Noir total pour les Bleues

  • Après un peu plus de 60 minutes de temps de jeu, le terrain du Stadium de Villeneuve-d’Ascq s’est plongé dans le noir. Après 20 minutes d’attente, la rencontre fut définitivement arrêtée et la victoire des Anglaises entérinée. Photo Icon Sport
    Après un peu plus de 60 minutes de temps de jeu, le terrain du Stadium de Villeneuve-d’Ascq s’est plongé dans le noir. Après 20 minutes d’attente, la rencontre fut définitivement arrêtée et la victoire des Anglaises entérinée. Photo Icon Sport
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Fait rarissime, la dernière rencontre de cette fenêtre internationale n’a pas pu aller à son terme. Une bagarre, des intempéries ? Non ! Coupure générale d’électricité.

Cette situation est désolante. Pour l’image évidemment, mais pour les joueuses aussi. Six semaines d’isolement, d’efforts, de prises de risques pour au final ne pas avoir le droit de s’exprimer pleinement. Ces filles, à qui on demande un investissement sportif digne des professionnels, tout en conciliant un emploi à côté. Car cette double confrontation a laissé des traces (une dizaine de blessées de part et d’autre). Tous ces efforts qu’elles empilent sans rechigner pour au final être considérées comme des amateurs.

Alors certes, le clin d’œil au LRMCV (mythique club de rugby féminin du Nord) était sympathique. Lui qui a formé une guirlande d’internationales entre les sœurs Ménager, Gabrielle Vernier, Chloé Pelle, Shannon Izar — et on en oublie parmi les meilleures. Mais les éclairages n’ont tenu qu’une heure de jeu, dans le Stadium de la métropole lilloise de Villeneuve-d’Ascq, que le club de football du Losc considérait déjà comme vétuste quand il y disputait ses rencontres à domicile en 2015. Depuis, c’est la section féminine du club de foot qui y réside en seconde division, avec l’Olympique de Marc-en-Baroeul qui évolue en Fédérale 1. Bref, personne n’exploite l’enceinte depuis mars 2020. Forcément, la Fédération a pris plus de risques en disputant cette rencontre ici plutôt que sur un terrain régulièrement exploité, comme ce fut le cas en ouverture du Tournoi à Vannes.

L’image est déplorable mais encore une fois, terrible pour certaines filles. Il faut ici avoir une pensée pour Lise Arricastre et Caroline Thomas, qui auront subi toute cette période d’incubation sans avoir le droit de disputer la moindre minute. Enfin présentes sur une feuille de match, vendredi (remplaçantes), ces 20 dernières minutes d’un Crunch des plus haletant devaient être leur seule récompense. Par manque de précautions, on leur a volée.

Micro ouvert avant le silence radio

D’ailleurs, ne cherchez pas de réactions des filles dans cette page. La Fédération a fermé toute communication après ce fiasco. Pourtant France Télévisions avait offert un moment de télévision rare. Lorsqu’à l’heure de jeu, le terrain fut plongé dans le noir, les Affamées se rassemblaient en cercle autour de l’entraîneur des arrières Stéphane Eymard, avant de se séparer entre arrières et avants. En cercle autour d’un ingénieur du son, on a eu droit à l’intégralité des échanges entre les joueuses et Samuel Cherouk, entraîneur des avants, alors en tribunes. Il était question de comment défendre les prochaines touches.

On passe donc de l’immersion totale, au silence radio. Plus un mot. On se contentera de la déclaration de la capitaine Gaëlle Hermet au micro de France 4 et qui, avant de prendre la parole, avait poussé un grand soupir : "Là, c’est dur à encaisser parce qu’il nous restait vingt grosses minutes. Je pense que le match était à notre portée. On a défendu notre ligne comme des enragées. On avait à cœur d’aller chercher quelque chose ici, on avait une revanche à prendre. On a fait 60 minutes grandioses en réglant les petits détails qui nous ont coûté la finale la semaine dernière. On a réuni tous les ingrédients, c’est frustrant que ça s’arrête ainsi."

On va quand même dire un mot sur l’heure de jeu disputée. Car, et c’est le plus frustrant, rarement les Red Roses avaient semblé aussi atteignables. Complètement étouffées, elles tenaient le score grâce à deux exploits individuels de l’ailière Abigail Dow. à part ça, elles n’ont rien montré.

Après 20 minutes d’arrêt, elles décidaient d’entériner la rencontre (et on les comprend) avec le score à leur avantage (17-15). Neuvième victoire consécutive des Anglo-Saxonnes face aux Bleues. Côté tricolore, on soulignera la belle réaction de Jessy Trémoulière, Gabrielle Vernier et Pauline Bourdon qui retrouvaient une place de titulaires après avoir subi la loi de la concurrence. On insistera également sur une première ligne toujours aussi dévastatrice. Bravo mesdames d’avoir une nouvelle fois fait vibrer, mais quelle triste image offerte par FFR. À deux ans d’accueillir le monde du rugby, on ne sait toujours pas accueillir notre propre sélection nationale. ça fait tâche.

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Baptiste BARBAT
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