dix ans que le XV de France n’a plus gagné à Dublin. Dix ans que les Bleus quittent l’Aviva la gueule en vrac et le corps meurtri. Dix ans que les Tricolores ébauchent des plans anti Sexton, tous plus moisis les uns que les autres : en son temps, le Goret avait par exemple jugé qu’envoyer péter « Basta » dans la courge de l’ami Johnny finirait d’engloutir les neurones du maître à jouer irlandais ; les Celtes, devinant l’astuce, avaient anéanti la redoutable (?) tactique française en plaçant le rustique Sean O’Brien au cul de son ouvreur, étouffant de la sorte, et assez facilement pour tout dire, la tactique tricolore. Au vrai, on a pris tellement de roustes en bord de Liffey qu’on revit cycliquement la dernière victoire des Bleus à Dublin avec un plaisir non feint. Et comment l’oublier, d’ailleurs? C’était le 13 février 2011, le talonneur du XV de France s’appelait encore William Servat, la sélection s’appuyait sur une paire de centres « maousse costaude » (Aurélien Rougerie et Damien Traille) et on disait de cette charnière (Morgan Parra et François Trinh-Duc) qu’elle s’apprêtait à ringardiser toutes celles l’ayant précédé : cet après-midi-là, le XV de France n’avait pas vraiment forcé son talent, le grand blond de Clermont (Rougerie) surclassant Gordon Darcy au milieu du terrain pour donner un essai à Maxime Médard et permettre aux gonzes de Marc Lièvremont de s’imposer en Irlande (25-22).

Depuis ? C’est la mouise, sainte mère, et l’on ne souffre plus de voir les sélectionneurs celtes, qu’ils se nomment Eddie O’Sullivann, Declan Kidney ou Joe Schmidt, se succéder, heureux ou hilares, en conférence de presse d’après-match en empilant les fadaises, assurant avoir « fait le job » ou pire, « contenu l’équipe la plus physique de la compétition. » On n’en peut plus, vous comprenez? On n’en peut plus, de cette manie qu’ont les Diables Verts d’enchaîner vingt-cinq temps de jeu sans commettre une faute. On n’en peut plus, non plus, des coups de pied dans la boîte de Conor Murray, de la grande bouche de Cian Healy ou de la façon dont Rob Herring a succédé à Rory Best pour guider ces maudits « driving mauls » sur vingt mètres, jusqu’à nos en-but. Parce qu’au fil du temps, on s’est comme lâchement résigné à ce que les Bleus soient fessés en Irlande, une nation comptant pourtant moins de licenciés que la seule ligue Occitanie, un adversaire qui fut jadis une formalité pour les équipes de France, un aimable sparring-partner où, selon les époques, Fergus Slattery, Simon Geoghegan ou Keith Wood étaient à peu près les seuls talents de leur génération respective.

La guerre des mondes

De toute évidence, le temps est aujourd’hui venu d’effacer les ardoises et, qu’on le veuille ou non, cette année semble l’année ou jamais pour que l’équipe de France s’impose enfin à Dublin. D’abord, parce que les Diables Verts seront privés dimanche de l’armée de braillards qui pousse habituellement chacune de leurs interminables séquences et, de façon assumée, fait si souvent pression sur le corps arbitral : et on a vu, samedi, comme la « squadra azzurra » semblait banale, inoffensive, dès lors qu’elle était dépourvue du soutien populaire d’un stade olympique qui masque généralement ses carences, au moins en début de rencontre. Ensuite, la sélection irlandaise semble à bien des titres vieillissante, en fin de cycle, quand, à l’inverse, la France s’appuie à présent sur une génération talentueuse, vierge d’histoire et de tout passif face aux Diables Verts. Il y a peu, l’ancien demi de mêlée des Bleus Dimitri Yachvili, aujourd’hui consultant pour France Télévisions, nous confiait à ce sujet : « L’Irlande n’a pas beaucoup évolué depuis le Mondial japonais. Le schéma reste le même : occupation, conquête, défi physique. Andy Farrell (le sélectionneur irlandais) veut maintenir la charnière historique (Murray-Sexton) parce que son expérience est à ses yeux importante. Mais elle maintient aussi l’équipe dans un style de jeu qui correspond de moins en moins aux standards internationaux… » Pourquoi Farrell, déjà sur la sellette si l’on en croit les rumeurs irlandaises, est-il si frileux, concernant sa charnière ? Et a-t-il finalement raison d’estimer que Johnny Sexton et Conor Murray restent les références du pays à leur poste, quand le numéro9 de l’Ulster John Cooney et l’ouvreur des Munstermen JJ Hanrahan enchaînent les bonnes performances au point d’éveiller, pour le second d’entre eux, l’intérêt du Lou et d’autres gros bras du Top 14 ?

Sergio Parisse : « La France a une confiance inébranlable »

Solide, sérieuse, plus disciplinée qu’à l’habitude et par moments séduisante, la bande à Galthié a de son côté fait à Rome ce que l’on attendait d’elle et, dans le sillage d’une victoire à sept essais, accueilli avec bienveillance les louanges d’une partie du rugby européen, qu’il soit ici incarné par l’Anglais Clive Woodward ou ailleurs par Keith Wood, le divin chauve de la république irlandaise. Quant à Sergio Parisse, cette autre divinité pelée du rugby mondial, voici ce qu’il nous confiait au sujet des Bleus : « L’équipe de France, c’est déjà un état d’esprit remarquable. Les joueurs ont plaisir d’être ensemble, ça saute aux yeux et ce n’était pas le cas, auparavant. Il y a de l’envie, de la solidarité, énormément de talent et une confiance inébranlable dans le projet de jeu. » On entend vos arguments, Sergio. Mais Teddy Thomas et Gabin Villière sont-ils prêts à assurer sous les bombes que ne manquera pas de lancer Conor Murray ? Et face à quelques-uns des meilleurs « gratteurs » du vieux continent, Bernard Le Roux retrouvera-t-il la grinta qui était la sienne à l’automne, à l’époque où il déblayait quarante rucks par rencontre? Pour Simon Zebo, l’arrière irlandais du Racing92, la clé du match ne se situera de toute façon pas sur l’un ou l’autre de ces secteurs de jeu. « Les Français devront utiliser leur flair et exploiter les extérieurs. Si Gaël Fickou et Teddy Thomas ont quelques ballons au large, ils vont stresser le triangle du fond irlandais ; car si la France utilise beaucoup le jeu au pied, elle garde au fond d’elle une attirance évidente pour le jeu. » Quelle que soit la façon dont Fabien Galthié compte s’y prendre pour fendre l’Eire, on souhaite juste qu’il fasse enfin taire les démons de l’Aviva et mette un terme à dix ans de misère. Putain, dix ans…

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