Merle : « La demi-finale en 1995, je crois que l’on peut dire que l’on s’est fait voler »

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    Merle : « Avec la vidéo, j’aurais été champion de France en 93 avec Grenoble… et champion du monde deux ans plus tard » Midi Olympique - Patrick Derewiany
Publié le , mis à jour

Olivier Merle (ancien deuxième ligne international de Clermont, Grenoble et Narbonne) fait toujours deux mètres, chausse toujours du 54, pèse un peu plus de 120 kilos, son poids de forme, mais il a conservé toute sa mémoire et son sens de l’humour. Avec l’homme et demi ou la Merluche, ouvrir l’album aux souvenirs, c’est aussi revenir sur les grandes heures du XV de France.

Que devient l’homme et demi ?

Vaste question ! Comme tout le monde, il essaye de s’occuper de sa vie professionnelle. Depuis quelques années, j’ai créé le Merluche, un couteau que je commercialise. Il est fabriqué à Thiers, la capitale mondiale du couteau. J’avais aussi d’autres activités, mais qui depuis un peu plus d’un an, ont été mises en berne en raison de la pandémie. J’intervenais avec des sociétés d’évènementiel dans les à-côtés des grands matchs internationaux, je partageais mon expérience d’ancien international. Mais depuis un an, je me consacre à la coutellerie.

En cherchant sur internet, on découvre aussi qu’Olivier Merle est devenu acteur pour le cinéma ?

C’est un bien grand mot. J’ai été sollicité il y a quelques mois, pour participer à un court-métrage. Ils cherchaient quelqu’un pour jouer le rôle d’un ogre. Il faut croire que j’avais le physique de l’emploi. C’était un film dit de genre, en costume dans le style « Seigneur des Anneaux ». L’histoire était simple, l’ogre aimait manger les enfants… Mais le court-métrage a plu et a été vendu à Canal +. Cela a été ma première expérience, qui n’était pas des moindres, car j’avais le droit à plus de cinq heures de maquillage par jour ! Croyez-moi, c’est long ! Car le tournage a duré douze jours. J’ai découvert un autre monde. En suivant, j’ai participé à un docufiction, Le Manuscrit du Dôme, qui raconte la vie d’une fille qui est né au sommet du Puy de Dôme, et il y a tout une intrigue autour de cela. Après, on m’a sollicité par l’un des deux réalisateurs de ma première expérience pour un long-métrage qui s’appelait Arès, où je jouais La Masse, un boxeur méchant, en 2016. Cela se passait dans un futur proche.

Et cela a lancé véritablement votre carrière cinématographique, car depuis on ne vous arrête plus…

N’exagérez pas, mais c’est vrai que j’ai enchaîné ensuite avec un petit rôle dans Vive la France, avec José Garcia et Michaël Youn, où avec Denis Charvet, nous avons des rôles de composition : rugbymen ! Mais c’est tout.

Dernièrement, vous avez aussi fait une apparition dans un film avec Omar Sy ?

Oui avec Le Prince Oublié de Michel Hazanavicius avec Omar Sy et François Damiens où je joue un molosse bleu. J’en garde de superbes souvenirs.

Faites-vous « carrière » sur grand écran, comme sur le rectangle vert grâce à votre gabarit ?

On ne se refait pas, effectivement on vient me chercher pour des rôles de personnages gaillards. Je pourrais d’ailleurs en faire beaucoup plus, on m’a conseillé de prendre un agent pour cela, mais je tiens à rester à ma place. Je ne suis pas acteur. Quand on m’appelle, je regarde ce que c’est et j’y vais pour vivre une aventure. Derrière, pour que tout soit coordonné, il y a un véritable travail d’équipe.

Et quand vous êtes sur un tournage, reconnaît-on Olivier Merle l’ancien rugbyman ?

Pour mon dernier long-métrage, le directeur de casting m’avait aperçu sur les autres films et je correspondais physiquement au personnage du synopsis. Donc, il n’a pas fait appel à l’ancien rugbyman. Une fois sur les lieux du tournage, on m’a posé des questions sur ma carrière, mais vous savez quand je suis dans ce milieu, c’est moi qui suis demandeur, mais quand on me pose une question, je réponds.

Venons-en au rugby, qu’est-ce qu’il reste de votre carrière de rugbyman ?

Que des bonnes choses. C’est une question trop courte pour une réponse qui mériterait une journée, tant j’ai vécu de belles aventures. Évidemment, ce qui revient en premier, c’est mon parcours avec l’équipe de France. Avoir la chance de représenter son pays est un privilège.

