Blanco : « Je pleurerai et je ne serai pas le seul ! »

  • Serge blanco - Ancien arrière du XV de France. Serge blanco - Ancien arrière du XV de France.
    Serge blanco - Ancien arrière du XV de France. Dave Winter / Icon Sport
Publié le , mis à jour

La vie de Serge Blanco est liée au Biarritz olympique. Comment réagirait donc le "Pelé du rugby", si jamais la structure professionnelle du BOPB était délocalisée hors de sa ville ? En voudrait-il à la mairie ? À la famille Gave ? il s’explique...

La famille Gave, propriétaire du Biarritz olympique, avait lié son engagement au BOPB à la naissance du "projet Aguilera", lequel était censé moderniser le plateau éponyme et offrir au club des installations plus en adéquation avec leurs ambitions. Récemment, la mairie de Biarritz a pourtant dit "non" au projet en question. L’espoir de le voir naître persiste-t-il néanmoins ?

Je ne sais pas si l’espoir persiste. Mais si j’en crois les déclarations, il est difficile d’imaginer une issue positive à tout ça. Toujours est-il qu’on ne peut demander continuellement à la famille Gave d’investir à perte.

En clair ?

Si le club n’est pas modernisé, si des travaux ne sont pas engagés, nos investisseurs n’auront jamais aucun retour sportif sur leur engagement initial ; avec les installations actuelles, inadaptées, le BOPB ne pourra jamais aller plus haut. Si on veut monter en Top 14 et surtout, y pérenniser le club, il faudra une structure adéquate. Aujourd’hui, on ne l’a pas.

Que voulez-vous, au juste ?

Au-delà des installations sportives et du besoin vital d’un centre de formation, il faut aménager un espace digne de ce nom pour nos futurs partenaires, adapter nos loges… Mais ce problème-là, je l’ai soulevé il y a déjà dix ans. Aujourd’hui, je pose donc cette question : "Que voulons-nous faire ? Et surtout, où voulons-nous aller ?"

On vous laisse y répondre…

La famille Gave a des ambitions, veut aider le BOPB à retrouver le plus haut niveau mais pour ça, elle a besoin de pouvoir présenter un beau produit rugby à ses sponsors. Or, ce produit n’est pour l’instant pas assez adapté… Et nous ne pouvons basculer dans une autre dimension…

On peut néanmoins comprendre Maïder Arosteguy lorsque la maire de Biarritz évoque le coût élevé du projet...

On a peut-être mal habitué les politiques, à Biarritz : pendant vingt ans, on a monté nos projets grâce à l’investissement de notre mécène (Serge Kampf), de nos partenaires, de nos bénévoles et de l’engagement de nos supporters… Et puis, concernant le coût du projet actuel, il y a des aides, des soutiens privés et plein de choses que l’on peut aller chercher ! […] Si la maire ne veut pas faire le projet, dont la copie a pourtant été revue, qu’elle le dise ouvertement. Mais elle ne pourra pas empêcher le propriétaire du club d’avoir une vision de développement qui échappe désormais à sa ville…

Justement, le président du BOPB Jean-Baptiste Aldigé a évoqué la possibilité de délocaliser la structure professionnelle…

Effectivement, le secteur professionnel est une entreprise et peut donc s’exporter là où elle le souhaite. C’est ça, la réalité des choses !

Ce n’est pas du bluff ?

Non !

Sincèrement, Serge : cela ne vous crèverait-il pas le cœur de voir Biarritz sans équipe professionnelle ?

Le débat n’est pas là. Moi, je me bats pour que ce projet se fasse. Je me bats pour que personne n’ait de regret.

Vous allez mal le vivre, soyez franc…

Oui, je pleurerai ! J’ai cinquante ans de club, je pleurerai et je ne serai pas le seul, dans la ville ! Mais je ne ferai pas de reproche à ceux que l’on aura poussés dehors.

Y a-t-il encore des négociations entre les deux parties ?

On n’en est plus au stade des négociations. Le tout, c’est désormais de savoir où se passera la délocalisation.

Alors, où ?

Posez la question au président Aldigé. Mais je pense que plusieurs villes et régions sont intéressées. Car elles se rendent compte que le rugby est un super produit, quelque chose permettant d’animer une ville, de choyer son image… À ce sujet, il ne faut pas que la ville de Biarritz oublie ce que le club ramène à la cité, économiquement parlant : un supporter de tel ou tel club ira plus facilement passer son week-end à Biarritz qu’à Vierzon, hein ; ce supporter, il prendra un hôtel, ira au resto, boira un coup en terrasse… C’est un bénéfice moins important que lorsqu’on était en Top 14 mais ça pèse, croyez-moi.

Imaginons que la structure pro du BOPB prenne pied à Saint-Sébastien. Ne serait-ce pas une chance en or de créer le grand club basque de demain ?

Le grand club basque, j’ai essayé (au printemps 2015, avec Serge Kampf, Alain Afflelou et Manu Mérin, N.D.L.R.)… On n’en a pas voulu, le projet est aujourd’hui parti aux oubliettes…

Pour quitter Biarritz, la structure professionnelle a néanmoins besoin du numéro d’affiliation fédéral aujourd’hui détenu par le président du secteur amateur Sébastien Beauville. Les Gave l’auront-ils, ce numéro-là ?

