Promotion canapé

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    Promotion canapé. PA Images / Icon Sport - PA Images / Icon Sport
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L'édito du vendredi par Léo Faure... Vous n’irez pas au stade, ce week-end. Ça fait un an que ça dure et le manque est immense. On ne s’habitue jamais au vide. Vous n’irez pas au Stade de France encourager les Bleus, pourtant au pied du mur et qui n’auraient pas craché sur une Marseillaise cacophonique à l’heure de jeu, pour garder la tête haute et le torse gonflé quand l’étreinte galloise se serait faite plus forte.

Vous n’irez ni en Top 14, ni en Pro D2, ni en Nationale qui font relâche et, de toute façon, ont appris depuis douze mois à vivre sans vous. Mauvaise fortune et cœur lourd.

Vous n’irez plus cette saison au bord des mains courantes de Fédérales, Honneur ou Séries, où le rugby de compétition s’est replongé dans l’hibernation virale qui le suffoque depuis un an qu’Édouard Philippe, alors Premier ministre, déclarait la suspension des pratiques sportives au même titre que toute forme de vie sociale.

Depuis, on saisit mieux que ce rugby, celui des villages et des banlieues, était un acteur communautaire et sociétal bien avant d’être un sport. Ce ne sont pas tellement les 80 minutes de match qui manquent. C’est tout ce qui fait la vie de ce sport dès que le ballon s’efface.

C’est le café du dimanche matin, jour de match, sur le comptoir en vieux bois où s’ouvrent les journaux en grand et fusent les anecdotes de la soirée de la veille. C’est le trajet en bus, le poulet-pâtes du midi pour faire sportif, la mise en place en jeans-baskets sur le parking asphalté du Flunch.

C’est le match, bien sûr, et bien avant l’odeur du camphre, les empoignades des « gros » sous les douches et la promesse qu’on ne lâchera pas un centimètre de terrain à ces cons du village voisin. C’est la bière d’après-match, les bières d’après-match, le retour en bus et les bières du retour en bus, qui noient un champ musical à la sémantique parfois douteuse. De tout cela, il ne reste rien. Ça fait un an que ça dure.

C’est aussi que les Bleus porteront sur leurs épaules, ce samedi au moment d’entrer sur la pelouse d’un Stade de France désespérément asthénique. Pour ce qui les préoccupe en premier lieu, il faudra battre le pays de Galles et si possible avec bonus, pour garder en mains leur destin dans ce Tournoi 2021. Bien plus important encore : c’est une survivance du rugby français qu’ils porteront.

Ils sont vingt-trois privilégiés, qu’ils le sachent, que 6 ou 8 millions de frustrés encourageront depuis le confort molletonné de leur canapé. Sans le froid des soirs de Tournoi, sans le rigide des sièges du stade et la bière coupée à l’eau. Sans les copains et copines, ni l’odeur, ni le bruit. Sans rien qui fasse les joies de ces soirs de match. Et ça fait un an que ça dure.
 

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