Tant de regrets

  • Charles Ollivon (France), face à l'Angleterre.
    Charles Ollivon (France), face à l'Angleterre. MB Media / Icon Sport
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L'édito du lundi par Emmanuel Massicard... Il n’y aura donc pas de Grand Chelem du XV de France en 2021. Pourtant, salivez en cœur, on peut encore gagner le Tournoi ! Celui qui n’a plus vu le podium depuis 2017 n’a franchement pas de quoi faire la fine bouche. Alors, on va s’accrocher à cette hypothétique victoire qui viendrait inaugurer le palmarès de Fabien Galthié. Et on va aussi faire semblant de croire qu’une telle performance aura la valeur d’un exploit majuscule, digne des plus grands combats.
La vérité ? Ce succès d’estime ne portera jamais l’intensité d’un Grand Chelem. Il ne changera pas la vie des Bleus. Pas plus qu’il remplira les écoles de rugby ; pour ça, misez plutôt sur la Coupe du monde. Surtout, il ne gommera la frustration et les regrets qui s’accumulent après la courte défaite concédée face aux Anglais samedi, dans le désert de Twickenham.

Parce que tout n’est pas à jeter, il faut apprécier ici le plaisir et la fierté d’avoir une équipe de France pleine de talents, porteuse d’espoirs et de promesses pour l’avenir. Mais cela ne durera jamais qu’un temps… Un jour ou l’autre, il faudra tenir et ne plus avoir à courir après les trophées.
Parions d’ailleurs qu’au sortir du Tournoi, le sélectionneur lui-même n’aura pas évacué l’amertume d’être passé si proche du Grand Chelem. À deux doigts de marquer l’histoire quand tout semblait enfin réuni : une génération tricolore en or, pas de public pour donner des airs d’enfer aux déplacements en Irlande et en Angleterre, des soldats de la rose moroses et des joueurs britanniques davantage obnubilés par les Lions que par leur propre sélection nationale…

Les planètes étaient alignées, mais ça n’a pas suffi… Les Bleus se sont pris les pieds dans le tapis rouge déroulé sous leurs crampons. Dans leur bulle, ils n’ont pas vu le danger arriver et se sont fait plaquer par la Covid. Vous connaissez la suite : match reporté contre l’Écosse, 17 cas positifs, tout le monde à l’isolement, contrat de confiance et image écornés, pas ou trop peu d’entraînements pour préparer le choc face à l’Angleterre, dynamique et flèche du temps brisées.
C’est tout ? Hélas non. Pour ajouter à la difficulté, Fabien Galthié s’est trompé dans la gestion de ses hommes. Il a commandé un coaching incompréhensible face aux Anglais, gardant Ntamack, Jelonch et Serin sur le banc. Comme obnubilé par les supers pouvoirs d’Antoine Dupont, il l’a fait jouer jusqu’à l’usure… Un pari assurément trop risqué avec un joueur positif à la Covid il y a peu, qui fut privé de compétition pendant trois semaines avant la bataille d’Angleterre et qui n’a pas eu sa lucidité habituelle.

Tous ces détails nous ramènent inlassablement au cœur de la bulle tricolore. Ils posent une lumière crue et sans concession sur tant d’occasions gâchées, qui viennent renforcer nos regrets. Un Grand Chelem ne supporte pas la légèreté, les occasions de renverser l’Angleterre en son royaume sont trop rares pour être galvaudées et le temps file -trop vite- vers le Mondial 2023. Enfin, les Bleus et leurs supporters ont besoin d’un vrai succès pour tourner la douloureuse page « Covid ».

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