Lacroix : « Ça fait peur »

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Publié le , mis à jour

Il y a un peu plus de trois ans, Gabriel Lacroix (27 ans) marquait trois essais lors de ses deux premières sélections en équipe de France. Cette semaine, il vient pourtant de mettre un terme à sa carrière de rugbyman...

Gabriel, prenons l'histoire à rebours : pouvez-vous revenir au jour de votre blessure ?

C'était en janvier 2018, contre l'Ulster. Je sortais de la tournée de novembre (2017), où j'avais eu la chance de faire quelques matchs avec l'équipe de France. […] Ce jour-là, à Belfast, j'essaie de m'imposer sous un jeu au pied haut : je saute et en retombant, je me réceptionne sur ma jambe droite.

Alors ?

Les os de mon genou se sont touchés, mon tibia s'est brisé et la douleur fut fulgurante. Au sol, on a alors manipulé ma jambe, en pensant que c'était une blessure classique, les croisés quoi... Sauf que cette manipulation a déplacé la fracture. Derrière, ce fut pire...

Combien d'opérations avez-vous subi, après ça ?

Je suis passé trois fois au bloc pour des opérations très lourdes : la première fut une greffe osseuse, avec plaques, vis, suture du ménisque et la totale, quoi... Toute l'articulation du genou avait explosé. La deuxième avait simplement consisté à enlever les plaques en question. La troisième fut une ostéotomie de varisation, un truc costaud, aussi : après la première intervention, le plateau tibial s'était en effet affaissé et toute la morphologie de ma jambe avait changé ; on m'a donc coupé une partie du tibia pour rééquilibrer... Voilà, quoi... (il coupe) Les opérations, je ne veux plus en entendre parler...

Marchez-vous normalement ?

Oui.

Pourquoi avoir décidé d'arrêter, alors ?

Je ne pouvais plus enchaîner les entraînements. […] Pendant des semaines, je suis passé par tous les états : je sortais d'une séance, tout s'était bien passé et je me disais que la machine était relancée ; puis immanquablement, la douleur revenait, plus forte, le lendemain... En fait, dès que l'espoir revenait, il était aussitôt balayé...

Jusqu'à quand l'espoir a-t-il perduré ?

L'espoir s'est éteint il y a environ six mois. Jusque-là, on m'avait toujours dit que les miracles arrivent. […] L'été dernier, il y avait même eu un contact avec Christophe Dominici : il lançait son projet biterrois, croyait que je pourrai revenir et ses mots m'avaient beaucoup touché, à l'époque. Puis la réalité m'a rattrapé... Me concernant, le miracle ne s'est pas produit...

Comment vous sentez-vous depuis l'annonce de votre fin de carrière, survenue jeudi soir ?

Je suis soulagé. Les gens vont arrêter de me poser des questions ; je peux enfin tourner la page. Je suis prêt à changer de vie. Je veux juste prendre soin de ma compagne et de mon fils.

Avez-vous fait le deuil du rugby professionnel ?

Le deuil, il se fait petit à petit. Quand on regarde la tête du chirurgien au moment où il découvre telle ou telle radio du genou, on comprend vite que ça ne sent pas bon...

Parmi les nombreux messages que vous avez reçus depuis jeudi soir, lequel vous a-t-il le plus touché ?

Les mots de Benjamin Bagate ou Henry Broncan, deux entraîneurs qui me sont chers, m'ont beaucoup marqué. Mais des messages, j'en ai reçus beaucoup... Merci à tous ceux qui ont pensé à moi....

Votre enfant fera-t-il du rugby ?

Il fera ce qu'il veut mais s'il ne fait pas du rugby, c'est aussi bien...

Pourquoi ?

Parce que le rugby est un beau sport, mais c'est aussi un sport dangereux. Je ne le pousserai pas à faire du rugby, en somme...

Avez-vous des projets de reconversion ?

J'en ai eu beaucoup... J'ai voulu être élagueur, diététicien... La vérité, c'est qu'il n'y a pas de projet concret, pour le moment.

Est-ce inquiétant ?

Oui, ça fait peur. J'ai privilégié ma carrière sportive, j'ai laissé de côté les études et je le regrette, aujourd'hui. Je me retrouve un peu con, quoi. J'espère que les rugbymen se serviront de mon exemple pour ne pas reproduire les mêmes bêtises. Mais s'il faut repartir sur les bancs de l'école, je le ferai …

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Les commentaires (1)
Mycupj Il y a 1 année Le 26/02/2021 à 17:36

Bravo M. Lacroix, vos fulgurances resteront gravées à Marcel Deflandre ! Vous étiez un joueur élégant, magnifique rempli de grâce . . . Profitez bien de votre petite famille désormais !
"CONCUSUS RESURGO" : Quand je suis frappé, je me relève !
BON VENT !