Aujourd’hui, le secteur amateur vit grâce au secteur professionnel. C’est le cas dans tous les clubs et si le président donne le numéro d’affiliation aux propriétaires, personne ne lui en voudra. Vous savez, il y a trop de temps qu’on se laisse trimbaler par les promesses des politiques : même quand on aime, il faut aussi savoir divorcer…

Permettez-nous d’insister : vous savez mieux que personne qu’un club de rugby est rattaché à un terroir et qu’il sera difficile à cette franchise de prospérer au milieu de nulle part…

D’accord ! Mais où est la solution, alors ? Que voulez-vous qu’on réponde à Madame le maire ? "Vous avez raison, Madame ! On arrête tout et on repart en Fédérale !" ? Non ! On ne peut empêcher les gens d’avoir des ambitions. Et puis entre nous, je pense que la majorité des supporters biarrots ont voté pour une personne (Maïder Arosteguy, élue au printemps dernier, N.D.L.R.) ayant dit qu’elle soutiendrait le club. Je n’ai rien inventé.

Élargissons le débat. Vous qui avez été à la tête de la Ligue Nationale de Rugby pendant dix ans, quel regard portez-vous sur une élection mettant aujourd’hui aux prises Vincent Merling, Alain Tingaud et René Bouscatel ?

Bof… J’ai tourné la page du rugby pro, vous savez… J’espère juste que les clubs choisiront une personne qui ne se laissera pas vampiriser (par la fédération).

Vous êtes, depuis quelques mois, en charge des cadets du BOPB. Cela vous plaît-il ?

Énormément, oui. Mais c’est aussi une souffrance : le monde du rugby ne se rend pas compte que plusieurs générations auront un trou de deux années dans leur vie sportive. […] Mes plus beaux souvenirs d’enfant, je les ai avec les cadets du BOPB, à l’époque où j’affrontais Lannemezan et Pierre Berbizier en quart de finale du championnat de France. Aujourd’hui, à cause du Covid, les mômes arrivent habillés au stade, ne peuvent ni se doucher, ni se changer, ni prendre leur goûter… Quelle triste époque…

En effet…

Et puis, d’un seul coup, on t’apprend que toutes les compétitions amateurs sont suspendues ! Je suis triste pour ces gosses. Pourquoi les dirigeants de la FFR n’ont-ils pas envisagé d’aménager un calendrier permettant de délivrer, malgré tout, des titres de champions ? Il suffisait de passer à des poules de quatre au mois d’avril, voilà tout !

Que faites-vous sur le terrain, alors ?

Des passes, du jeu au pied, de la technique individuelle… Mais ils vont se lasser, à force. On va perdre des gosses en route, c’est inéluctable.

Le XV de France sort d’un énorme cluster à Marcoussis. Quel regard portez-vous là-dessus ?

Ce n’est pas normal. À chaque fois qu’une équipe de France se réunit, il y a des problèmes : les féminines, les garçons, le 7, les moins de 20 ans, tous ont eu des soucis ! Ça n’arrive qu’à nous, merde ! On est les rois du cluster ! […] La fédération a pris des engagements vis-à-vis du gouvernement et ces engagements n’ont pas été respectés.

Alors ?

Il y a bien un coupable, là-dedans, non ? Il y a bien un type qui mal géré cette affaire, n’est-ce pas ? Serge Simon était "Covid manager" ; à l’arrivée, il n’a rien réussi, sauf peut-être le fait de déclencher une enquête.

Cette enquête semble néanmoins sérieuse…

Ah bon ? C’est une enquête interne ! Personnellement, je serais très content si on me demandait un jour de faire une enquête sur moi-même ! Enfin… Soyons sérieux… […] Si les conclusions de cette enquête prouvent qu’il y a eu faute, j’espère que les fautifs prendront les décisions qui s’imposent…

Oublions l’affaire du cluster : quelle opinion avez-vous de l’équipe de France ?

Cette nouvelle génération entraîne son lot d’émotions, Fabien Galthié a remis l’église au milieu du village et bientôt, cette sélection fera des choses irrésistibles.

Ces derniers mois, vous avez perdu de grands amis tels Jean-Marc Manducher (l’ancien président d’Oyonnax), Jean-Pierre Lux ou Jean-Pierre Bastiat. Comment vous sentez-vous ?

Je suis malheureux, inconsolable… La disparition de Jean-Marc (Manducher) m’a beaucoup marqué : il est décédé du Covid, je l’avais vu une semaine avant sa mort et je savais qu’il avait peur… (il coupe) Jean-Pierre Bastiat, lui, fut l’un des premiers à me soutenir quand je me suis présenté à la Ligue ; il s’est mouillé pour moi. Jean-Pierre Lux, c’était mon vieux complice, l’homme avec qui j’ai tant appris, le grand dirigeant avec lequel on a construit la Coupe d’Europe…

Cet article est réservé aux abonnés
Abonnez-vous pour en profiter
à partir de 0,99€/mois, sans engagement
  • Tous les articles en illimité sur le site et l'application
  • Le journal en version numérique dès 20h30 la veille
  • Les newsletters exclusives
Voir les commentaires
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?