Entretien avec Virimi Vakatawa : « Sireli Bobo a changé ma vie »

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    Entretien avec Virimi Vakatawa : « Sireli Bobo a changé ma vie » Midi Olympique / Patrick Derewiany
Publié le , mis à jour

Que sait-on de celui que le Top 14 dans son intégralité présente à juste raison comme « le meilleur centre du monde » ? Pas grand chose, finalement. La semaine dernière, Virimi Vakatawa, si rare dans les médias, a pourtant accepté de donner un peu de lui. C’est à vous, « Viri »...

Il y a dix ans que vous êtes arrivé en France et on vous connaît finalement peu. D’où venez-vous, Virimi ?

Je suis né à Naluwai, un petit village des Fidji accroché aux montagnes. Nous sommes relativement loin des côtes et petit, je n’allais que très rarement sur les plages. J’ai appris à nager dans la rivière qui passait à côté.

Quand vous dîtes « petit village », que voulez-vous dire ?

Le village compte entre quatre-vingts et cent personnes. Inutile de vous dire que je connais tout le monde, là-bas. […] Quand j’ai atterri à Paris à 18 ans, j’ai donc mis quelques temps à m’acclimater au décor. Ce qui me surprenait le plus, ici, c’était d’être toujours entouré de hauts bâtiments, de ne jamais voir le ciel, quoi. Mais on s’y fait…

Comment avez-vous débuté le rugby, au juste ?

À l’école du village, comme tout le monde. Mes deux sœurs y jouaient, elles aussi.

Quel était votre rêve de gosse ?

Si le rugby a toujours été dans un coin de ma tête, j’ai longtemps rêvé de devenir professeur de fidjien, puisque nous apprenons les deux langues (anglais et fidjien) à l’école. Avant que le Racing ne me contacte en 2010, il me restait simplement une dernière année d’étude avant d’empocher mon diplôme de professeur. J’ai tout arrêté brutalement. Mais j’y reviendrai peut-être un jour, qui sait ?

Comment s’est passé votre transfert au Racing, au juste ?

Ça, je ne l’oublierai jamais. C’était le soir, je rentrais de cours et quelqu’un a appelé à la maison. C’était Sireli Bobo. Il m’a demandé si je voulais venir en France pour quelques mois, histoire de finir la saison. J’ai tout de suite dit « OK » mais je n’en ai parlé à personne, si ce n’est à ma mère (décédée en 2019, N.D.L.R.). Dans ma tête, j’allais revenir à Naluwai au bout de six mois, quoi…

Comment Bobo avait-il entendu parler de vous ?

Au lycée, je me suis spécialisé dans le rugby à XIII et ça marchait pas mal pour moi, à l’époque. Sireli est simplement tombé sur un article me concernant dans le Fidji Sun, le quotidien local. Et puis, son coup de fil a changé ma vie…

Les débuts en France n’ont pourtant pas été faciles, de ce qu’on raconte…

À mon arrivée en France, j’ai aménagé chez Simon Raiwalui (ancien capitaine des Fidji, alors entraîneur des avants franciliens). Très vite, je me suis fracturé la jambe lors d’un tournoi de rugby à VII, à Tours, avec les Espoirs du Racing. J’ai été hospitalisé là-bas et, à mon retour à Paris, j’ai vraiment connu une période terrible. J’avais de la fièvre, je me sentais faible. La plaie s’était infectée, en réalité. Dans ma tête, je me disais alors que mon rêve était fini, que le Racing ne me proposerait jamais un contrat et que je rentrerai très vite à Naluwai…

Finalement ?

Le Racing a bien voulu me donner ma chance et dix ans plus tard, je suis toujours là.

Votre maîtrise du français est désormais parfaite. Comment avez-vous appris la langue ?

Au départ, c’était très drôle. Avec Bernard (Le Roux), on se rendait dans une école primaire de Sceaux (Hauts-de-Seine) deux fois par semaine. On était entouré de tout petits ; ils étaient très curieux de notre parcours, notre sport, notre pays… Ce sont de superbes souvenirs, quand j’y repense…

Pourquoi êtes-vous parti avec France 7, en 2014 ?

J’avais besoin de temps de jeu et de retrouver du plaisir, à l’époque. […] J’ai voulu changer, voyager, visiter différents pays… Le rugby à VII, c’est la meilleure école. Tu ne peux pas te cacher, sur le terrain. Tu t’y files en attaque, en défense, sur les rucks. Ça part dans tous les sens et si tu marches une seconde, c’est fini. À 15, il y a toujours un coéquipier pour rattraper une erreur défensive.