Commençons alors par le début et votre première sélection en Afrique du Sud…

Un pays qui aime bien les joueurs à fort gabarit. Je me souviens du couloir à Durban. Nous, les Français, avions l’habitude de rentrer sur la pelouse dans l’ordre croissant de nos numéros de maillot. 1, 2, 3,4, 5… Les Sud-Africains s’étaient alignés dans le désordre. Impossible de savoir qui allait être mon vis-à-vis. Je me souviens m’être dit : on va bien s’amuser, l’après-midi va être sympathique.

Et alors ?

C’est là que mon surnom d’homme et demi est apparu. C’est le sélectionneur de l’époque des Boks, Ian McIntosh qui l’a trouvé. Un journaliste français lui avait demandé comment il faisait pour sélectionner autant de joueurs aussi gaillards, il avait rétorqué, que vous les Français vous avez un homme et demi, nous, nous en avons quinze. Et c’est resté.

Vos deux premières sélections face à l’Afrique du Sud avaient été particulièrement féroces ?

Et la tournée longue, elle durait un mois et demi. On était l’une des premières équipes à venir jouer en Afrique du Sud, post-apartheid. J’ai aimé le jeu sud-africain. Ils ne font jamais le voyage à vide, que l’on ait transmis ou pas le ballon, ils terminent le mouvement… Mais bon, il faut juste rester attentif, et ne pas se relâcher.

1993, c’est aussi pour vous une finale perdue de championnat avec le FC Grenoble…

Et vu comment cela s’est passé, la déception, la frustration sont toujours aussi présentes… N’importe quel Grenoblois a toujours ce match en travers de la gorge. Nous étions l’un des plus gros paquets d’avants peut-être du monde. On faisait presque une tonne. On faisait peur à tout le monde, mais on était aussi je crois en avance sur notre temps dans le jeu d’avants.

Un an plus tard, en 1994 avec la tournée en Nouvelle-Zélande, vous devenez une star de ce sport ?

C’est surtout l’équipe de France qui a réussi une jolie performance. Nous avons réussi à battre deux fois de suite les Blacks sur leur terre. Cela reste unique dans l’histoire. Une tournée intense, à forte émotion. Berbizier nous avait préparés parfaitement pour cet exploit.

Aviez-vous pris conscience sur le coup, de la portée de votre performance ?

Au coup de sifflet final du deuxième test, oui on prend une première gifle. Mais quand on se lève le lendemain de la rencontre, c’est encore plus incroyable. En Nouvelle-Zélande, c’était deuil national. Tous les journaux, toutes les télévisions ne parlaient que de cela. Perdre une fois contre la France leur paraissait inconcevable alors deux fois en une semaine, imaginez ! Fitzpatrick nous avait promis l’enfer après le premier test, mais l’équipe avait su rester sur la bonne dynamique. Et puis, nous les travailleurs de l’ombre, le cinq de devant, je crois me souvenir que l’on avait plutôt bien fait le boulot.

C’est-à-dire ?

Oh ce n’est pas à moi de le dire, mais demandez à nos adversaires.

D’où vous vient ce physique hors norme ?

C’est comme cela, c’est la nature, les gênes…

Étiez-vous un adepte de la musculation ?

Avant de commencer le rugby, oui, car j’étais lanceur de poids, et on en bouffait pas mal. Mais avant même de commencer le sport j’étais, disons, un peu au-dessus de la moyenne question physique. Bon, après avec le rugby je ne faisais pas spécialement plus de musculation que les autres, ni à des poids plus lourds. Je suis arrivé dans le rugby avec mon bagage de lanceur, mais croyez-moi, je travaillais surtout mes déplacements. Allez faire un footing avec Pierre Berbizier et vous comprendrez…

On imagine assez facilement la souffrance…

Je n’ai pas trop le morphotype du joggeur. Mais si vous vouliez jouer avec Pierre, il fallait être capable de pas mal se déplacer sur un terrain.

Surveilliez-vous particulièrement votre poids ?

Nous étions surveillés, mais bon, je n’ai jamais été un très bon client pour les diététiciens.

Aviez-vous un régime particulier à suivre ?

Non, ou alors comme tous les sportifs et en équipe de France le médecin de l’équipe de France ne nous pardonnez pas le moindre écart, cela ne rigolait pas. C’est lui qui faisait les menus et qui allait même en cuisine voir comment cela était préparé.

