De joueur à entraineur, les bonnes recettes de Servat

  • William Servat
    William Servat Icon Sport - Icon Sport
Publié le

Joueur lors des derniers exploits du XV de France à Cardiff et à Dublin, William Servat a eu le bonheur de faire partie du staff qui brisa ces malédictions après dix années d’échecs. De quoi commencer à rêver d’un destin de passeur de témoin et d’une fin en apothéose à Twickenham ? Et pourquoi pas...

C’est d’humeur badine que William Servat avait décroché son téléphone, au moment de procéder à cette interview. Parce que le sujet l’enthousiasmait sans doute, et plus probablement parce que la perspective de retrouver au plus vite son foyer, sa compagne et sa fille le remplissait d’allégresse… On sait bien, depuis, que ce moment de grâce n’a pu avoir lieu, la faute à ce damné virus qui oblige l’entraîneur des Bleus à rester confiné à Marcoussis jusqu’à mercredi prochain… Reste que le sujet demeure, tout comme l’espoir de voir le Tournoi continuer à se disputer sans encombres. Et qu’il ne semblait à ce titre pas délirant de revenir sur le rôle hors normes tenu par William Servat ces derniers temps, celui de passeur idéal entre les générations. Joueur des dernières équipes de France à l’avoir emporté sur les terrains du pays de Galles puis de l’Irlande, puis du staff qui fit tomber ces malédictions à chaque fois vieilles de dix ans… " Je ne sais pas si j’ai un rôle particulier par rapport à ça, souriait le Toulousain. On a simplement tous un vécu et, à partir de là, on essaie de le contextualiser dans le cadre de vie et le cadre de jeu, pour le dédramatiser et faire appréhender le match le plus simplement possible aux joueurs. Le staff oriente beaucoup là-dessus, pour démystifier beaucoup de choses et faire en sorte que le temps du match demeure juste une simple partie de rugby. On a la chance d’en avoir fait notre métier, mais avant tout, ce jeu était notre passion, notre exutoire. On essaie simplement de s’en souvenir avant chaque match et en cela, nous sommes sur la même longueur d’onde avec Charles Ollivon, un formidable leader."

Un mantra comme passeport pour les plus grands exploits ? Allez savoir, même si dans ce rôle précis, la Bûche se garde bien de jouer les anciens combattants. "Dans la préparation de nos matchs, il serait incongru de parler du passé. C’était un autre temps, un autre contexte. Bien sûr qu’avant la rencontre, on est revenu sur le fait que nous ne l’avions plus emporté en Irlande depuis dix ans. Mais que j’y ai participé ou pas, ce n’était pas du tout important."

"L’Irlande, ça peut créer un lien de plus avec Cyril Baille et Julien Marchand"

L’essentiel résidant justement dans ce pont entre les générations, non verbalisé mais palpable, que William Servat s’est pris en pleine face au moment du coup de sifflet final. "Quand l’arbitre a sifflé la victoire à Dublin, je me suis revu dix ans plus tôt, sur le terrain. J’ai peu de souvenirs de ce match, quelques flashs. Sur les touches, je défendais en position de relayeur, les Irlandais avaient dû analyser que nous avions des difficultés à défendre cette zone. Ils avaient joué une combinaison autour de moi, pour me prendre de vitesse. Je me revois encore rattraper Tomas O’Leary par le short, du bout du bout des doigts… Il s’en était vraiment fallu de peu. Le temps a tendance à enjoliver beaucoup de choses mais il me semble qu’avec Nicolas Mas et Thomas Domingo, nous avions eu un très beau combat en mêlée. Je me suis surtout revu sur le terrain exténué puisque j’avais joué 80 minutes, ce qui était plutôt rare pour moi en équipe de France." De là à y voir une des raisons inconscientes qui le poussèrent à laisser pendant 75 minutes Cyril Baille et Julien Marchand sur le terrain, dimanche dernier ? "Je ne sais pas si c’est inconscient ou pas, d’autant que si on prend toutes les décisions avec ensemble avec le staff au sujet du coaching, c’est Fabien qui tranche. Depuis des années, les Britanniques laissent leurs premières lignes beaucoup plus longtemps que nous sur le terrain. Je crois surtout que c’est tout simplement les performances de Cyril Baille et Julien Marchand qui nous ont conduits à les laisser sur le terrain si longtemps. Mais ça peut effectivement créer un lien de plus avec eux, c’est sûr…"

Un lien qu’il est malheureusement devenu difficile de prolonger après les matchs, huis clos et protocole sanitaire oblige. De quoi provoquer un sentiment d’inachevé ? Après un temps d’hésitation, Servat jure finalement que oui. "Parce qu’on aime ce partage, ces émotions qu’on ressent au travers du public et qui manquent en ce moment. Parce qu’il y a tous ces gestes barrières et tous ces protocoles à immédiatement respecter. Parce qu’il n’y a pas ce moment de communion d’après-match avec le public, parce qu’on reste entre nous à l’hôtel. Ça n’enlève rien à la performance sportive du week-end dernier dont la saveur demeure exceptionnelle, mais forcément, on extériorise moins."

Twickenham, seize ans après ?

Ou on le remet à plus tard… Parce qu’après avoir fait tomber le Millenium et l’Aviva Stadium, il reste au XV de France de Fabien Galthié un dernier monument à faire tomber. Rien moins que Twickenham, où les Bleus se rendront pour la dernière journée, qui n’est plus tombé dans le cadre du Tournoi depuis 2005… "C’était ma deuxième saison internationale, sourit Servat, qui était (encore…) déjà de la partie. C’est pareil, j’ai des flashs, des souvenirs de talonneur… Je revois un lancer lobé en milieu d’alignement, où je vois Julien Bonnaire monter si haut que j’ai l’impression qu’il ne redescendra jamais. Et des souvenirs de mêlées, toujours. Ce jour-là, j’étais entré aux côtés d’Olivier Milloud. Nous avions été performants, grâce à lui. Il avait été colossal, une force brute." De quoi faire naître chez William Servat un rêve, un destin ; celui de passer à ses "héritiers" le témoin entre deux grands chelems, pour renouer l’histoire biscornue du rugby français après une décennie de frustration. "Quand on pratique ce sport, à la fin, on se rend compte qu’on n’a pas joué tant de matchs que ça qui comptent vraiment. On se souvient des phases finales, d’un grand match de Coupe d’Europe, mais plus difficilement des autres. On joue des saisons entières pour ces moments-là, pour gagner quelque chose. Si on pouvait y arriver en bouclant la boucle à Twickenham, j’en serais évidemment le plus heureux, mais avant cela il y a d’autres objectifs à court terme qui nous captivent…" En espérant, pour cela, que la bulle sanitaire des Bleus parvienne tant bien que mal à tenir le choc jusqu’au bout…

Cet article est réservé aux abonnés
Abonnez-vous pour en profiter
à partir de 0,99€/mois, sans engagement
  • Tous les articles en illimité sur le site et l'application
  • Le journal en version numérique dès 20h30 la veille
  • Les newsletters exclusives
Nicolas ZANARDI
Voir les commentaires
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?