Villepreux : « Ntamack, Carbonel et Jalibert sont des génies du jeu »

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    Villepreux : « Ntamack, Carbonel et Jalibert sont des génies du jeu » Philippe Perusseau / Icon Sport - Philippe Perusseau / Icon Sport
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Que ce soit en qualité de joueur, d’entraîneur ou de théoricien, Pierre Villepreux a toujours affirmé un style propre et un goût certain pour la transgression. Sans jamais déroger à des principes de jeu prônant l’exigence dans la liberté - ce qui lui valu pas mal des critiques - il incarnera pour toujours une certaine idée du rugby.

Sans mise en jambes, quitte à perdre la moitié de nos lecteurs d’entrée, Pierre, qu’est-ce que le jeu de ligne ?

Le jeu de ligne ?

 

Oui.

Voilà une très bonne question. C’est ainsi qu’on appelait, à l’époque, le jeu des lignes arrière. J’y vois cette capacité qu’avaient les trois-quarts à faire circuler le ballon. C’est ainsi qu’était évaluée la qualité d’une équipe. Par la suite, on a donné au jeu de ligne d’autres connotations. À savoir, les formes de jeu utilisées indifféremment par les avants et les trois-quarts. Celui des trois-quarts s’est transformé en jeu déployé. Celui des avants, en jeu groupé pénétrant. On a mis des mots sur des choses un peu abstraites. Il est apparu un vocabulaire nouveau en fonction des formes de jeu naissantes ou existantes.

 

Les Lourdais de Jean Prat, dans les années 50-60, faisaient-ils le jeu de ligne ?

Bien sûr.

 

Et les Biterrois un peu plus tard ?

Ils avaient donné la priorité au jeu d’avants. Ce n’est pas pour autant qu’ils ne pratiquaient pas le jeu de ligne.

 

Le rugby, au fur et à mesure de son évolution a produit des mots nouveaux.

(il coupe) Mais pas toujours employés à bon escient. Pour un maul qui avance, il est impropre de dire qu’il s’agit de jeu groupé pénétrant alors que celui-ci se résume à une avancée dans l’axe par passes. L’objectif recherché étant de regrouper la défense. Tant qu’elle ne l’est pas, il faudra insister. Ce qui amènera la transformation vers du jeu de ligne, ou déployé.

 

Le journaliste Christian Montaignac, que vous côtoyez dans ces pages Horizons de Midi Olympique, a dit un jour que Pierre Villepreux, quand il était joueur, vivait ce qu’il allait écrire.

Oui, c’est exactement théoriser sa pratique.

 

Vous le théoricien avait été sérieusement épinglé notamment par Jacques Fouroux, qui n’appréciait pas vos commentaires quand il était entraîneur de l’équipe de France, et Bernard Laporte, lequel vous traita même de « pipe ».

J’accepte toutes les discussions dès l’instant qu’elles permettent l’évolution. La confrontation autour des manières de concevoir le rugby, de l’enseigner et de le jouer ne me gêne pas, au contraire. Je me souviens que lors de la Coupe du monde 1987, en m’interdisant d’assister à un entraînement de l’équipe de France, Jacques Fouroux était allé trop loin.

 

Et Laporte ?

Du Laporte tout craché. Il ne s’en est pas pris qu’à moi. Il attaquait les gens qui théorisaient le rugby. En réalité, je n’ai pas compris ce qu’il voulait dire.

 

Ses critiques vous ont-elles touché ?

Bien sûr. Même si je ne faisais pas l’unanimité, j’avais le sentiment d’être dans un courant de pensée qui était récupéré par les professeurs d’éducation physique et que les modestes résultats que j’avais eus pouvaient aussi cautionner.

 

Et s’il s’était moqué de votre accent anglais, auriez-vous été davantage affecté ?

Je parle anglais avec l’accent de Brive-la-Gaillarde, et j’ai toujours réussi à me faire comprendre des Britishs.

 

Pourquoi se retrouver dans le viseur de deux personnes au profil psychologique un peu identique, ayant une force de persuasion exceptionnelle, une connaissance du jeu très étendue, peu de diplômes et comme une peur du savoir, en tout cas du vôtre ?

Peut-être ont-ils mal pris la reconnaissance médiatique que j’ai toujours eue, d’abord joueur puis entraîneur. Je n’ai jamais eu de difficultés avec la presse. Si c’est arrivé, ce n’était jamais sur la base de rancœur, de mauvais esprit ou de respectabilité.

 

Vous fûtes l’un des premiers à tenir une chronique, dans « Libération », au milieu des années 80.

Cela a contribué à me faire passer pour un donneur de leçons.

 

Donneur de leçons ?

Développer par écrit des idées, ça ne passe pas auprès de gens qui perçoivent les choses autrement. Se faire traiter de « pipe » n’est jamais agréable, ça laisse des traces. Je ne peux pas comprendre ce manque de respect. Intellectualiser le rugby et ne pas le mettre de suite à la portée de tous a créé une distance entre moi et certains.

 

Pour en terminer avec cette histoire d’instinct, incarné par Fouroux et Laporte, et de savoir, par vous et toute une génération d’entraîneurs, des mots ont fait naître incompréhensions et oppositions. Comme l’intelligence situationnelle a un jour coupé la France du rugby en deux.

Quand vous venez chez moi pour m’interviewer, vous passez par la porte ou par la fenêtre ?

 

La réponse est dans la question.

En choisissant la porte, vous ferez preuve d’intelligence situationnelle. C’est tout simple. Aujourd’hui, ce vocable est couramment employé.

