Chantons, même si c’est tôt

  • L'édito du lundi : Chantons, même si c’est tôt
    L'édito du lundi : Chantons, même si c’est tôt PA Images / Icon Sport
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L'édito du lundi... Retenez donc ce score qui, chassé par un autre, filera vite entre les méandres de la mémoire : 13-15 ! C’est un succès majuscule des Bleus, conquis à l’arrachée. C’est aussi une victoire pour deux tout petits points d’écart, quand elle semblait devoir s’écrire plus tôt, plus largement et plus généreusement.

Voilà, messieurs, le métier qui rentre. Votre histoire s’écrit au juste prix de la sueur et d’une solidarité qui fit déchanter les Irlandais. Pas mal pour une équipe d’espoirs, portée par ses talents et un plan de jeu à l’austérité monacale. Pas mal et suffisant pour l’emporter à Dublin, où le XV de France enchaînait les déceptions depuis dix ans.

Bravo et réjouissons-nous, la roue a tourné. Et c’est la première barrière vers le sacre qui s’est levée à Lansdowne Road, sans doute la plus importante. Parce que les Bleus de Charles Ollivon ont enfin maîtrisé l’hostilité d’un match à fort enjeu, eux qui furent battus l’an dernier en Écosse et en Angleterre. Surtout, ils se sont ouvert une voie royale jusqu’au plus prestigieux des titres honorifiques, le grand chelem.

Certains vont s’arracher les cheveux à nous entendre chanter si tôt. Ils auront raison. Les Bleus n’ont encore rien gagné. Tout juste deux matchs, dont un trop facile et un autre face à une Irlande doublement diminuée par l’absence de son public et de ses meilleurs éléments.

N’empêche, comment pourrait-il en être autrement avec la suite du programme ? Réception des Gallois et des Écossais avant de finir en Angleterre, adversaire qui ne fait plus aussi peur.

Pour être franc, nous avons connu des scenarii autrement plus complexes à gérer, plus hostiles ou âpres. Alors, sans vendre la peau de ces drôles d’ours celtes et anglais, l’aubaine mérite un peu de considération. C’est qu’à force d’aborder inlassablement l’avenir sous les seuls jougs de prudence et de raison, nous courons le risque de voir s’étouffer la flamme de notre plaisir.

Et puis, bon sang ! Au nom de quoi les Bleus auraient-ils à vivre dans l’ombre, sans contrat de confiance et dessein collectif à partager ? Au nom de quoi y aurait-il un risque à pousser la chansonnette au cœur de la troisième mi-temps irlandaise, en rêvant à ce fichu grand chelem qui nous fuit depuis onze ans ? Au nom de quoi cette équipe si généreuse sur le terrain devrait-elle vivre cachée, coupée de ses soutiens et de son ancrage populaire ? Au nom de quoi elle devrait continuer à taper 36 chandelles pour laisser le jeu à son adversaire quand elle est si belle, si séduisante et si efficace, ballon en mains, le talent accroché aux fronts des Dupont, Alldritt, Thomas et autres Marchand ?

Chantons, pour de bon. Même si c’est tôt et même si tout reste à faire. Parce qu’en ces temps de rigueur et de distance, cela fait du bien d’avoir à partager un peu de ces rêves et de nos ambitions.

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