Ces Bleus, quel pied !

  • Liam Williams, l’arrière gallois, abattu, après l’essai d’Antoine Dupont.
    Liam Williams, l’arrière gallois, abattu, après l’essai d’Antoine Dupont. Midi Olympique - Patrick Derewiany
Publié le , mis à jour

Etouffés par le pays de Galles pendant une heure, les Français sont allés arracher la victoire (32 à 30),au prix d’une fin de match complètement folle. Cette équipe a du caractère et un destin entre ses mains.

Ce scénario, on le connaît par cœur. Une domination assez nette et incontestable, pendant une grosse heure de jeu. Dix points d’avance à l’approche du money time, un chronomètre qui s’égraine et, à chaque action qui nous rapproche des 80 minutes, l’idée que la rencontre devient franchement imperdable. Avant que tout parte en vrille : un carton rouge d’un côté, deux jaunes de l’autre. Plus aucune logique ne domine alors, on bascule dans l’irrationnel. L’essai « de l’espoir », à trois minutes du terme. Une dernière balle pour la gloire et l’improbable qui survient. Châtié pendant la quasi-intégralité du match, la tête déjà sur le billot, le condamné bondit de l’échafaud dans un ultime instinct de survie, chourave la hache au bourreau et se charge lui-même de trancher dans le vif. Son adversaire au tapis.

Quoi de neuf, alors ? Samedi soir, les rôles se sont inversés. Depuis une décennie, le bourreau finalement décapité portait un maillot bleu, étêté maintes fois sur le gong de matchs qui semblaient ne plus devoir lui échapper. Mais cette équipe de France nouvelle, encore imparfaite et dominée dans bien des secteurs par le pays de Galles, a en elle une incommensurable rage de vaincre qui lui a permis de réussir l’impensable : renverser la table galloise et toucher au nirvana de ces victoires arrachées dans l’adversité, contre toute logique, dans une fin de match qui marquera l’histoire du Tournoi et de ce maillot bleu. Ça, c’est franchement nouveau.

Jelonch : « Ce groupe a fait un truc grand »

Cette victoire est celle des joueurs. Quand il n’est plus question de stratégie, de tableau noir et de planification, seulement du talent des hommes, de leur orgueil et de ce supplément hormonal qui vous fait refuser la défaite, coûte que coûte. Pour s’accrocher à l’idée qu’une bonne étoile veille sur vous et qu’au réconfort de sa lumière, rien ne vous est plus impossible. « Je n’ai pas été surpris par mes hommes. Contre le pays de Galles, ils sont allés puiser tout ce qu’ils avaient en eux », jurait Fabien Galthié. Ce qui est toujours plus facile à dire après-coup. Aurait-il misé ses lunettes sur une telle issue, à l’heure de jeu, quand tout semblait échapper au contrôle de son équipe ? « Je suis rentré à la cinquantième minute alors que nous étions menés de dix points. Nous savions que nous avions des trucs pour gagner le match et, ce soir, nous l’avons démontré », jurait Anthony Jelonch.
Ce truc, c’est un peu de folie et beaucoup de cette audace qu’ils s’étaient refusée jusque-là. Perdu pour perdu, les Bleus se sont enfin lâchés. C’est encore là qu’ils sont les meilleurs, quand ils assument la prise de risque comme une bravoure, pas une impudence.

Leur qualité naturelle a alors ressurgi : sous l’éteignoir depuis 70 minutes, dévoré sans répit par la toute-sapience de Jonathan Davies, le duo Fickou-Vakatawa gagnait de nouveau ses duels ; propre et net depuis sa prise de fonctions, Charles Ollivon se muait finalement en leader d’hommes en colère, abandonnant son costume de bon communicant pour devenir enfin le capitaine de révolte qu’on voulait en lui ; le banc de touche, à l’apport aléatoire depuis quinze mois, justifiait là sa qualification de « finisseur ». Les remplaçants ont fini le travail, mis à terre la bête galloise, parachevé l’exploit inpensable quelques minutes plus tôt.

Les Bleus, c’est l’autre bonne nouvelle, ont appris de leur échec anglais et réussi à l’excès leur fin de match. « Ce groupe a fait un truc grand. Les remplaçants ont fait une entrée de dingues », explosait encore Anthony Jelonch. Gareth Thomas, plus philosophe, posait ce constat : « Le rugby est un sport joué par des compétiteurs, pas par des gagnants. Les gagnants boudent lorsqu’ils perdent. Les compétiteurs l’acceptent et en tirent des leçons. » La prophétie s’adressait à ses compatriotes, à la douleur infinie au moment de voir s’envoler un Grand Chelem à la dernière seconde. Elle vaut aussi pour les Bleus : en larmes il y a une semaine dans les vestiaires de Twickenham, ils ont appris, compris et promis de ne plus se laisser happer par la fatalité. Leur détonation de joie n’en est que plus belle.

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