XV de France : Les dessous de l'enquête

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Que dit le protocole sanitaire du comité des 6 Nations ? Et où l’équipe de France s’est-elle donc mise à la faute ? éléments de réponse, ici...

La semaine dernière, le ministère des Sports a demandé à la FFR d’ouvrir une enquête au sujet du cluster de Marcoussis. Cette investigation, menée par le secrétaire général Christian Dullin et la commission médicale de la Fédération - laquelle compte en ses rangs Roger Salomon, épidémiologiste, et Éric Caumes, un célèbre infectiologue - a débuté il y a peu et, en milieu de semaine, un rapport sera rendu à Roxana Maracineanu. Il devra établir si, oui ou non, l’encadrement du XV de France a commis une série d’infractions au protocole sanitaire du Comité des 6 Nations, ce décorum qui avait convaincu les ministères des Sports et de la Santé d’octroyer une dérogation à l’équipe de France de rugby, mi-janvier.

Le week-end dernier, on a donc parcouru le protocole sanitaire en question. Qu’en ressort-il ? Déjà, il est plutôt souple et ne ressemble en rien aux « bulles sanctuarisées » de la NBA à Orlando ou du tennis à Melbourne pour l’Open d’Australie : les allers-retours en sélection des joueurs blessés, mouvements qui ne sont pas propres à l’équipe de France, empêchent ainsi de coller au modèle dit « des bulles ». Dans le protocole, il est d’abord écrit clairement que les membres des squads (joueurs et staff) doivent être testés deux fois par semaine. Il n’est jamais mentionné, en revanche, qu’ils doivent rester enfermés dans leur lieu d’entraînement H24 et sept jours sur sept en attendant de rejoindre le stade. Dès lors, si Fabien Galthié est sorti de Marcoussis, comme l’ont écrit nos confrères de L’Équipe ou RMC et comme nous l’avons confirmé, il en avait donc le droit ; en revanche, et la nuance est importante, il aurait dû se faire tester deux fois et attendre cinq jours (la durée d’incubation) avant de pénétrer à nouveau le sanctuaire des Bleus : depuis le début de l’édition 2021, un individu censé intégrer un squad doit en effet fournir au comité des 6 Nations une série de tests négatifs datant de la semaine précédant son incorporation au groupe en question.

Galthié avait le droit de sortir mais…

Si Fabien Galthié, qui a démenti ces accusations, est sincère, il reste à savoir où et quand les Bleus ont-ils donc enfreint le protocole. Nos confrères de L’Équipe écrivent donc que lors de l’Italie - France inaugural, des Tricolores auraient été aperçus dans les rues de Rome, une gaufre à la main : le protocole est ici brisé puisque le week-end des matchs, joueurs et staff ont l’obligation de rester cloîtrés à l’hôtel, dit le fascicule. « Les week-ends de match, nous disait dimanche matin un des cinq autres sélectionneurs du vieux Tournoi, nous avons juste le droit de sortir pour l’entraînement du capitaine puis pour la rencontre elle-même. Cela fut clairement expliqué au début de la compétition… »

Par ailleurs, et aussi ridicule que cela puisse-t-il paraître, la délégation tricolore aurait aussi franchi la ligne jaune en permettant à ses internationaux de jouer aux cartes dans l’avion, comme certaines images en attestent. Pourquoi ? 
Le protocole des 6 Nations sacralise la distanciation sociale et, mieux, énonce qu’il a été scientifiquement prouvé qu’il faut quinze minutes d’incidence rapprochée entre deux individus pour qu’il y ait un risque de contamination ; et si les corps des rugbymen se mêlent et s’entremêlent au gré d’un match, il a aussi été calculé par un procédé relativement complexe que sur la pelouse, ces incidences entre deux individus n’excédaient jamais le seuil fatidique des quinze minutes et, en cela, les célébrations tricolores (dans les vestiaires de l’Aviva Stadium ou à l’intérieur de l’hôtel, lors de la bringue qui suivit la victoire en Irlande échappent également au protocole).

Le patient 0 est-il une énigme ?

À qui la faute, alors ? Au protocole sanitaire des 6 Nations ou à sa mise en pratique ? Difficile à dire : mais à ce jour, aucune des cinq autres Fédérations du Tournoi n’a compté le moindre cas de Covid, depuis que les matchs transfrontaliers ont débuté. Enfin, l’enquête interne menée par la FFR déterminera qui est le patient 0 du groupe France et pour ce faire, elle devrait s’appuyer sur les tests envoyés quotidiennement au comité des 6 Nations, ces documents mentionnant la date et l’heure du prélèvement et permettant donc une relative traçabilité. Et si des fautes sont avérées ? Y aura-t-il sanction ? À l’heure actuelle, il est impossible d’anticiper la réaction du ministère des Sports même si la dernière prise de parole du Premier ministre, Jean Castex, au sujet de l’équipe de France (« Je pense que les joueurs sont déjà eux-mêmes sanctionnés de ne pas pouvoir jouer… ») n’allait pas dans le sens d’une condamnation. À une source au ministère des Sports, à qui l’on demandait si le visionnage des caméras vidéo de Marcoussis était envisagée, celle-ci nous répondit : « N’exagérons rien… Nous ne sommes pas le ministère de la Police, non plus… »

Du côté des instances internationales et du comité des 6 Nations en particulier, l’urgence est surtout à finir le Tournoi entamé puis, au plus vite, faire disparaître l’histoire du cluster français sous un tapis. On peut se tromper, bien sûr. Mais cette fin de semaine, les dernières tendances n’allaient pas dans le sens d’une mise au ban du XV de France…

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Les commentaires (2)
rugbypass Il y a 1 année Le 01/03/2021 à 15:41

Faut-il confondre inquiétude et lynchage? Midol lâche son fiel et donne la parole aux aigris. Midol semble oublier tous les cas de Covid dans le TOP 14 même son stade toulousain chéri a été touché. Lamentable!!!

rugbypass Il y a 1 année Le 01/03/2021 à 15:27

Enfin un angle d'attaque car pour le moment les résultats de l'EDF sont plutôt bons, n'est ce pas.