Toulouse-UBB : le pompon sur la Garonne !

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Publié le , mis à jour

Entre un Stade toulousain qui rêve de reconquérir l’Europe et une UBB en quête de marquer sa progression par un titre, samedi peut être le point de départ d’un antagonisme durable.

C’était il y a un an, en plein confinement. Le premier d’une trop longue série. Alors que l’épidémie de Covid-19 avait mis un terme prématuré à un Top 14 que l’Union Bordeaux-Bègles dominait, la même équipe que les satanés variants viennent aujourd’hui polluer dans sa préparation à une demi-finale de Champions Cup, les célèbres chefs Michel Sarran et Philippe Etchebest s’étaient invités à la table du rugby dans ces colonnes. Le premier est un inconditionnel supporter du Stade toulousain, le deuxième un ancien joueur du club girondin.

"L’UBB est à quelle place en Top 14 ? Premier, non ? C’est quand même les boules ce qui se passe pour le club et pour Laurent Marti", avait notamment lancé Etchebest. Et Sarran de lui rétorquer, plein d’ironie : "La stratégie managériale doit se jouer sur l’ensemble de la saison mais ils ne peuvent pas le savoir à Bordeaux vu qu’ils ne sont jamais en phase finale. Le Brennus, il reste à Toulouse." Pourtant prisé par l’UBB, et avec une douloureuse ligne vierge à côté de l’année 2020, le Bouclier est donc demeuré dans l’armoire à trophées d’Ernest-Wallon. Samedi, c’est afin d’accrocher la coupe aux grandes oreilles que Toulousains et Bordelais mettront les petits plats dans les grands, et donneront aux deux cuisiniers l’occasion d’aiguiser les couteaux. Un derby de la Garonne aux saveurs européennes, le premier de l’histoire dans la compétition. Lequel vient à la fois marquer la progression girondine et le retour au premier plan des Rouge et Noir. Le Stade toulousain, club phare de cette Coupe d’Europe avec ses quatre titres (record qu’il partage avec le Leinster). Reste que, cette gloire passée, il court derrière un sacre continental (et même une finale) depuis 2010. Une éternité à l’échelle de la ville rose. Lors des deux précédentes éditions, les hommes d’Ugo Mola ont atteint l’ultime carré mais se sont arrêtés en demi-finale, au Leinster puis à Exeter. "On peut considérer qu’on existe à ce niveau, expliquait récemment le technicien. On s’en rapproche mais on en est encore très loin." Logiques favoris samedi, ses joueurs ont l’occasion idéale d’aller caresser d’un peu plus près leur rêve le moins intime.

Toulouse, mission européenne

Depuis un certain temps déjà, les Toulousains cachent de moins en moins leur envie suprême de (re) conquérir l’Europe. Au lendemain du Brennus de juin 2019, ce fut érigé en mission principale, symbolisée par le joli plan de communication orchestré cette saison autour du maillot événement spécialement créé pour la Champions Cup en collaboration avec l’astronaute Thomas Pesquet et l’Agence Spatiale Européenne. Au micro de Canal +, Antoine Dupont avouait samedi dernier que "le groupe est plus focalisé sur la Coupe d’Europe, les échéances arrivant plus vite."

Pas anodin à l’heure où la plupart des joueurs rabâchent plutôt que toutes les compétitions sont importantes. Celle-ci, qui plus est cette édition, l’est sûrement plus encore. Question de contexte. Parce qu’elle peut finir de garnir le palmarès long comme le bras musclé du légendaire Jerome Kaino avant que celui-ci ne remise les crampons au placard cet été. Parce qu’il peut combler celui de Yoann Huget, injustement fauché par son tendon devenu talon d’Achille. Ou parce qu’en cette blessure traumatisante et celle de Sofiane Guitoune, autre cadre sorti du tableau final, ce groupe peut trouver des ressources supplémentaires pour rejoindre les étoiles, comme il y a deux ans derrière les chutes de Marchand, Ghiraldini et Aldegheri. "Après le titre de champion de France, nous nous sommes un peu plus centrés sur la Coupe d’Europe qui est devenue un objectif", dévoilait François Cros en juillet. Les voilà de nouveau à 160 minutes du Graal, leur Graal, mais jamais l’opportunité n’avait semblé si belle.

