Josua Tuisova : « J’aurais aussi très bien pu avoir mon lopin de terre et être fermier »

  • Deuxième meilleur marqueur du Top 14, l’ailier ou centre international fidjien réalise une saison incroyable. Josua Tuisova l’affirme : il veut décrocher un titre avec le Lou.
    Deuxième meilleur marqueur du Top 14, l’ailier ou centre international fidjien réalise une saison incroyable. Josua Tuisova l’affirme : il veut décrocher un titre avec le Lou. Icon Sport - Icon Sport
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Josua Tuisova (ailier ou centre de Lyon) vient d’inscrire ses onzième et douzième essais de la saison face à Clermont et continue de marquer de son empreinte le Top 14. Personnage très discret, il s’est confié sur son parcours, sa personnalité et ses motivations.

Rendez-vous est pris au pied du Matmut Stadium de Gerland avec l’impressionnant ailier ou centre du Lou, deux jours avant la réception décisive de Clermont, contre qui il marquera son troisième doublé consécutif en championnat. Et le Fidjien, réputé discret et pas forcément à l’aise quand il s’agit de parler de lui ou quand on évoque ses qualités physiques, accepte finalement de se prêter au jeu de cet échange, sous le soleil et à l’issue d’une séance d’entraînement. Accompagné de l’entraîneur des trois-quarts lyonnais Kendrick Lynn, élogieux au moment d’évoquer les qualités de son joueur, la discussion laisse transparaître à la fois de l’émotion, quelques sourires, mais également de l’honnêteté. Et alors que le technicien néo-zélandais loue les points forts de « Josh », insistant sur sa vision du jeu et ses performances en défense, la parole se libère.

C’est votre deuxième saison au Lou, avec qui vous êtes décisif. Quel regard portez-vous sur vos performances ?
Oui, c’est vrai que je me sens bien. C’est ma deuxième saison à Lyon et malheureusement, nous n’avions pas pu finir la précédente à cause de la Covid-19. Cette année, nous avons cette ambition d’être dans le top 6. C’est vrai que, maintenant, je me sens bien ici. La première saison a été un peu difficile pour moi, car il fallait que je trouve mes repères, que je comprenne bien la façon de jouer. Et je suis d’ailleurs toujours en train d’essayer de bien m’adapter à cette manière de jouer. Je suis toujours en train d’essayer de me prouver à moi-même que je peux rester le même à chaque fois que je joue.

Vous parlez d’adaptation au jeu de l’équipe, mais comment définiriez-vous le joueur que vous êtes ?
Je cherche à toujours rester moi-même. Quand j’étais jeune, j’ai toujours aimé certains joueurs et je disais aux membres de ma famille que je voulais être comme untel ou untel. Mais maintenant, j’ai juste envie d’être moi-même ! J’aimais beaucoup un joueur comme Vereniki Goneva, passé par l’Angleterre et qui joue maintenant ici en France, en Pro D2 (à Mont-de-Marsan, N.D.L.R.). J’ai été heureux de jouer avec lui avec la sélection fidjienne, avant qu’il ne prenne sa retraite internationale.

Dans l’effectif lyonnais, Noa Nakaitaci est un exemple d’adaptation, car ce n’est pas toujours facile pour certains Fidjiens…
Il reste toujours un exemple pour moi et pour Temo (Mayanavanua, arrivé en cours de saison). Je suis d’ailleurs content qu’il soit venu nous rejoindre ici. Noa est en France depuis plusieurs années, et il n’a de cesse de nous conseiller. La chose la plus dure pour moi quand il a fallu venir en France, c’est que c’était la première fois que je quittais mon pays, ma famille, ma maison. Et il a fallu que je me débrouille seul. Maintenant, c’est un peu plus simple car j’ai construit ma propre famille, j’ai mes enfants, et la vie est plus simple.

Mais après six années à Toulon, pourquoi avoir eu cette envie de changement ?
Seulement pour la météo (rires) ! Je suis content d’être ici à Lyon, de changer d’environnement. Je pense qu’il n’est pas bon de rester trop longtemps au même endroit. Et je sais déjà qu’après ma carrière, je ne resterai par exemple pas ici et que je rentrerai aux Fidji pour la suite de ma vie. Toulon souhaitait que je reste mais j’ai dit non, il fallait que je passe à autre chose.

Alors que Kendrick Lynn (entraîneur des trois-quarts) dit de vous que vous avez une très bonne main, permettant de jouer aussi pour les autres, vous jouez souvent à l’aile et parfois second centre. Qu’est-ce qui vous plaît le plus ?
Avant d’arriver en France, j’avais l’habitude de jouer centre et je n’avais jamais joué à l’aile de toute ma carrière ! C’est en venant en France que j’ai commencé à évoluer à ce poste. Mais quand je joue, sincèrement, qu’importe le poste. Le coach peut me demander de jouer à l’aile ou au centre, du moment que je joue. (Il enchaîne sur sa préparation) J’essaie toujours de faire le plus de choses possible à l’entraînement, car c’est ce que l’on reproduit ensuite en match. Il faut être focus tout le temps. L’entraînement n’est pas fait pour s’amuser.

