« L'un joue bien, l'autre fait bien jouer » : le duel Jalibert/Ntamack vu par trois techniciens

  • Le duel Jalibert/Ntamack vu par trois techniciens.
    Le duel Jalibert/Ntamack vu par trois techniciens. Icons Sport. - Icons Sport.
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Ce week-end, les deux meilleurs joueurs de leur génération se retrouvent à Ernest-Wallon pour un duel appétissant. Pour l'occasion, on a demandé à Yann Delaigue, Pierre Berbizier et Didier Cambérabéro de décrypter le duel entre Matthieu Jalibert et Romain Ntamack. C'est à vous...

Une question, d'abord : le rugby français a-t-il déjà été aussi riche à ce poste ? « On n'a jamais eu deux joueurs de cet âge à ce niveau-là, assure l'ancien sélectionneur des Bleus Pierre Berbizier. Romain Ntamack et Matthieu Jalibert sont deux talents très précoces dans la mesure où un ouvreur est censé arriver à maturité à 25 ans, rarement avant. » L'ex manager du Racing marque une pause, reprend : « Ne les grillons pas trop vite car leur marge de progression est encore immense. Regardez ce que fait Johnny Sexton à 35 ans : quand il est blessé, le jeu de l'Irlande souffre énormément de son absence ». Yann Delaigue, ancien ouvreur des Bleus et du Stade toulousain, enchaîne ainsi : « On a connu des périodes fastes à ce poste : lorsqu'Alain Penaud, Gérald Merceron, Christophe Lamaison, David Aucagne ou moi-même cohabitions, il y avait du monde. Mais soyons clairs : Jalibert et Ntamack peuvent devenir les meilleurs joueurs du monde à leur poste, ce qui n'était le cas d'aucun des ouvreurs de mon époque. Ces deux-là, ils ont un truc en plus ».

Romain Ntamack est le maître à jouer du Stade toulousain. Prendra-t-il le meilleur sur Matthieu Jalibert ce week-end, en demi-finale ?
Romain Ntamack est le maître à jouer du Stade toulousain. Prendra-t-il le meilleur sur Matthieu Jalibert ce week-end, en demi-finale ? Icon Sport - Icon Sport

L'autre question qui anime le débat Jalibert / Ntamack est la suivante : sont-ils vraiment différents ? Didier Cambérabéro, ouvreur du XV de France dans les années 90, explique : « Ils ont le même profil et c'est plutôt rare, chez deux concurrents au poste d'ouvreur en équipe de France. A mon époque, mon rival s'appelait par exemple Franck Mesnel et n'avait, soyons honnête, rien de commun avec moi... Ntamack et Jalibert, eux, se ressemblent beaucoup. » Yann Delaigue, s'il conçoit lui-aussi les points communs entre deux hommes « de caractère », apporte une légère nuance : « Matthieu prend plus le jeu à son avantage : il cherche l'intervalle, regarde toujours face à lui si le coup est bon à jouer ; à mon époque, Alain Penaud était pareil. Romain, même s'il se cassera si tu lui laisses une micro intervalle, préfère faire jouer les autres ».

 

Delaigue : « L'un voudra asseoir sa domination sur l'autre » 

Reste à savoir, désormais, qui est le meilleur d'entre-eux. Le duel de ce week-end apportera-t-il une réponse ? « A Toulouse, poursuit Delaigue, l'un va vouloir asseoir sa domination sur l'autre. C'est humain. Mais s'ils ne pensent qu'à ça, ils se tromperont de sujet. Au rugby, un ouvreur ne fait rien seul. Il est tributaire des autres ». A ce sujet, « Berbize » poursuit : « L'un joue bien (Matthieu Jalibert), l'autre (Romain Ntamack) fait bien jouer. Mais les comparer, c'est les opposer et cela peut s'avérer dangereux. La question qui se pose, lorsque l'on a deux talents pareils, est celle-ci : peut-on les associer ? Ma réponse est oui. Romain Ntamack peut évoluer au centre et Matthieu Jalibert à l'arrière. Reste à savoir pour quel jeu puisque le projet des Bleus est aujourd'hui assez flou : au départ, on voulait un jeu de dépossession (en laissant l'initiative à l'adversaire, N.D.L.R.) puis on s'est rendu compte que le XV de France était doué pour porter le ballon. Du coup, on ne sait plus trop. Une fois que le projet de jeu sera défini, on saura quel ouvreur le servira le mieux ».

Matthieu Jalibert, très bon dans le Tournoi des 6 Nations, est peut-être devenu numéro 1 aux yeux du sélectionneur Fabien Galthié. Sera-t-il le meilleur à Ernest Wallon ?
Matthieu Jalibert, très bon dans le Tournoi des 6 Nations, est peut-être devenu numéro 1 aux yeux du sélectionneur Fabien Galthié. Sera-t-il le meilleur à Ernest Wallon ? Icon Sport - Icon Sport

Didier Cambérabéro, de son côté peu certain qu'une association Jalibert / Ntamack s'avère un jour satisfaisante en équipe nationale, conclut ainsi : « Le mieux, c'est qu'ils jouent à leur poste. Dans le rugby moderne, les remplaçants jouent ; ils jouent parfois même autant que les titulaires. Alors, que Jalibert et Ntamack s'éclatent à l'ouverture ! Par rapport à mon époque, où les ouvreurs étaient virés à la moindre contre-performance, Jalibert et Ntamack ont la confiance de leur staff. Ce confort psychologique est nouveau, en équipe de France ».

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