UBB, la fête du travail accompli

Pour y parvenir, le prochain épouvantail est ce voisin pas si proche. Deux heures de route et des années-lumière de prestige séparent les deux clubs. Le cliché veut souvent qu’une équipe n’ait pas grand-chose à perdre… Pour l’Union Bordeaux-Bègles, pucelle à ce niveau de la compétition, l’adage paraît plus vrai que nature. En ce samedi 1er mai, le destin lui délivrera une fête du travail accompli et un clin d’œil sympathique, tel que l’illustrait le président Laurent Marti dans ces colonnes : "Il y a dix ans, en mai 2011, on célébrait notre montée en Top 14. […] Le club grandit. Il ne faut pas oublier qu’il est très jeune. Il y a quatorze ans, nous sommes quasiment repartis de zéro, du fin fond du Pro D2, sans infrastructure, et avec toute une formation à refaire. On vient de loin." En ce sens, les Bordelais ne sont qu’au début de leur histoire, laquelle est promise à des lendemains qui chantent.

La symphonie, si harmonieuse au milieu des années 2010, a certes connu des accrocs, avant de retrouver son rythme en ce cru 2019-2020 si singulier. Il est celui qui a laissé autant de regrets que d’espoirs. Car cette UBB, qui aspire tant à ses lettres de noblesse, a eu du mal à encaisser ce coup du sort sanitaire mais sait désormais qu’elle en a les moyens. Assez pour braver les épreuves actuelles, entre un déplacement chez un ogre affamé et l’isolement forcé d’une partie de ses troupes ? Allez savoir, ce sera peut-être sa principale force pour s’offrir un inattendu brin de muguet européen… "Quand tu vas à Toulouse, tu te tais", dixit Marti. Mais tu as peut-être tout à y gagner. "On subit les événements mais je me sens l’âme d’un combattant", clame Christophe Urios. Pas question de se présenter à Ernest-Wallon en victime expiatoire, de se contenter d’être là. Et ces mots de Marti qui résonnent : "Une saison réussie, c’est quand on gagne un titre."

Une rivalité (re) naissante

Cette demie est l’étape inévitable d’une opposition qui ne demandait qu’à s’épaissir. Les deux clubs se sont parfois croisés, souvent évités dans le roman du rugby français. Ils ont tout pour se confronter, à commencer par deux présidents en vogue, Didier Lacroix et Laurent Marti. Marti, le plus Toulousain des Bordelais, incarnant l’UBB après avoir porté le maillot adverse dans sa jeunesse : "J’ai été marqué favorablement par mon petit passage au Stade toulousain et j’espérais que l’UBB puisse s’inspirer de ce modèle, parte vers un jeu plus offensif. On a toujours fait en sorte de trouver des entraîneurs et des joueurs plutôt portés sur le jeu." Durant les années Etcheto par exemple, les partitions emballantes de son équipe enthousiasmaient quand le cousin stadiste avait entamé son déclin. La renaissance toulousaine, depuis 2017, fut éclatante, signée par le retour à la culture maison d’un rugby aéré et excitant. Mais survenue quand l’UBB baissait pavillon. Même la saison passée fut un rendez-vous manqué, lorsque les Girondins ont trôné en haut du podium pendant que les Haut-Garonnais pansaient leurs "Bleus" en cette année de Coupe du monde. Le Covid eut raison de phases finales annonçant les retrouvailles fantasmées. Est-ce aujourd’hui le point de départ d’une rivalité partie pour durer ? Antagonisme nourri l’été passé par le départ chez le concurrent d’un enfant de l’UBB, Baptiste Germain, "un gamin venu glaner une reconnaissance qu’il n’avait pas forcément à Bordeaux", pour Mola. "Une grande déception et une surprise parce qu’il était au club depuis les poussins et que, dès l’âge de 15 ans, je le recevais avec ses parents pour qu’il soit dans les meilleures conditions", selon Marti.

Antagonisme surtout servi par l’inimitié entre les deux derniers managers champions de France, Christophe Urios et Ugo Mola, qui a la vertu d’être assumée quand d’autres sont masquées par l’hypocrisie de ce milieu. "J’ai parfois l’impression que Christophe a besoin de se chercher des ennemis et le fait bien, soufflait Mola, interrogé à ce sujet en août. Ses compétences sont remarquables, je suis très admiratif du professionnel. En ce qui concerne l’homme, je le garde pour moi. Mais ça fait partie du jeu et cette rivalité à du sens. Pour Bordeaux, son président et Christophe, quel plus bel ennemi que le Stade toulousain ?" Franchement, il n’y en a pas.

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