Géorgie : scandale autour d’une élection ?

  • Irakli Abuseridze, dont l'élection à la présidence le 30 décembre 2020 n'a toujours pas été validée
    Irakli Abuseridze, dont l'élection à la présidence le 30 décembre 2020 n'a toujours pas été validée MIDI-OLYMPIQUE - PATRICK DEREWIANY
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Alors que la fédération géorgienne devait élire son nouveau président fin décembre, le ministère de la Justice n’a pas validé le nom du vainqueur et un nouveau suffrage devrait avoir lieu le 24 février.

Le 30 décembre dernier, l’ancien capitaine de la sélection nationale de Géorgie, Irakli Abuseridze (43 ans, 84 sélections, ancien joueur d’Aurillac) pensait avoir remporté la présidence de la Fédération géorgienne. C’était l’aboutissement d’un projet né dès la fin de la Coupe du monde 2015 et porté par de nombreux internationaux de renom comme Davit Zirakahsvili, Vasil Kakovin, Zurab Shvania mais aussi Shalva Sutiashvili qui évolue à Soyaux-Angoulême. Mais ce changement à la tête de la Fédération vire, depuis, au scandale politique.


En effet, le ministère de la Justice n’a toujours pas entériné le résultat de l’élection, où le candidat porté par l’ancienne équipe, Lacha Khurtidze, a renoncé au dernier moment à se présenter devant la débacle annoncée. C’était pourtant celui qui devait assurer la continuité d’une gouvernance, où George Nijaradze et Gocha Svanidze se sont succédés de 2008 à 2020, avant que le gouvernement ne décide de transférer Thornike Gogebashvili du ministère des sports à la tête de la Fédération en juillet 2020 en attendant le sacre voulu de Lacha Khurtidze. Les urnes n’en ont pas voulu ainsi et ont démontré que le rugby géorgien souhaitait du changement alors même que George Nijaradze, président de 2008 à 2016, est aujourd’hui suspecté d’avoir détourné environ 6 millions d’euros (avec la mise en place d’un système d’emplois fictifs). Tout cet ancien fonctionnement est mis en danger par l’élection d’Irakli Abuseridze, qui prône plus de transparence.

De nouvelles élections le 24 février ?

Mais le gouvernement ne le souhaite pas et intervient aujourd’hui pour ne pas valider le résultat de l’élection, malgré une manifestation qui a rassemblé 2 000 personnes devant le ministère de la Justice pour demander que le vote du 30 décembre soit reconnu. Au contraire, le gouvernement a entamé un processus pour tenir de nouvelles élections le 24 février prochain. Et les soutiens d’Irakli Abuseridze sont aujourd’hui certains que les résultats seront truqués alors que des présidents de clubs auraient déjà reconnu avoir subi des pressions avant l’élection du 30 décembre. Certains n’étaient finalement pas venus voter. Pourquoi une telle ingérence dans le vote de la Fédération géorgienne ? Certainement en raison de la présence au conseil de Géorgie rugby de George Kobakhidze. Son fils Irakli Kobakhidze est l’actuel secrétaire exécutif de Rêve géorgien, le parti au pouvoir. Il était aussi président du parlement entre 2016 et 2019. Un des soutiens d’Irakli Abuseridze nous résumait ainsi la situation : « Irakli a été très agressif pour faire la guerre à la corruption. En arrivant à la tête de la Fédération, il va avoir accès à des documents qui sont gardés secrets. Les seuls qui ont fuité ont permis déjà de révéler le détournement de 6 millions d’euros. Irakli fait peur à tous les anciens dirigeants qui craignent de finir en prison. »


Le vainqueur de l’élection du 30 décembre ne parvient toujours pas à faire reconnaître sa victoire. Une lettre, que nous nous sommes procurée, a été envoyée à l’ambassade de France de Tbilissi pour trouver du soutien auprès « de pays et sociétés amis pour que le sort du rugby géorgien reste indépendant » après avoir précisé que l’actuelle situation « représente une  intervention illégale sans précédent de la part d’un organisme d’enregistrement public, dépourvue de toute logique juridique » et « qu’il n’y a certainement que l’ancienne génération qui se souvient d’une telle approche de relations juridiques privées à l’époque de l’union soviétique ». La liste conduite par Irakli Abuseridze, composée d’anciens joueurs ayant évolué en France, espère maintenant obtenir un soutien des autres nations européennes, sous peine de se voir voler sa victoire du 30 décembre dernier.
 

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Nicolas Augot
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