Dandys d’or

  • L'édito du vendredi par Léo Faure.
    L'édito du vendredi par Léo Faure. Icon sport.
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L'édito du vendredi par Léo Faure... Le premier est champion du monde des moins de 20 ans, le second n’a raté cette consécration qu’au regret d’une blessure. Le premier a 21 ans, le second a 22 ans. Le premier a de la classe balle en mains, le buste droit, la tête haute et la foulée nerveuse, tous ces petits éléments esthétiques qui font l’élégance: la différence entre une passe et une belle passe, une course et une belle course. Le second a tout pareil.

Romain Ntamack (le premier) et Matthieu Jalibert (le second) se ressemblent en à peu près tout. Le dandysme, les nerfs d’acier, la précocité des prodiges, le verbe bien dosé (ni trop mièvre, ni trop méprisant) et la mèche longue au vent, qui coiffe une gueule à faire s’émoustiller un chef de pub d’une grande marque de cosmétique. Ce qui les oppose, alors ? C’est justement ce qui les rassemble le plus : leur poste.

Ses armes aiguisées au centre, Romain Ntamack s’est désormais fixé à l’ouverture, son poste de formation, à Toulouse comme avec le XV de France. Malgré des esquisses de passage à l’arrière, Matthieu Jalibert est un ouvreur, un vrai, dont les performances étincelantes à ce poste refroidissent vite toutes les envies de l’éloigner du ballon et des prises de décisions.

Ce poste d’ouvreur qui les rassemble est donc, aussi, ce qui les oppose naturellement. Et ce qui risque de les opposer un bon moment encore. Au bout du bout, il y a le maillot bleu, celui floqué du 10 et qui guidera le XV de France dans « son » Mondial 2023. Alors, Jalibert ou Ntamack ? Il est trop tôt pour le dire. Certainement pas pour en parler, comme on refait le monde.

Hé quoi ? Si l’abondance des biens ne nuit pas, il faudrait alors se contenter d’applaudir l’émergence simultanée de deux joyaux sans les comparer, les analyser, les hiérarchiser en fonction de critères forcément subjectifs ?

Le sport, c’est tout autre chose qu’une entreprise austère du CAC 40. C’est une intrigue affective, où il est heureux d’avoir son chouchou, son ennemi, sa mauvaise foi et ses petits mensonges. Et puisqu’il y a « 70 millions de sélectionneurs », il y en a bien autant qui émettent une préférence au poste le plus débattu de l’histoire du rugby français. Et vous, plutôt Ntamack ou Jalibert ?
Pour la première fois, ce samedi en demi-finale de Champions Cup, les deux seront en confrontation directe, donc en comparaison directe dans un match au sommet, décisif et éliminatoire. On regardera tout cela avec attention.

On pèsera forcément la performance de l’un et l’autre, dans un jeu de « match dans le match » qui animera la conversation du café. Fabien Galthié, le coq en tête, ne devrait pas en rater une miette, lui non plus. Ça tombe bien, il n’a pas franchement tranché : le sélectionneur a d’abord été « Ntamack » ; avant de devenir « Jalibert », mi-contraint par le jeu des blessures, mi-convaincu par les performances du Bordelais. Samedi, il en saura sûrement un peu plus au sujet de la hiérarchie de ses ouvreurs. Et nous aussi.

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