Sur un fil d’orgueil

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L'édito du lundi par Léo Faure... Le temps n’efface pas du tout. Des cicatrices rayent toujours l’armure d’un homme, ou d’un groupe, comme autant de témoins des aléas d’une vie. Ainsi, l’aléa Covid-19 et sa gestion poreuse resteront la première balafre sur le corps jeune de ce XV de France, jusqu’ici vierge de ces empreintes du temps qui passe.

L’avantage : les cicatrices n’empêchent ni la faim, ni la gloire. Et quoi de mieux qu’une victoire à Twickenham pour panser définitivement la plaie ? En posant ses sacs à Londres, dans une bulle sanitaire façon anglaise, stricte, où le président Laporte ne sera pas autorisé à se rendre à l’hôtel des Bleus, ni même à entrer sur le territoire, la délégation du XV de France aura donc cette double mission en tête : poursuivre son chemin vers une victoire dans le Tournoi et tourner la page de cet épisode sanitaire politico-comique.

Les Français, alors, peuvent-ils être clairement favoris d’un crunch disputé à l’extérieur ? On n’est pas loin de le penser. Côté bleu, on accumule neuf victoires en onze matchs, des succès sur les pelouses irlandaises et galloises, ainsi qu’un sentiment de confiance collective tout à fait nouveau. De l’autre côté de la Manche, en revanche, rien ne va plus. Et les critiques se multiplient, dures, la tête du sélectionneur dans le viseur.

Quand il emmenait son équipe en finale de la Coupe du monde (2019), démolissant les All Blacks au passage, Eddie Jones était « mighty Eddie »*. Quinze mois plus tard, l’Angleterre peut bien avoir remporté le Tournoi des 6 nations 2020 puis la Coupe d’automne, plus grand monde ne s’en satisfait. Les émotions tournent vite, quand il s’agit de sport.

De génial manager, Jones aurait fait sa mue de dictateur. De maître tacticien, il aurait basculé dans le monde peu glorieux des entraîneurs soporifiques. C’est pourtant ce rugby de destruction-occupation qui avait soumis la Nouvelle-Zélande, au Japon. Ce qui fit d’Eddie Jones un roi l’envoie aujourd’hui à l’échafaud. Comme tous, il est seulement dépendant de ses hommes sur le terrain, de leur état de forme et leur état de fierté.

C’est ici que l’équation devient plus complexe. Elle emprunte désormais à la psychologie. Les Bleus seraient joliment inspirés de se méfier de ce contexte anglais. Car l’histoire s’est écrite mille fois sur ce fil d’orgueil : au pied du mur, la bête blessée se rebelle face à son plus bel adversaire, dans un instinct de vie que plus personne ne lui prêtait.

Il faudra aussi aux Français se nourrir de leur propre contexte, plutôt que de l’ignorer. L’orgueil doit l’emporter sur les défiances. Au cœur de l’épisode Covid-19 qui se referme, les Bleus ont eu si peur de perdre le Tournoi sans même avoir combattu. C’est quand un rêve vous échappe qu’on en mesure mieux toute la grandeur. Ce rêve, celui d’une victoire, les Bleus le tiennent encore entre leurs mains. C’est un petit miracle. À ne pas gâcher.

* Eddie le majestueux

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Les commentaires (1)
M.Biraud Il y a 1 mois Le 09/03/2021 à 02:00

Mighty = costaud @Leo Faure