Anthony Jelonch, la force tranquille des Bleus

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Paisible, authentique et presque effacé, le Gersois est avant tout une force de la nature, qui a encore pris une nouvelle dimension ces derniers mois. Le genre d’homme d’exception qui répond présent dès qu’il est attendu.

On sait les voisins qu’on perd, au contraire de ceux qu’on gagne. Une maxime que se répétera le Castrais Antoine Tichit dans les prochains mois, lui qui vit à côté de chez Anthony Jelonch, lequel a choisi de rejoindre le… voisin toulousain : « On covoiture ensemble, on boit le café. Il va me manquer. Et fini les bonnes soupes dans son thermomix ! » Le plaisir des choses simples, qui n’ont rien d’anecdotique chez le Gersois, tant cela correspond à l’homme qu’il est. Quand on demande à Christophe Urios, qui l’a eu sous ses ordres entre 2015 et 2019 et avec qui il a une relation singulière, les premiers mots qui lui viennent à l’esprit pour le décrire, les voici : « Sur le plan humain, une belle rencontre. Sur celui du rugby, la rudesse. Ce qui englobe le tout, et que j’aime chez lui, c’est l’authenticité paysanne. » Lui qui a été élevé à la ferme, un monde dont il ne s’est jamais détaché.

« C’est un enfant de la terre, avec toute l’humilité que cela contient, poursuit Urios. Ce n’est pas qu’il se croit inférieur, c’est juste du respect. Il a une belle éducation, avec une famille posée dans laquelle les valeurs sont importantes. Il ne se met pas en avant, il aime ne pas partir loin de ses copains, aller voir ses sœurs jouer au basket. Il a besoin d’ancrage. Je me rappelle, alors qu’il était déjà titulaire indiscutable à Castres, que son père lui faisait couper du bois ou faire du foin quand il avait quelques jours de congé. Ça forge le moral. Jelonch, il est loin de l’éducation réseaux sociaux ou Playstation. » Voilà qui explique en partie son caractère, celui d’un garçon tranquille et attachant. « Il aime le contact, prendre le temps de discuter, boire un petit apéro, note Tichit. Au premier abord, il paraît introverti mais, quand il se découvre, il a la parole facile. Et il adore les anecdotes de rugby, il est friand de ça ».

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Un exemple peut-être ? Le pilier ne peut s’empêcher : « Quand Auch est descendu, le dernier match à domicile était face à Oyonnax où je jouais à l’époque. Je le chambre avec ça en lui disant : « On avait fermé le stade là-bas. » Il se marre toujours et a l’étincelle quand je commence à lui raconter. » Parce qu’il apprécie avant tout l’environnement de ce sport, proche de ses racines. « C’est surtout un passionné de ce qu’il a vécu, illustre Urios. Il n’a pas une grande culture du rugby, comme « Toto  » Dupont qui, lorsque je le recevais en entretien, pouvait me parler des grands joueurs ou de l’histoire du XV de France pendant une heure. Antho, lui, va te parler des moins de 14 ans à Auch et t’en foutre plein la tête avec ses copains et ses entraîneurs. »

 

« Les bandas à Vic et la pelouse de rugby »

D’apparence presque dilettante, tant il semble calme et paisible lorsqu’on croise l’intéressé, le futur Toulousain est en réalité un homme qui sait répondre présent. Vincent Giacobbi, directeur de la performance du CO, éclaire : « Il ne se pollue pas l’esprit. Quand certains galèrent mentalement pour se remettre au boulot le lundi, ce n’est pas son cas. Il ne se pose même pas la question. Il est sur le terrain et demande à y être. Pourtant, quand on voit son rendement le samedi dans la dimension très physique de son jeu, on sait qu’il est mâché deux jours plus tard. Il a cette capacité à déconnecter plus facilement, ce qui l’aide à atteindre des normes plus élevées. Parce qu’il sait quand il faut placer le curseur très haut et quand il faut se régénérer. »

Mais justement, quand ce curseur est haut, Jelonch ne déçoit pas. « Les gens de la terre connaissent la difficulté du métier, souligne Urios. Plus le niveau monte, plus il sera bon. JFK disait : « C’est quand c’est dur d’avancer que les durs avancent. » Ça, c’est tout lui. Son terrain d’expression, ce sont les bandas à Vic avec ses potes, et c’est la pelouse de rugby. Ce n’est pas parce qu’il est réservé, parfois un peu effacé, qu’il n’est pas acteur. Pas du tout même. » Sur ce plan, il a encore pris une dimension supplémentaire ces derniers mois, notamment aux yeux du grand public qui l’a vu repousser les assauts anglais à Twickenham avec une autorité détonante lors de la dernière finale de la Coupe d’automne des Nations. « Quand j’ai vu ce match, au-delà du rugby, j’ai trouvé qu’il s’était imposé, reprend le technicien. Il avait la rage, était démonstratif. C’était le combattant qui passait devant et disait aux autres : suivez-moi, on y va. » L’histoire de sa carrière finalement.

