« De l'âne au coq » : portrait de Melvyn Jaminet

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Révélation de la saison de Pro D2, Melvyn Jaminet (21 ans) a marqué les esprits sur la pelouse d'Oyonnax, début mars. L'arrière de l'USAP, formé à l'ouverture à Toulon.

« Je reçois le ballon. J’essaie de m’ouvrir un peu le terrain. Je vois que les défenseurs sont décalés. J’essaie de me battre sur le premier duel. Je passe. Quand je prends l’intervalle, je me dis qu’il faut que je donne tout, que j’aille le plus vite possible. J’arrive sur le dernier joueur adverse, je regarde à droite, je vois Sadek (Deghmache). Puis à gauche, et je vois que Mathieu (Acebes) a suivi… » Jeudi 4 mars. Stade Charles-Mathon. 74e minute… La France du rugby découvre Melvyn Jaminet. Maillot sang et or sur les épaules, numéro quinze dans le dos, le jeune arrière renverse le cours de la partie à lui seul. Du haut de son mètre quatre-vingts, fort de ses quelques soixante-dix-sept kilos, magnifié par son talent à l’état pur, le nouveau joyau de l’Usap laisse bouche bée les amateurs du ballon ovale. Auteur du premier essai des siens un peu plus tôt dans la rencontre, Melvyn Jaminet laisse ensuite Oyonnax K.-O. debout après deux percées limpides et aussi dévastatrices qu’un enchaînement crochet-uppercut, puis conduit les Catalans vers une victoire référence à l’extérieur. Gamin à la gueule d’ange sorti des sentiers battus, la révélation de la saison survole son championnat (8 essais et 238 points marqués). Le Pro D2 paraît déjà trop petit pour lui. Et dire que son éclosion aurait pu ne jamais se produire…

« Il voulait arrêter le rugby »

Enfant de la Rade, Melvyn Jaminet découvre le rugby à Toulon, sur ses terres natales. Baigné par la remontée du RCT à la fin des années 2000 et les exploits de Sir Jonny Wilkinson sous le maillot rouge et noir. Dans le Var, le jeune homme grandit, passe les catégories jeunes les unes après les autres, avant de connaître une période plus compliquée à l’âge de 15 ans. Dans l’ombre de Louis Carbonel et Mathieu Smaïli, deux autres pépites de la génération 1999, Jaminet peine à trouver sa place à l’ouverture, son poste de formation. « J’ai été mis de côté à cause de mon physique notamment. Les entraîneurs ne savaient pas trop quoi faire de moi. Je ne comprenais pas trop. On ne m’a pas donné d’explication. Je n’avais plus cette envie de rester au RCT, je ne m’amusais plus. J’ai décidé de partir », raconte-t-il. « Un jour, il est venu me voir et m’a dit qu’il voulait arrêter le rugby. Il en avait marre. On le faisait jouer à l’aile, cinq minutes par ci, par là. Sur une saison, il a dû jouer un seul match complet », se souvient Kylian, de quatre ans son aîné et également formé à Toulon. Dos au mur, Melvyn Jaminet prend alors la dure décision de quitter son club de cœur, son club de toujours. Direction la Vallée du Gapeau. « C’est là où il s’est régalé. Il faisait des bons matchs, des troisièmes mi-temps. Il a repris goût au rugby, il s’est libéré », se rappelle son grand frère. Plaisir, confiance… Le jeune varois retrouve des certitudes puis rejoint le centre de formation de Hyères-Carqueiranne, un an plus tard. « Quand je l’ai vu, j’ai su que c’était un garçon pétri de qualités. Et je me suis demandé : ‘‘Comment ce jeune n’a-t-il pas pu rester à Toulon ?’’ », témoigne Grégory Le Corvec. Très vite, ce dernier accueille Melvyn Jaminet dans le groupe de Fédérale 1. Mais le manager du RCHCC le sait : « Je voyais qu’il n’avait rien à faire là. Il voulait rester à Hyères, mais il avait encore l’âge d’intégrer un centre de formation élite. Mon intérêt aurait été de le garder, mais ce n’était pas celui de Melvyn. » C’est alors que Le Corvec contacte David Marty, son ancien coéquipier à l’Usap et entraîneur des Espoirs du club sang et or. À 18 ans, Jaminet débarque à Perpignan pour effectuer un essai. « Deux, trois heures après, David me répond : il gardait Melvyn. » L’aventure catalane était née.

