Sonny Bill Williams : la force, la grâce, l’argent

  • Sonny Bill Williams Sonny Bill Williams
    Sonny Bill Williams PA Images / Icon Sport - PA Images / Icon Sport
Publié le , mis à jour

À 35 ans, Sonny Bill Williams vient d’annoncer sa retraite. Il aura marqué de son empreinte les quinze dernières années au gré de ses pérégrinations, ses changements d’équipes et même de sport. Il alliait la force, l’adresse et la beauté et le sens bien compris de ses intérêts.

Il nous aura, c’est vrai, laissé une impression unique. Celle d’un joueur qui savait se faire désirer. Sonny Bill Williams a annoncé la fin sa carrière lundi dernier, à 35 ans. « Je suis assez lucide et humble pour comprendre que mon vieux genou ne peut plus répondre à toutes les demandes sur le terrain. Il est temps de dire stop. » Il fut le rugbyman total des années 2010-2020, champion du monde à XV, à VII, figure de proue du Treize. La force, la beauté, l’adresse, il aura presque fait la synthèse de tout ce que réclament les fans du rugby moderne. Douze ou treize ans après Jonah Lomu, il aura lui aussi révolutionné le jeu, mais avec plus de grâce que le bulldozer d‘Auckland.

De lui, nous reste un geste emblématique : le offload à une main, décroisé, en mobilisant si possible deux ou trois défenseurs qu’il repoussait de son autre main. C’est curieux: ce geste n’a pas vraiment de nom. Tentons « chistera décroisée » . Peut-être qu’on retiendra SBW, comme on dit « Fosbury » en saut en hauteur.

Quand il a débarqué à Toulon, un tel service était encore très rare chez les quinzistes, mais assez courant chez les Treizistes de la NRL. SBW maîtrisait ce geste à la perfection. Tana Umaga avait alors déclaré : « Le RCT a fait signer le joueur du futur. »

Onze clubs à son actif

Sonny Bill Williams répondait bien à cette définition, pour le meilleur et pour le pire. À suivre toutes les péripéties de son parcours, on a eu parfois l’impression qu’il avait transformé le rugby en sport individuel, adapté à son physique avantageux : gueule d’acteur de cinéma, silhouette hypermusclée mais bien proportionnée, les dieux du rugby lui avaient tout offert. C’était une sorte de Keanu Reeves de l’ovale qui allait de contrat en contrat, bien épaulé par son agent, Khoder Nasser. On lui a dénombré onze clubs ou franchises professionnels, quatre à XIII et sept à XV. Avec lui, la notion d’amour du maillot se vivait avec un cœur d’artichaut. Sa dernière équipe ? Une improbable franchise treiziste canadienne engagée dans la ligue anglaise, les Toronto Wolfpack qui, pour lui, se délestaient de 3 millions d’euros par saison, record de l’Ovalie (XV et XIII confondus). Pour parfaire son aura de phénomène de foire, par sept fois il monta sur un ring pour boxer chez les poids lourds. Il compte d’ailleurs  recommencer.

SBW est né en Nouvelle-Zélande, mais s’était fait connaître en Australie sous le maillot treiziste des Canterbury Bulldogs. Quand il les quitta, à 22 ans pour le RC Toulon, il fut désigné « homme le plus détesté d’Australie ». Il était encore sous contrat avec les Bulldogs et il avait mis ses dirigeants devant le fait accompli, provoquant un tollé médiatique énorme. Le mythe était lancé. Il y gagna un surnom : « Money Bill Williams » et une solide réputation de mercenaire qu’il se fit un plaisir d’entretenir; toujours avec un sourire angélique.

Mais dans son parcours foisonnant, ce qui reste le plus sidérant, c’est la façon dont il s’annonça lui-même chez les All Blacks quand il quitta Toulon en 2010, pour porter les couleurs des Crusaders. La NZRU se dépêchant de lui offrir un contrat.. Des talents, Graham Henry et Steve Hansen en avaient un wagon sous la main, mais ils ne purent résister à cette nouvelle tentation. Effectivement, SBW revêtit le maillot noir dès novembre 2010, avant de prendre le train du Mondial 2011. Il pouvait prétendre à trois sélections : Nouvelle-Zélande, Australie, et Samoa. Avouons-le, on aurait aimé, pour le panache qu’il choisisse la dernière, son potentiel  y aurait été plus précieux. Mais en jouant, ainsi la carte de la sécurité, il connut 58 sélections et gagna deux titres mondiaux (2011 et 2015). Pourtant, à chaque fois, il n’était « que » le remplaçant de Ma’a Nonu et de Conrad Smith. Mais même son statut était spécial : ce n’était plus un remplaçant, mais un « super impact player ».

Cet article est réservé aux abonnés
Accédez immédiatement
à cet article à partir de
0,99€ le premier mois
Voir les commentaires
Sur le même sujet
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?