Quénhervé : « Les Ligues doivent proposer une offre sportive»

  • Fabrice Quénhervé, président de la Ligue de Bretagne de rugby
    Fabrice Quénhervé, président de la Ligue de Bretagne de rugby droits réservés - Picasa
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Fabrice Quénhervé (Président de la Ligue de Bretagne de rugby) n'est pas surpris par la décision de la fédération, le dirigeant breton travaille déjà avec ses équipes sur la suite des évènements, et espère que si les conditions sanitaires le permette, ses licenciés puissent rejouer au rugby avant la saison prochaine. 

Comment avez-vous réagi à l’annonce de l’arrêt des compétitions de rugby amateur décidé par la Fédération ?

En toute franchise, ce n’était pas une surprise et nous nous y étions préparés. En amont, avant d’officialiser la nouvelle, le bureau fédéral avait quand même échangé avec les Ligues et lancé des travaux en commissions fédérales pour se projeter sur l’après. Personne n’était dupe : plus le temps passait, plus le calendrier se rétrécissait et on voyait bien qu’il n’était plus possible, arrivé à une certaine date, de mener le championnat à ce terme. À partir de ce moment-là, il n’y avait pas d’autre solution que de déclarer la saison blanche.

Éprouvez-vous de la frustration ?

On pointe du doigt que la décision est fédérale, mais celle-ci est dictée par la situation sanitaire. Et ce qui donne le « la », ce sont les contraintes dictées par le gouvernement comme les mesures de distanciation ou les interdictions de se rencontrer. Les fédérations sportives et la FFR en particulier ne font qu’appliquer dans notre champ sportif ces décisions du gouvernement.

Sur quoi travaillez-vous à l’heure actuelle ?

Nous continuons à nous appuyer sur la grille des différents stades de pratique, un travail remarquable qui avait été réalisé lors du premier déconfinement au printemps 2020 et qui est toujours d’actualité. Nous nous servons toujours de ce plan de reprise progressive, et nous sommes encore actuellement au stade 3, qui prévoit des situations avec passes mais sans contact. Pour envisager une reprise du championnat, nous avions besoin d’accéder au stade 5, avec contact, pour pratiquer du rugby total. Comme nous ne savions pas si nous atteindrions ce stade, la Ligue de Bretagne avait donc établi un schéma avec plusieurs scénarios en fonction de l’évolution sanitaire. Notre scénario le plus pessimiste tablait sur une reprise en stade 5 au 27 mars, avec reprise des compétitions le 25 avril. Finalement, ce dernier scénario n’est plus viable. Pour autant, cela ne veut pas dire que l’on ne rejouera pas au rugby cette saison…

Justement, la Fédération compte désormais sur les Ligues pour « relancer l’activité dans les territoires », quels sont vos projets en Bretagne ?

Nous sommes en attente des autorisations sanitaires, mais désormais ce sont aux Ligues de proposer une offre sportive. La chance du rugby, ce que notre jeu possède plusieurs formes. Donc dès que nous atteindrons le stade 4 pour jouer à toucher, nous monterons des plateaux et des rencontres en rugby à 5 à toucher, puis les beaux jours reviendront nous mettrons en place des tournois de Beach Rugby, et si nous obtenons le feu vert pour les situations avec contact, soit le stade 5, nous organiserons des circuits de rugby à VII pour les séries territoriales et les clubs de Fédérale qui souhaiteront y participer. Le pilotage de ces épreuves sera fait par la Ligue. Le Seven nous permettra ainsi d’attribuer des titres de champion de Bretagne, cela nous ferait retrouver cette notion de compétition qui manque à beaucoup. Si nous retrouvons le stade 5, nous organiserons aussi des matchs amicaux pour réinstaurer des confrontations entre clubs. Nous travaillons donc sur la structuration de toutes ces offres : plateaux rugby à 5, tournois de Beach, circuits régionaux de VII, et matchs amicaux à XV. Mais encore une fois, tout cela dépendra des autorisations gouvernementales. L’important, c’est que nous soyons prêts dès que nous aurons le feu vert.

Percevez-vous l’impatience de vos licenciés à retrouver la compétition ?

Absolument. Autant le stade 4 suffira aux équipes de rugby loisir et au rugby éducatif, autant nos licenciés compétition ont besoin de performances, de challenges, de championnats. Nous serons prêts à lancer tout cela dès que nous en aurons l’autorisation.

Quelles sont les contraintes ?

Il reste encore plusieurs inconnues : quand aurons-nous le droit de faire se rencontrer deux clubs ? La distanciation nous l’interdit pour le moment. Il y aura aussi des notions de jauges : on le voit bien avec les festivals, on ne va pas jouer au rugby assis sur un fauteuil avec seulement cinquante personnes… Donc, quelle sera jauge maximale pour les plateaux ? À partir de cela, nous mettrons en place nos projets. On travaille dessus, et nous avons plein d’idées. Les joueurs doivent retrouver le plaisir de jouer des matchs et finir cette saison de façon plus satisfaisante qu’on a pu la dérouler jusqu’à présent.

Le communiqué de la Fédération vous recommande de travailler sur la saison 2021-2022. Êtes-vous déjà en mesure de le faire, malgré toutes les incertitudes ?

Oui et nous avons déjà commencé. La raison est simple : l’impatience des clubs est si grande qu’il serait absolument insupportable que tout ne soit pas prêt quand nous aurons le feu vert pour pratiquer notre sport. Nous planchons donc sur la saison prochaine : le rugby régional ne sera pas compliqué à mettre en place, si nous le lançons au printemps. En revanche, nous avons initié un dialogue avec les Ligues voisines pour les jeunes, cadets-juniors et féminines car nous n’avons pas suffisamment d’équipes pour proposer un format de compétition. Nous travaillons donc avec les Ligues de Pays de Loire, de Normandie et de Centre-Val de Loire. À quatre, nos Ligues représentent l’équivalent de l’Occitanie ou de la Nouvelle Aquitaine. Ce schéma inter-Ligue nous permettra de proposer une offre sportive satisfaisante. Cette coordination est complexe, nous l’avons déjà lancée en vue de la saison prochaine.

Craignez-vous une fuite de vos licenciés ?

C’est la grande question. Je ne suis pas inquiet pour le rugby éducatif et les écoles de rugby qui représentent en Bretagne plus de la moitié de nos licenciés. Grâce à leur travail de fou, les clubs parviennent à renouveler leurs contenus de semaine en semaine malgré les contraintes du stade 3, et il semblerait qu’elles accueillent de plus en plus d’enfants qui cherchent à faire du sport en ces temps difficiles, où l’offre sportive est rare. Pour les catégories jeunes et les séniors compétition, il y a beaucoup de frustration car ils veulent jouer. On subit la situation, mais j’ai bon espoir qu’ils reviendront quand l’activité reprendra. En revanche et je trouve que l’on en parle peu, j’ai peur pour le tissu de bénévoles qui soutiennent les clubs. Pas les éducateurs ni les entraîneurs qui sont mobilisés, mais je pense aux bénévoles, les historiques des clubs qui tiennent la billetterie ou la buvette. Voilà plus d’un an qu’ils n’ont pas pris le chemin des clubs. On ne pourra pas faire sans eux à la reprise. Comment garder le lien avec eux ? C’est à mon sens le plus inquiétant.

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Simon Valzer
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