Vous êtes revenu au Racing trois ans plus tard avec le statut de « star du circuit international à VII ». Vous souvenez-vous du jour où Laurent Labit, alors entraîneur des trois-quarts franciliens, vous a proposé de passer au centre ?

Je n’ai pas eu d’appréhension quand « Lolo » m’a parlé de ça. Quand je jouais au rugby à XIII, j’étais en effet trois-quarts centre et ce n’était donc pas nouveau pour moi. […] La première fois, c’était contre Oyonnax à Colombes.

Qui vous a aidé le plus, lorsque vous êtes passé de l’aile au centre ?

Henry Chavancy, sans nul doute possible. Au départ, j’avais parfois du mal à trouver mes repères en défense mais Henry était toujours là pour rattraper les coups, me conseiller, me guider… […] Henry, c’est mon frère, le mec qui m’a accueilli à bras ouverts quand je suis arrivé en 2010 et que je ne parlais pas un mot de français. Je lui dois beaucoup. Il a toujours été là pour moi.

Vous concernant, une image a dernièrement fait le tour du monde : pourquoi, lors de ce match face à Toulon, avez-vous tant tardé avant d’aplatir ?

Je ne sais pas ce qui m’est passé par la tête, ce jour-là. C’était important… C’était cinq points pour l’équipe… Gabin (Villière), lui, a juste fait son boulot et m’a fait sauter le ballon des mains. Mais tout le monde fait des erreurs, non ? Moi, je n’ai pas voulu faire le beau, en tout cas…

Dimanche après-midi, le XV de France affrontera l’Écosse à Paris. Vous qui connaissez si bien le meneur de jeu écossais Finn Russell, comment les Bleus pourraient-ils s’y prendre pour le faire déjouer ?

Finn est unique, franchement. Sur le terrain, il affiche toujours un immense sourire et il ne panique jamais, même s’il a fait une erreur. Franchement ? Je ne vois pas comment le faire déjouer. Il ne perd jamais ses nerfs.

Il n’a pourtant rien d’un monstre physique. N’y a-t-il pas moyen de le cibler physiquement ?

Il a beau être léger, il ne s’échappe jamais en défense et fait tomber tout ce qui se présente à lui. Et en attaque, pff… C’est un magicien… Il est capable de faire un off-load avec trois défenseurs sur le dos.

Vous aussi, remarquez…

Peut-être… Mais je le bosse aussi beaucoup à l’entraînement. Ce n’est pas seulement naturel.

De retour en Bleu contre Galles ?

C’est le 23 janvier dernier, sur la pelouse de l’Arena et face à l’Union Bordeaux-Bègles, que Virimi Vakatawa (28 ans, 27 sélections) s’est donc blessé au genou gauche. Souffrant d’une légère entorse, le trois-quarts centre des Bleus et du Racing 92 a dans la foulée raté les deux premiers matchs du XV de France face à l’Italie et l’Irlande. En revanche, la blessure de Virimi Vakatawa ayant connu une évolution plus rapide qu’initialement prévu, le joueur devrait pouvoir reprendre la compétition dans quinze jours et ainsi être réintégré au groupe France avant la réception du pays de Galles à Saint-Denis, le 20 mars. Romain Ntamack, blessé à la mâchoire il y a quelques semaines, pourrait lui aussi retrouver la sélection pour préparer le choc face au XV du Poireau. 

Ce qu’ils en disent…

Henry Chavancy : trois-quarts centre du Racing 92

« Virimi était un électron libre, il avait du mal à s’intégrer dans un système de défense collective. Depuis qu’il a basculé au poste de centre, il a énormément travaillé sur ce secteur de jeu. Aujourd’hui, il n’est plus une zone faible en défense et fait partie du gratin mondial : ses qualités physiques lui permettent de briser n’importe quel rideau. »

Laurent Labit : entraîneur de l’attaque du XV de France

« Virimi est aujourd’hui devenu une arme incroyable. Aucun de ses adversaires ne parvient à décrypter son jeu parce qu’il a mille cordes à son arc : la percussion, le jeu dans le plaquage, la passe aveugle avant contact, l’évitement… Il peut lâcher un ballon dans toutes les situations, mobilise à chaque fois deux à trois défenseurs et autour de lui, crée des espaces : tôt ou tard, les joueurs qui circulent dans sa zone auront des occasions d’essais. »

Gaël Fickou : trois-quarts centre du XV de France

« Cette magie, seuls lui et Teddy Thomas en sont à mes yeux pourvus. Je suis incapable de réaliser les choses que produit Virimi tous les week-ends. Je n’ai ni ses appuis, ni son aisance sur les off-loads ».

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