Outre votre façon de jouer, on en sait beaucoup moins sur votre personnalité. On devine de la timidité car votre parole est très rare…
J’ai toujours été timide, toute ma famille le sait. J’ai grandi ainsi. Je n’aime pas beaucoup parler, surtout quand il y a beaucoup de monde. Notamment quand je dois me présenter… Je n’aime pas ça. Ce qui m’intéresse, c’est que l’on me voit sur le terrain. C’est à ce moment-là que l’on voit tout de moi.

Du coup, qu’est-ce que vous aimez faire en dehors du rugby ?
En ce moment, j’aime rester à la maison et m’amuser avec mes enfants. Sinon ce qui me plaît, quand je rentre au pays à la fin de saison, c’est visiter des endroits qui me sont inconnus, emmener ma famille découvrir de nouvelles choses tout autour de chez nous au pays.

Et si vous n’aviez pas fait du rugby ?
Je ne sais pas trop (il hésite longtemps). Je ne sais pas ce que je veux d’ailleurs faire après ma carrière, je ne pense qu’au rugby. Mais j’aurais aussi très bien pu avoir mon lopin de terre et être fermier.

D’ailleurs on peut se poser la question de savoir si vous aimez, ou non, regarder ce sport ?
Oui, je regarde beaucoup de matchs les week-ends à la télévision. Je regarde beaucoup d’équipes jouer quand je suis avec ma famille, dans mon canapé. Mais je n’aime pas regarder des matchs en stade parce que j’ai toujours cette envie de jouer (sourires). Il m’arrive aussi de regarder un peu les informations sportives, mais je regarde surtout ce qu’il se passe au pays. Je fais des recherches sur Google. Par contre je ne regarde jamais ce qu’il se dit sur moi ou les vidéos de mes essais (rires).

Mais on peut tout de même dire que le petit garçon de la province de Ba vit véritablement un rêve à travers le rugby ?
J’ai en effet grandi dans un village de la province de Ba, et j’ai quitté la maison à l’âge de 16 ou 17 ans justement pour vraiment jouer au rugby, dans la province de Nadi. C’est donc un rêve pour moi. Notamment pouvoir venir jusqu’ici en France grâce au rugby. J’ai été flatté de pouvoir jouer en dehors des Fidji. Mais quand j’ai commencé ma carrière, mon rêve était simplement de pouvoir représenter mon pays, et d’avoir un jour un contrat. Là, je suis très content car je peux accomplir les deux. Je ne peux pas croire ce qu’il m’arrive, et tout ce que le rugby m’a permis d’accomplir.

Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous motive en tant que joueur, qu’est-ce qui vous fait vibrer ?
J’aime marquer des essais et faire marquer des essais à mes partenaires. Parfois je prends du plaisir à éliminer les adversaires. Surtout, j’essaie toujours de prouver que je sais défendre avant de montrer que je peux attaquer. N’importe qui jouant au rugby est capable d’attaquer, mais défendre, c’est toujours difficile de le prouver.

Votre parcours dans le rugby prend ses racines dans le rugby à VII…
J’ai grandi à travers le rugby à VII. Je n’avais que très peu joué à XV avant d’arriver en France. Maintenant, je ne fais que ça. Au pays, on joue beaucoup à VII mais il est maintenant difficile pour moi de rebasculer du XV vers le VII. Quand j’étais seul, jouer à VII me convenait, mais avec une famille il faut penser au futur. J’avais besoin de créer quelque chose de plus solide pour notre avenir. Et c’était possible en jouant à XV.

Vous avez tout de même été champion olympique en 2016 à Rio, il s’agissait de la première médaille olympique du pays !
C’était incroyable ! Nous étions heureux de ce titre, de ce premier titre pour le Sevens. J’étais heureux de faire partie de cette équipe. C’était historique pour notre pays. Le retour avait été fou, l’aéroport était plein, juste pour nous. Je me souviens que depuis l’aéroport, nous avions dû emprunter la route principale de Suva pour aller au stade où avaient lieu les célébrations, nous avions marché en ville et il y avait du monde de partout de la tombée du jour jusqu’au matin suivant.

Finalement, qu’est-ce qu’il manque au rugby fidjien pour avoir le même type de résultats à XV ?
Nous venons juste de changer de sélectionneur, avec l’arrivée du Néo-Zélandais Vern Cotter. Je pense que c’est une bonne chose, cela va permettre de continuer à faire progresser de jeunes joueurs, qui viennent d’être intégrés à l’équipe. J’ai bon espoir pour les années à venir.

Et avec le Lou, quels sont vos objectifs ?
Nous voulons remporter ce Top 14.

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Julien Plazanet
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