Anthony Jelonch
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Anthony Jelonch est une force de la nature, un joueur qui possède un don depuis sa jeunesse. Même si Vincent Giacobbi pointe les limites de ses débuts : « C’était un athlète avec une structure intéressante mais qui manquait d’explosivité et qui était un peu trop lourd. Il a été formé sur le tard d’un point de vue physique, même s’il était privilégié génétiquement. Il a un programme qui lui convient depuis quatre ou cinq ans et a fait un gros effort sur son poids. Il a su se mettre au niveau des objectifs qu’on lui a donnés, avec une relation force-vitesse optimale, digne des joueurs d’exception qu’on compte sur les doigts des deux mains. » Un potentiel immense qui ne demandait qu’à être exploité, comme pour son compère de toujours Antoine Dupont, avec qui la trajectoire est commune depuis Auch jusqu’au XV de France, en passant par Castres, et qu’il retrouvera à Ernest-Wallon.

Urios se souvient : « Quand je suis arrivé au CO, on m’a dit : « Tu vas voir, Dupont, c’est un phénomène. » J’ai vite constaté qu’il n’était pas comme les autres. On m’avait parlé de ce Jelonch mais il n’était pas avec nous au départ car il avait fait le Mondial moins de 20 ans et il avait eu des vacances. Je savais que l’année précédente avait été dure pour lui, qu’il se posait la question de revenir à Auch. Un jour de septembre, « Toto » Dupont est venu me voir : « Tu devrais le regarder car il est très bon mais ne se sent pas bien, j’ai peur qu’il parte. » Je l’ai fait venir à l’entraînement. Au bout d’une semaine, j’ai aussi compris qu’il n’était pas comme les autres et il n’a plus jamais quitté le groupe pro. » Ce que confirme Tichit : « J’ai souvent la référence d’Arnaud Costes que je voyais faire le troisième rideau à Gaillac, quand il avait trente-cinq ans. La première fois que j’ai vu Anthony Jelonch, il avait à peine dix-huit piges et le faisait déjà. Avec Toto, j’ai tout de suite senti qu’ils étaient un cran au-dessus. Antho a très vite explosé. Il a toujours eu du talent, des mains et un gros sens du placement. »

 

« Il fallait mettre le curseur très haut, alors il l’a mis »

Cela lui a vite conféré une place à part dans le paquet d’avants castrais. « Je mettais Antho et je bâtissais autour, sourit Urios. Quand il était jeune, je disais qu’il était le Juanne Smith français et je le maintiens. Il désintégrait les mecs. Sur le quart de finale perdu à Toulon en 2017, il a fait peur à tout le monde à lui seul, par son attitude et ses plaquages. Il avait dominé le combat. » Et, avant même que le sujet ne leur soit soumis, tous les acteurs interrogés sont revenus spontanément sur l’épisode des phases finales de 2018, qui ont vu le CO décrocher le Brennus. « Anthony était blessé, n’avait pas joué d’une partie de la saison et était revenu directement titulaire en demi-finale, à la place de Caballero, rappelle Tichit. Quand tu connais l’importance de « Caba » ici… Mais je n’étais pas forcément étonné car Antho, était déjà un taulier du CO. »

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Urios raconte : « Ce fut un moment important de cette phase finale, un choix difficile mais prépondérant dans le titre. Yannick Caballero avait fait un grand match en barrage à Toulouse Mais la suspension de Jody Jenneker, exclu à Toulouse, a joué en faveur d’Antho. Jody, c’est une force en mêlée, dans le combat et les impacts. Il a été remplacé par Marc-Antoine Rallier qui n’a pas du tout ce profil. J’étais obligé de retrouver cette force brutale, sans quoi on n’aurait jamais gagné contre le Racing. Antho, c’était le seul à pouvoir me l’apporter. Au coup de sifflet final à Toulouse, je savais déjà que j’allais prendre cette décision. Je suis allé le voir tout de suite après le match. On était encore sur le terrain et je lui ai dit : « Prépare-toi, tu vas démarrer la demie. » Vous savez sa réponse ? « Non, tu peux pas sortir Yannick après le match qu’il vient de faire. » Cela en dit long sur l’homme. Beaucoup ne se seraient même pas émus pour l’autre mec. » Comme à son habitude, Jelonch fut à la hauteur. « Il n’était pas prêt physiquement et a sorti des matchs incroyables, assure Giacobbi. C’est Anthony. Il fallait mettre le curseur très haut, alors il l’a mis. » Pas de chichi avec lui. Ni sur le terrain, ni en-dehors.

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