Les Bleus en quête de renaissance

  • L’automne dernier, les Bleus, largement remaniés, avaient chuté de peu face aux Anglais.
    L’automne dernier, les Bleus, largement remaniés, avaient chuté de peu face aux Anglais. PA Images / Icon Sport - PA Images / Icon Sport
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On saura, d’ici peu, si le cluster ayant dernièrement ravagé le XV de France a laissé des traces sur un groupe jusqu’ici jugé indestructible. Twickenham, où les Bleus n’ont plus gagné depuis quinze ans, accouchera-t-il d’une renaissance ou d’une mise en terre ?

On imagine sans mal ce début de semaine : les regards en biais, les indicibles moments de gêne et ces visages qui, au fond, hésitent invariablement entre le sourire et la grimace. Avant d’être naturellement chassée par les divers jalons de la routine, l’affaire de « la bulle qui n’en était pas une » a d’abord laissé des stigmates sur les façades de Marcatraz ; le Covid manager (Serge Simon) a été mis sous tutelle, l’ambiance s’est faite plus pesante et, avant que Fabien Galthié ne prenne pour la première fois la parole face à ses joueurs pour crever le silence qui s’était installé entre lui et ses Bleus, tout ce barouf avait, paraît-il, ébranlé un sélectionneur reconnu coupable, aux prémices du dossier qui nous occupe, d’avoir trop souvent baguenaudé hors d’un sanctuaire désormais fermé à double tour. Galthié, hein ? Il a glissé, ébréché le pacte qu’il avait signé avec ses hommes et, le concernant, l’état de grâce semble bel et bien terminé. D’aussi loin qu’on se souvienne, il n’a pourtant jamais été gravé dans la Bible ou la Torah que les rugbymen étaient de meilleurs hommes que les autres et, dans la mesure où le patron des Bleus assume un jour avoir « merdé », il mérite évidemment que l’on suive Jean-Michel Blanquer et Roxana Maracineanu dans leur démarche d’apaisement, leur inclination manifeste au pardon : car en plaçant un mouchoir sur le « bubble gate » de Marcoussis, les ministères de tutelle de la FFR ont, en quelque sorte, fait comprendre à tous les procureurs que compte ce pays qu’on ne touchait pas au drapeau, surtout lorsque celui-ci flotte haut. Aux armes, et cætera.

Raison d’état ou pas, Fabien Galthié a quoi qu’il en soit fait beaucoup plus de bien que de mal au rugby français et, malgré les réserves qu’on a maintes fois émises ici sur la complexité de son personnage, il reste le patron sportif dont la sélection nationale a besoin, en vue du Mondial 2023. Hé quoi? L’ancien capitaine du XV de France a beau avoir entre les mains une génération exceptionnelle, il eut pour lui le talent de savoir faire évoluer ces individus ensemble, au cœur d’un système désormais intelligible et discernable, quand les projets de jeu précédents n’avaient pas la moindre identité, le moindre sens. À l’instant d’attaquer le match de l’année, il semble donc nécessaire de faire front autour de Fabien Galthié non seulement parce qu’il est le meilleur, mais aussi parce que ceux que la vox populi présentait, au temps où le sélectionneur était fragilisé, comme de potentiels successeurs, ne sont à nos yeux pas encore invités : Pierre Mignoni n’est pas assez mûr, Raphaël Ibanez a trop peu de goût pour les choses du terrain, Yannick Bru a déjà eu sa chance, Franck Azéma a déjà dit non à « Bernie » lorsqu’il fut question d’accompagner Jacques Brunel au Japon et la seule idée du parachutage d’un sélectionneur étranger à la tête de l’équipe nous colle la migraine, tant il faut connaître l’« écosystème » si particulier du rugby français pour espérer y survivre plus de six mois…

Depuis 2005, les Bleus ne gagnent plus à Twickenham

Une fois réhabilité le soldat Galthié, restera désormais à espérer que le pansement posé cette semaine sur un groupe France secoué par les ricochets du cluster (après l’évacuation de Marcoussis, plusieurs proches des joueurs du XV de France ont visiblement été touchés par la Covid) suffise à ce que le match en Angleterre redevienne un sujet majeur. Parce qu’aussi incroyable que cela puisse paraître, ces foutues histoires de miasmes et de virus ont réussi à nous détourner provisoirement de ce qui accapare habituellement nos esprits apolitiques et légers : un bon Crunch des familles ; un Angleterre-France sauvage et sulfureux ; un match de rugby prompt à flatter nos instincts les plus vils, l’ardent désir de revanche sur la dernière finale de Coupe d’automne en faisant indéniablement partie.

Passé la charge virale et ses turbulences, on aimerait croire, à présent, que le contexte n’a finalement que peu de prise sur cette génération tricolore, qui passe les haies les unes après les autres, fait tomber les records et chasse un à un les démons qui entouraient jusqu’ici la sélection. De fait, cette équipe de France victorieuse du pays de Galles à Cardiff (Tournoi 2020), de l’Ecosse à édimbourg (Coupe d’automne des nations) et plus près de nous, des Diables Verts à Dublin (Tournoi 2021), est tout près d’avoir exorcisé dix ans de misère et autant de défaites en terre hostile. À son tableau de chasse, reste maintenant à accrocher le plus beau des butins, cette victoire à Twickenham après laquelle elle court depuis 2005. Et pour réussir là où les Bleus de « Bernie » avaient triomphé grâce à six coups de pompe du « Yach », les coéquipiers de Charles Ollivon comptent autant sur le retour à la compétition de leurs artistes que sur la période de famine actuellement traversée par le XV de la Rose.

La Rose au creux de la vague

Ainsi, la dernière sortie de Virimi Vakatawa à Mayol laisse à penser que le Racingman est en passe de soumettre la ligne de défense anglaise à un stress insupportable, quand le retour de Romain Ntamack dans le groupe offre au staff tricolore un supplément de confort dans le « money time », l’impact de Baptiste Serin et Louis Carbonel ayant jusque-là été insuffisant, sur les fins de rencontre. À ces plaisants augures, il faut maintenant ajouter que l’équipe d’Angleterre, vice-championne du monde en titre, vainqueur du dernier Tournoi des 6 Nations et de la Coupe d’automne qui suivit, n’est pourtant plus l’entité dominante de ces cinq dernières années. Logiquement battus par l’Ecosse en ouverture du Tournoi, peu emballants contre l’Italie et récemment dépassés par les Gallois, les gonzes d’Eddie Jones semblent au creux de la vague, indisciplinés comme jamais (42 pénalités lors des trois premières rencontres), moins sereins que jadis en conquête directe et comme prisonniers de ce « catenaccio » qui déprime et ne gagne plus. Alors, quoi ? Disons qu’avant que le XV de France ne se transforme pour les raisons que l’on connaît en un microbe géant, on aurait été nombreux à croire que la bande à Galthié pourrait prendre « le Temple ». Une épidémie plus tard, le petit peuple du rugby français espère simplement que l’on n’a pas cassé, en quelques jours, le plus beau de ses jouets…

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