« Allez Poupou »

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L'édito d'Emmanuel Massicard... Commençons par l’essentiel : on ne l’a peut-être pas assez dit mais c’est une aubaine de compter sur une telle équipe de France, qui regorge de talents et enchaîne les bons résultats depuis deux ans. Oubliés l’inconsistance de l’ère Brunel et le psychodrame de la chute programmée de Novès. Désormais, nos Bleus gagnent souvent, bien et parfois beau. C’est assez pour avoir relancé l’appétit des supporters.

Ce pourrait être suffisant si Galthié et ses lunettes n’avaient pas hérité d’une génération dorée après le Mondial 2019, leur permettant de voir plus loin, plus haut et plus grand. À bien y regarder, il faudrait remonter aux années 80 et la génération Blanco-Sella-Charvet-Berbizier-Dintrans pour trouver trace d’un tel potentiel, constellé de joueurs pouvant figurer dans n’importe quelle sélection mondiale. Réjouissons-nous, c’est bien des Bleus dont on parle. Cela n’arrive pas qu’aux autres…

Pour autant, ne nous trompons pas : s’il honore son sélectionneur, un tel trésor oblige à la hauteur des promesses qu’il suscite. Alors, par-delà les discours de façade, permettez-nous un peu de clairvoyance, d’exigence et d’ambition. Cette fameuse deuxième place acquise à l’arraché face aux Gallois conserve forcément un parfum d’amertume et le goût de l’inachevé. Parce que cette année, bon sang, tout semblait réuni pour que les Bleus marchent vers le Grand Chelem. Qu’ils entrent dans l’histoire sans attendre 2023.

C’est raté. Le XV de France s’est gaufré. Vous connaissez évidemment l’histoire. Mais accordez-nous quand même une petite piqûre de rappel (en attendant le vaccin), pour bien mesurer l’étendue du gâchis. Après l’embellie des lendemains de noce, la deuxième année d’un sélectionneur n’est jamais simple. Il faut croire que Galthié aime les difficultés…

Ouvrez les écoutilles : après un départ canon face à l’Italie et l’Irlande, la « bulle » fait pschitt à force d’allers-retours ; avec le sélectionneur en tête d’affiche, les équipes de France s’offrent un quatrième cluster et la Covid est invitée d’honneur à Marcoussis ; match reporté face à l’Écosse ; certains Bleus sont positifs et tout le monde est à l’arrêt pendant un mois ; l’interprétation fédérale du protocole sanitaire devient une affaire d’État, et Laporte sort vainqueur de sa visite chez ses ministres de tutelle.

On continue ? À la reprise, le XV de France enchaîne un triptyque infernal : Angleterre, Galles, Écosse ; coaching perdant à Twickenham, exploit au bout de l’effort face aux Gallois et naufrage physico-mental contre les « Scots ». Difficile de résister sans sa meilleure équipe, quand on est émoussé, à bout. Après le Grand Chelem, c’est donc le Tournoi qui s’envole sans qu’il n’y ait à redire. Mais le coup n’est pas passé loin. D’où nos regrets, toujours plus grands. Pas sûr qu’une telle opportunité se représente dans les années à venir, avec la concurrence qui va, elle aussi, monter en puissance.

C’est fini ? Et bien, non. Pour ajouter au trouble, le compte Twitter de France Rugby verse dans la provocation en souhaitant à tous et à toutes une bonne journée de la gaufre… À deux jours d’affronter les Écossais, manière de bien les remonter… Mal joué. Cette défiance, irrespectueuse et morveuse, revient comme un boomerang dans la tronche du XV de France qui n’avait rien demandé. L’humour ne supporte pas l’amateurisme.

Dommage. Alors que nous devrions tous profiter du vent favorable qui souffle dans les voiles tricolores, nous en sommes presque à chercher comment oublier ce drôle de Tournoi qui accroche au maillot de tricolore l’étiquette de « Poulidor du rugby » : deuxième du Tournoi 2020, deuxième de la Coupe d’automne des nations 2020, deuxième du Tournoi 2021… Demain pourtant, il faudra gagner et ne plus se contenter de promesses. Il y a urgence, à un niveau international qui ne laisse que peu de temps pour grandir. Jusqu’ici l’apprentissage n’aura servi à rien. Les Bleus sont toujours deuxièmes.

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