Comment « la nuit des longs couteaux » a sacré Bouscatel à la LNR

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C’est en coulisses que s’est jouée, la veille du scrutin, l’élection de René Bouscatel. Alors, ce n’est pas tout à fait "Game of Thrones". Mais ça y ressemble...

C’est lundi, soit à la veille du scrutin, que le candidat René Bouscatel a reçu cet étrange coup de fil de la part d’un président pour le moins influent : "René, retire-toi de l’élection. Dans le cas contraire, les clubs vont sortir de ce scrutin totalement divisés." Furieux, vexé, l’ancien bâtonnier du barreau de Toulouse envoyait son interlocuteur sur les roses, arguant que nul ne lui avait jamais dicté ses choix. Quelques heures plus tôt, lorsque Bouscatel se présente à l’hôtel Pullman de Bercy où se jouera l’élection, les patrons du rugby pro étaient quasiment tous là : manquaient à l’appel Denis Philippon, le président de Provence Rugby, retenu par les funérailles de Thomas Lacelle, et Jean-Claude Maillard (Montauban), touché par la Covid 19. " Moi, nous glisse l’un des présents, j’avais l’impression d’être en voyage de fin d’année avec ma classe de troisième. Manquait juste une bonne bataille de polochons."

"Vous ne parlez pas du salary cap, madame ?"

Le soir venu, tous les candidats au comité directeur étaient auditionnés par leurs pairs et, face à l’assistance, c’est Jessica Casanova, directrice du MHR et soutien de René Bouscatel, qui se lançait. Dans ce salon du Pullman, la femme de confiance de Mohed Altrad était rapidement interrompue par un membre du camp Merling, qui l’interrogeait en ces termes : "Votre exposé est intéressant. Mais je suis surpris de ne pas vous entendre parler de la réglementation du salary cap, chère madame..." À Bercy, l’ambiance descendait aussitôt de quelques degrés et, dans la foulée des auditions, les présidents étaient appelés par Alain Carré (président de Colomiers et de l’UCPR) à passer au vote virtuel : pour rappel, celui-ci n’a qu’une valeur symbolique et permet juste aux présidents de "blinder" l’élection et éviter que le scrutin ne soit renversé, le lendemain, par les voix des syndicats (Tech XV, Médecins, UCPR et Provale) et de la fédération.

Comme attendu, le combat de boxe fut intense : le candidat Merling remportait quatorze voix, le candidat Bouscatel treize, un vote blanc concluant ce premier tour de chauffe ; pour le "fun", un second était organisé et là, stupeur : Bouscatel et Merling se retrouvaient dos à dos, plongeant l’assemblée dans la plus grande incrédulité. Toujours pas de majorité absolue et donc d’accord global ; l’heure de Merling venait de passer...

Les présidents procédaient ensuite à l’élection, toujours fictive, des "personnalités extérieures" amenées à siéger au comité directeur. Survenait une nouvelle déflagration : Paul Goze, le président sortant, n’était même pas retenu par ses trente "fils"…

Comment Revol a sauvé Goze…

Au dîner, à l’instant où les présidents arrosaient les agapes d’un "bon Languedoc", l’ambiance était un rien étrange. D’un côté, Philippe Tayeb (Bayonne) et Jean-Michel Guillon (Clermont) discutaient longuement, peut-être au sujet de l’élection, peut-être à propos sujet de Yannick Bru, qui figure parmi les entraîneurs ciblés par l’ASM pour prendre la suite d’Azéma.

Dans l’autre partie de la salle, Vincent Merling, qui sentait le vent tourner, confiait devant témoins à l’un de ses pairs : "J’ai 70 ans, une belle carrière de dirigeant derrière moi. Ce n’est pas pour que mon sort soit réglé en assemblée générale par Serge Simon !"

à l’un des convives, Serge Blanco, fondateur de la Ligue et visiblement convaincu que la candidature de Bouscatel était téléguidée par la FFR, glissait au téléphone : "Vous avez choisi de pactiser avec la fédé… C’est bien… Mais vous allez vous faire niquer, les gars…"

Le lendemain matin, le camp Merling (La Rochelle, Aurillac, Racing 92, Castres, Brive, Clermont, Bayonne Mont-de-Marsan, Nevers, Rouen, Vannes, etc…) se réunissait dès 8 h 30 afin de savoir comment rallier à lui les derniers hésitants, que ce soit le président du BOPB Jean-Baptiste Aldigé ou le Montalbanais Jean-Claude Maillard. En vain.

Une heure et demie plus tard, alors que le scrutin était censé démarrer, Pierre-Yves Revol demandait une suspension de séance et, durant quelques minutes, prenait la parole face à ses pairs afin que ceux-ci n’oublient pas et respectent à sa juste valeur le bilan de Paul Goze, huit ans de présidence et menacé de disparaître de l’organigramme de la LNR.

Le coup d’État des jeunes loups

Le patron du CO était entendu. Mais lorsque sonnait l’élection des représentants du Top 14 au comité directeur, son "poulain" Merling était boudé par les votants, laissant René Bouscatel seul en lice et les jeunes loups réputés proches de Bernard Laporte (Lombard, Lacroix, Fonteneau…) se partager les fauteuils de "vice". Bernard Pontneau (Pau), lui, faisait une entrée tonitruante dans le comité directeur, sans que l’on sache vraiment s’il devait son score hégémonique à sa popularité ou au fait qu’il ait, tour à tour, laissait entendre de son soutien aux deux camps. Sans jamais rien promettre.

Quoi qu’il en soit, le camouflet était réel pour Vincent Merling. Dans l’assistance, on se persuadait qu’entre deux candidats de valeur sensiblement équivalente, les votants avaient simplement choisi le plus chaleureux et sympathique d’entre-eux. Le duel Jospin - Chirac du printemps 2002, ça vous parle ?

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Marc DUZAN
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