Révélé à l'arrière, formé à l'ouverture

Sous les ordres du champion de France 2009, Jaminet prend une autre dimension, notamment sur le plan mental. « David savait où il voulait m’emmener. J’ai eu confiance en lui et il m’a fait énormément progresser », confirme l’intéressé. Durant deux saisons, le Toulonnais ne cesse de briller avec les Espoirs. Semaine après semaine. Match après match. Un beau jour, sur la pelouse du stade Fondecave de Céret, Melvyn Jaminet retrouve les jeunes du RCT. Il inscrit un essai à la suite d’une percée dont lui seul a le secret. Mais surtout, convertit les huit transformations de son équipe. Toutes en bord de touche. Quatre à gauche, quatre à droite. Car, au-delà d’être un formidable contre-attaquant, le joueur de l’Usap est avant tout un buteur né. « Depuis petit, j’ai toujours aimé taper dans un ballon. Je pourrais faire ça pendant des heures », sourit-il. Doté d’une très bonne précision au pied, Jaminet dispose aussi d’une puissance rare, lui permettant de tenter des pénalités de près de soixante mètres. Rien que ça. Buteur, mais aussi ouvreur… Quand il débarque en Catalogne, le jeune rugbyman est un numéro dix en puissance. C’est d’ailleurs à ce poste qu’il joue toute la première année sous les ordres de David Marty. À l’été 2019, Patrick Arlettaz le convoque dans le groupe professionnel lors d’un match amical à Bayonne. Mais la jeune pépite ne montre pas entière satisfaction. « Le test n’avait pas été très productif. Melvyn avait éprouvé un peu plus de difficultés. Entre les Espoirs et le haut niveau, le poste de demi d’ouverture nécessite des choses vraiment différentes », explique Gérald Bastide, entraîneur de la défense et de la technique individuelle. Le staff sang et or fait donc le choix de le repositionner à l’arrière. Pari gagnant. Jaminet fait des ravages lors de sa deuxième saison avec les Espoirs, et est convoqué au printemps 2020, contre Rouen, pour son premier match de Pro D2. Treize minutes seulement après être entré en jeu, le néophyte marque le premier essai de sa carrière. « Son éclosion n’est pas trop une surprise. Je connaissais ses qualités. Ce qui m’a surpris par contre, c’est son adaptation au poste d’arrière. Je pensais qu’il allait percer à l’ouverture, je ne m’y attendais pas du tout », s’étonne son grand frère Kylian, lui aussi numéro quinze.

« UN RÊVE D’ALLER EN ÉQUIPE DE FRANCE »

À l’arrière ou à l’ouverture, qu’importe, Melvyn Jaminet est désormais promis à un grand avenir. Il y a quelques mois, l’Usap a marqué les esprits en annonçant la prolongation de sa nouvelle coqueluche. Et ce, pour trois saisons ! « L’ambition du club de monter en Top 14 m’a donné envie de rester. J’ai envie d’aller le plus haut possible. Et si c’est avec l’Usap, ce serait énorme », espère celui que tout le monde annonce, tôt ou tard, sous le maillot bleu. « Il a toutes les qualités pour le très haut niveau. Si ça continue comme ça, qu’il est régulier comme il le montre depuis le début de la saison… En plus, c’est un mec qui n’a pas le boulard. Il est simple, il bosse. À mon avis, il peut aller très très haut », prédit son coéquipier Jean-Bernard Pujol. « Il faut être patient. Sa saison est énorme, et il devra confirmer l’an prochain. C’est le plus compliqué. La Coupe du monde 2023 ? Il peut y penser, mais il faut y aller par étapes, ne pas se brûler », prévient Kylian Jaminet. Melvyn, lui-même, ne le cache pas : ses ambitions sont sans limite. « C’est un rêve d’aller en équipe de France. Mais il faut que je reste lucide et il ne faut pas que je commence à penser à ça. C’est encore quelque chose d’assez lointain », temporise-t-il aussi. D’ici-là, le Top 14 espère l’accueillir le plus vite possible. En cas de montée de Perpignan, à l’issue de la saison, Melvyn Jaminet sera très attendu dans l’élite et devra tenir les magnifiques promesses qu’il a semées au rang inférieur. Demain lui appartient.

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Emilien Vicens
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