Sabordage en règle

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L'édito de Léo Faure... En matière de contagion, le risque zéro n’existe évidemment pas. Nul n’est invincible et celui qui aspire au contraire se fourre un bras entier dans l’œil. Sur ce point, au moins, tout le monde sera d’accord. La suite prêtera nettement plus au débat.

Dès lors qu’on a posé ce constat en impuissance fondamentale, deux voies s’ouvrent pour analyser les mésaventures virales qui ont abouti au report de France-Ecosse : soit le « pas de bol » a encore frappé, ce qui arrangerait bien du monde. Soit on regarde de plus près ce qui aurait pu être fait - ou évité - pour se rapprocher le plus possible de ce fameux « risque zéro », quitte à ne jamais l’atteindre.

Partant du postulat que le rugby est un sport professionnel depuis une bonne vingtaine d’années, statut qui lui confère autant de paillettes que de devoirs, on s’intéressera de notre côté à la deuxième option. Et il y a de quoi dire.

Un sport pro, c’est quoi ? C’est la NBA qui passe quatre mois (oui, quatre mois !) sous bulle et ne déplore pas le moindre cas positif parmi les siens, dans le pays pourtant le plus frappé par la pandémie. C’est l’Open d’Australie de tennis qui vient de se conclure, où des joueurs ont passé un mois enfermés dans leur hôtel. Là encore, pas un seul test positif.

La suite : un sport « presque pro », c’est quoi ? C’est une fédération qui communique beaucoup sur son exemplarité, sans toujours la démontrer. Au contraire. Stage des moins de 20 ans au Portugal : foyer épidémique. Rassemblement de France 7 à Marcoussis : foyer épidémique. Deux matchs dans le Tournoi pour le XV de France : vous connaissez la musique…

C’est une soirée organisée en belle convivialité, au soir de la victoire en Irlande, alors que tout le monde est déjà déclaré « cas contact ». Ce sont d’autres largesses prises, ici et là, y compris quand des cas positifs sont désormais avérés. Comme si les Bleus, sélectionneur, staff et dirigeants pouvaient vivre normalement…

Voilà comment on converge, doucement mais sûrement, vers le chaos. Il n’y a rien de drôle à écrire cela. C’est même désolant.

Le temps des louanges a vécu. Les Bleus auront toujours le loisir de remporter le Tournoi, plus tard, et pourquoi pas un Grand Chelem à contretemps. Mais les deux semaines qui viennent de s’écouler laisseront des traces indélébiles sur le mandat de Fabien Galthié. Elles impacteront négativement l’image des Bleus dans l’opinion publique, dans la défiance que le monde politique aura envers le rugby français et, le plus important, dans la relation de confiance abîmée entre le sélectionneur, ses joueurs et les clubs qui les emploient.

C’est ici, finalement, que la situation est la plus grave : plus que le report d’un match pour raisons sanitaires, c’est tout un projet qui vacille aujourd’hui, à trente mois d’une Coupe du monde sur notre territoire. Si se saborder est un art, les deux dernières semaines du rugby français sont une toile de maître.

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