On a du mal à vous croire. Pour vous ce n’était pas un poulet entier plutôt qu’une escalope ?

Je mangeais normalement, pas plus que les autres. Je ne suis pas allé comparer mes portions avec celle de Mesnel ou de Deylaud.

Et votre fils, possède-t-il le même gabarit que vous ?

Forcément, les chiens ne font pas des chats. Il a joué au rugby pendant longtemps, il avait même un très bon niveau. Contrairement à moi, il a été sacré deux fois champions de France. Avec les jeunes à l’ASM, puis en militaires. Il n’était pas attiré plus que cela par le très haut niveau mais il se débrouillait bien. Il était au rugby pour faire du sport, la convivialité, le plaisir de retrouver les copains. Il a choisi une autre voie professionnelle

Quel est votre plus grand regret ?

La demi-finale de la Coupe du monde 1995, je crois que l’on peut dire que l’on s’est fait voler.

C’était encore face à l’Afrique du Sud…

Participer à une Coupe du monde, c’est le summum. Après, pour revenir à cette demi-finale, c’était presque du water-polo et pas du rugby. Malgré cela, on termine par trois fois derrière la ligne d’en-but durant les quinze dernières minutes et à chaque fois, l’arbitre siffla une simple mêlée. L’image que l’on retient, c’est Abdel Benazzi qui trébuche, pour essayer de marquer. Bon Abdel a oublié sur cette action qu’il faisait plus d’un quintal et au lieu de glisser, il s’est enfoncé dans la pelouse. Il s’est pris pour un surfeur, mais il s’est arrêté à cinq centimètres de la ligne.

Pour vous, sur cette action il n’y avait pas essai ?

On voit bien qu’il s’arrête juste avant. Mais quelques minutes auparavant, sur d’autres actions, on est dans l’en-but et c’était plus net… Je me souviens d’un très gros combat. Une fois que le match avait commencé, on avait oublié les conditions, il pouvait y avoir de l’eau jusqu’aux genoux, nous étions focalisés sur notre objectif. Je crois que l’on n’est vraiment pas passé loin d’un très grand truc.

Lors de votre dernière année comme international, en 1997, vous allez connaître le meilleur et le pire. Avec pour commencer, une victoire avec grand chelem dans le Tournoi ?

Tout à fait ! Avec une victoire légendaire contre les Anglais. Les battre chez eux, quel pied ! On était mené de 20 points de mémoire, et on est revenu petit à petit. Nous avons eu la joie et le bonheur immense de soulever la cafetière (le trophée des 5 Nations, au départ ressemblait à une cafetière italienne, N.D.L.R.).

Votre dernière sélection fut aussi mémorable avec la défaite 10-52…

Et encore contre l’Afrique du Sud… Pour la fermeture du Parc des Princes. À l’issue de ce match, on a viré la moitié de l’équipe. On a servi de prétexte pour mettre en place un nouveau groupe, tourner la page avec celui du Mondial 1995. Nous avions une belle équipe qui n’était pas finie. Mais ce jour-là, nous sommes tombés sur des mobylettes. On a su des années plus tard, qu’ils étaient tous asthmatiques… C’est bien connu que si tu as de l’asthme, tu es performant à haut niveau… Bref, c’est fait, on ne pourra rien changer. Ça fait mal, mais ils avaient tous une ordonnance pour pouvoir jouer malgré leur traitement contre l’asthme.

Parlons de ce coup de tête contre les Gallois en 1995, dans le Tournoi, qui vous voudra une suspension pour la fin de la compétition ?

C’était un choc ! Frontal certes, mais comme il y a tous les week-ends sur tous les terrains de rugby. Cela a été pointé du doigt parce que c’était un match international. Pierre Berbizier a anticipé la suspension, car je n’ai pas été sanctionné, et il m’indique de rester à la maison pour le match suivant, le temps que les choses se tassent.

Quel regard portez-vous sur le XV de France actuel ?

Bienveillant. Nous avons retrouvé une équipe qui mentalement, collectivement fait de très belles choses, qui ne lâche rien. Cette jeune génération est très prometteuse. Je prends plaisir devant mon écran de télévision. J’ai eu peur pour eux à la pause du match face aux Gallois, mais quelle réaction en fin de match ! Quel suspense ! Et tous ses arbitrages vidéos…

Êtes-vous contre l’utilisation quasi-systématique de la vidéo ?

Alors non ! Je suis à 100 % favorable. Avec elle, nous aurions été champions de France en 1993, et que dire de la demi-finale du Mondial en 1995 !

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