Le phénomène Vakatawa vu par les Anglais

  • Virimi VAKATAWA during the French Rugby Team training session at Centre national de rugby on March 4, 2020 in Marcoussis, France. (Photo by Aude Alcover/Icon Sport) - Virimi VAKATAWA - Marcoussis (France)
    Virimi VAKATAWA during the French Rugby Team training session at Centre national de rugby on March 4, 2020 in Marcoussis, France. (Photo by Aude Alcover/Icon Sport) - Virimi VAKATAWA - Marcoussis (France) Icon Sport - Icon Sport
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Véritable phénomène du rugby mondial, le centre des Bleus est craint par toutes les équipes du monde. Pour Midi Olympique, les anciens centres du XV de la Rose Will Greenwood (57 sélections) et Jamie Noon (38 capes) décryptent l’attaquant du Racing 92.

La presse anglo-saxonne adore donner des surnoms à ses joueurs. Mais elle aime plus particulièrement en donner aux adversaires, surtout aux Français et encore plus quand elle les craint, comme pour exorciser la peur. Souvenez-vous : quand Sébastien Chabal terrorisa le championnat anglais avant de le remporter avec les Sharks de Sale, il fut surnommé "Caveman" ("L’homme des cavernes"). Idem pour le flanker et capitaine du XV de France Thierry Dusautoir, rebaptisé "The Dark Destroyer". Devinez qui, cette semaine, a eu le privilège d’entrer dans ce club fermé tenu par nos confrères basés outre-Manche ? Antoine Dupont, Romain Ntamack et Virimi Vakatawa. Le DailyMail les a surnommés "The Three Musketeers", soit les "Trois Mousquetaires" en référence à l’œuvre d’Alexandre Dumas avec, en dessous, cette formule lapidaire : "Antoine Dupont est l’homme le plus craint dans le monde du rugby, Romain Ntamack a tout ce qu’il faut et Virimi Vakatawa est un joueur de classe mondiale. Les Anglais feront tout pour essayer de dompter les Trois Mousquetaires. "

Meilleur joueur tricolore lors de la dernière Coupe du monde au Japon, le centre du Racing 92 s’est fait un nom dans le rugby mondial. Voilà pourquoi son retour avec les Bleus pour affronter une Angleterre qui doute est suivi de très près de l’autre côté de la Manche. On a pu s’en rendre compte en contactant Will Greenwood, l’ancien centre du XV de la Rose et des Lions britanniques qui fut sacré champion du monde avec Jonny Wilkinson en 2003. Malgré son immense carrière, Greenwood ne peut contenir son enthousiasme dès que l’on évoque Vakatawa : "C’est vrai que nous avons joué au même poste, mais je vous assure que je n’ai jamais évolué au niveau auquel il se trouve, ni même ne m’en suis approché ! Bordel… quel joueur ! Qu’est-ce qu’il est fort ! J’aurais tellement aimé m’approcher de son niveau…" Et l’ancien centre des Harlequins de détailler : "Ses courses vers l’épaule intérieure sont incroyables, tout comme celles qui le font sortir vers l’extérieur. Il surveille les avants qui défendent autour des rucks, et dès qu’ils ont le malheur de le quitter des yeux, il les dépose ! Et puis Vakatawa c’est un physique aussi : il a un torse gros comme un tonneau et quand il vous rentre dedans il le fait bien de face, dans l’axe ! Quand il le décide, il court sur l’axe nord-sud, avec les épaules parallèles à la ligne d’en-but, sans éviter qui que ce soit et causer d’énormes dégâts dans la défense. Pour autant, ce n’est pas un bourrin, au contraire. C’est un passeur hors-norme, capable de faire des passes après contact incroyables. S’il court aussi droit, voire vers l’intérieur, c’est toujours pour libérer de la place pour ses partenaires. J’aime ça : c’est un centre qui offre des espaces à ses coéquipiers plutôt que d’en consommer. Les ailiers doivent adorer jouer avec lui."

Greenwood : "Si j’étais son entraîneur, je voudrais qu’il hante nos adversaires"

Centre international anglais de 2001 à 2009, Jamie Noon rejoint l’avis de son aîné, et lance une comparaison : "Vakatawa ? C’est une machine ! Un phénomène. Il fait partie des meilleurs en ce moment, et il est peut-être le meilleur. Il a tout. Il me fait penser à Manu Tuilagi quand il est au sommet de sa forme, il est injouable : il est grand, costaud, rapide, très à l’aise balle en mains et qui attaque très bien la ligne pour fixer tous les défenseurs possibles. Il sait aussi jouer devant la défense, mais aussi dedans ou après. Il est quasiment complet, il ne lui reste plus qu’à travailler davantage son jeu au pied mais honnêtement, il est vraiment l’un des meilleurs centres au monde." Les deux internationaux se rejoignent aussi sur le poste où il est le plus efficace. Greenwood d’abord : "Vous avez assez de monde sur les ailes, avec Villière, Thomas et Penaud. Vakatawa peut jouer partout, mais c’est au centre qu’il est le plus bénéfique à la ligne d’attaque. Encore une fois, ses courses rentrantes sont du pain béni pour ses ailiers, tout comme ses charges qui vont font gagner la ligne d’avantage quand vous l’utilisez en fixation au centre du terrain après touche, sur un lancement 9-10-13 par exemple… Voilà pourquoi Vakatawa doit rester plus proche du ballon que les joueurs du triangle arrière. Si j’étais son entraîneur, je voudrais qu’il hante l’esprit de nos adversaires pendant toute la journée ! Je voudrais qu’il leur fasse vivre un vrai cauchemar !" Noon enchaîne : "Avec un joueur comme ça, il faut un premier centre qui soit capable de le faire jouer. Il faut un équilibre entre les deux. À mon sens, il faut un deuxième ouvreur avec Virimi Vakatawa, ou un centre comme Fickou qui est très bon passeur."

Noon : "Les Anglais en ont un peu peur"

Alors, Vakatawa serait-il l’arme fatale des Bleus ? De l’autre côté de la Manche, on l’assure. Mais Jamie Noon ose tout de même émettre une réserve : "Certes, il était titulaire la semaine dernière, mais il a peu joué ces dernières semaines en raison de sa blessure. Ce manque de rythme, c’est la seule inconnue dans l’équation. Après, je pense qu’il n’a pas précipité son retour et qu’il est prêt sur le plan physique. Si les Anglais décident de déplacer le ballon autant qu’ils l’ont fait contre le pays de Galles, le manque de rythme deviendra peut-être un problème pour lui." D’autant qu’il devrait, sauf changement de dernière minute, être opposé à Henry Slade : "Slade est rapide, mais il aime surtout beaucoup faire jouer autour de lui, poursuit Noon. Et ce peut être un risque pour Virimi, qui a parfois tendance à se laisser emporter en défense. Il a beaucoup progressé sur ce plan car désormais il lit bien les actions et anticipe pour faire ses montées destructrices. Mais il devra garder cette lucidité malgré la fatigue." Et l’ancien Briviste de conclure : "Les Anglais ont beaucoup de respect pour lui c’est sûr, je dirais même qu’ils en ont un peur d’autant qu’ils sont fragiles en ce moment. Ils vont le cibler. Ils vont décortiquer son jeu, décrypter ses habitudes, ses façons de faire." Histoire de faire manger son chapeau à l’un des Trois Mousquetaires.

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