 

Au début, il le fut par les disciples de Pierre Villepreux, et aussi par d’autres qui l’utilisaient, un brin moqueur, au deuxième degré. Depuis, elle a fait florès.

Il a fallu du temps. Ce n’était pas une révolution, je tenais ce principe de Deleplace. L’intelligence situationnelle, c’est la capacité à répondre avec pertinence à la situation qui se présente. À propos de rugby, c’est percevoir là où il va être plus facile de jouer, en respectant les deux grands principes du jeu : avancer et mettre en place le soutien utile pour continuer à avancer.

 

Avancer et soutenir : la base.

Si un joueur prend une décision en termes de jeu, et qu’elle est valable, encore faut-il que les autres aient compris sa démarche pour mieux l’aider. Le rugby s’apprend dans l’avancée et dans la capacité à soutenir le porteur du ballon. Et à continuer à avancer. D’où la nécessité de jouer debout et de ne pas s’affaler stupidement sur le premier défenseur venu.

 

Albert Cigagna, ancien capitaine du Stade toulousain, raconte qu’il était possible de parler de rugby des heures entières avec Robert Bru, surnommé le père de la méthode toulousaine, mais qu’avec vous, les entraînements n’étaient jamais les mêmes.

Jean-Claude Skréla et moi-même avons amené Robert Bru à une connaissance terrain du haut niveau qu’il n’avait pas totalement. Je dis ça sans chercher à lui être désagréable ; j’ai tellement appris à son contact. Je sais ce que je lui dois ainsi qu’à Deleplace. J’ai apporté de la variété dans les entraînements aux travers desquels j’éduquais les joueurs. Ils ne se sont pas ennuyés.

 

Albert Cigagna, de nouveau, explique que vous lui avez appris à sortir du bordel.

L’idée était de partir d’une phase de jeu brouillonne pour vite trouver une solution afin de s’en échapper. J’ai beaucoup travaillé sur ces notions d’ordre et désordre. C’est le principe de cette méthodologie. Construire des joueurs se complaisant dans le désordre et y remettant de l’ordre. Et non pas fabriquer des rugbymen s’appuyant sur un système stéréotypé, en espérant que ça aboutira à autre chose. Il y a deux façons de concevoir le jeu : s’appuyer sur les mêlées et les touches ou partir du mouvement en général et du déplacement du ballon pour aller vers les phases statiques. Cette dernière idée m’intéressait plus que l’autre.

 

Il a quand même fallu passer du temps sur les phases statiques.

À Toulouse, je ne m’étais pas engagé à faire faire des progrès en mêlée ou en touche aux avants. Jean-Claude Skréla s’en occupait, les joueurs aussi, comme pour les combinaisons. Par contre sur la gestion du mouvement et du désordre, j’étais là.

 

En 1989, vous vous étiez rendu auprès de l’équipe d’Angleterre lors d’un stage au Portugal, ce qui avait fait couler beaucoup d’encre et de salive. Des images montraient des joueurs anglais figés ne sachant plus quoi faire du ballon que vous leur lanciez.

Ils étaient paumés. Dans leur système, les entraîneurs anglais disaient à leurs joueurs ce qu’ils devaient faire, et eux, sur le terrain, répétaient la leçon. Moi, au contraire, je les avais mis en situation de faire, les laissant libres de réussir ou de se tromper. C’était la grande différence.

 

Et les Anglais, dans la foulée, ont gagné le Tournoi. Y étiez-vous pour quelque chose ?

Pour rien du tout.

 

Ont-ils appliqué quelques-uns de vos principes durant la compétition ?

Je ne crois pas. Au moment du départ, un des joueurs m’a dit : « Demain, tu devrais te cacher derrière un arbre. Tu verras, nous ne ferons rien de ce que tu nous as appris.» (éclat de rire) En revanche, leur directeur technique national avait très bien compris cette méthodologie. Il m’a fait venir en Angleterre pendant trois semaines. Il m’a baladé d’une région à une autre où il réunissait tous les entraîneurs. J’ai parlé de ma façon de penser le rugby.

 

Vous n’avez donc jamais proposé un rugby clé en main.

Non, le rugby clé en main, je ne sais pas faire. La clé en main c’est dire : « Moi je sais, toi tu ne sais pas, et je vais te dire comme faire pour être efficace. » Ce n’est pas mon truc. Fais d’abord. À partir de ce que tu vas développer, j’essaierai de créer des situations pour t’aider à mieux comprendre le jeu, en apportant aussi la technicité utile.

 

On observe que les journalistes, tous médias confondus, mettent plus de technique, d’analyse, dans leurs commentaires. Ce qui plaît aux lecteurs aux téléspectateurs. Et aussi à Pierre Villepreux ?

Le milieu médiatique parle bien mieux du rugby aujourd’hui qu’avant. On ne raconte plus les matchs de la même façon. Des statistiques, des images représentatives, des palettes, permettent de mieux comprendre le pourquoi des choses.

 

À propos des statistiques qui agrémentent les commentaires télévisés vous avez un avis particulier sur le nombre des plaquages.

Celles sur les plaquages sont un peu fausses. On peut demander à un joueur de réussir vingt plaquages par match, encore faut-il qu’ils soient réalisés au bon moment et au bon endroit. Il faudra savoir ne pas plaquer quand le coéquipier à l’intérieur sera le mieux placé. Il y a de l’intelligence situationnelle et du qualitatif là-dedans. C’est ce qu’il y a à côté du joueur qui fait la complexité du jeu. Quand faut-il se jeter ? Quand ne faut-il pas ? C’est là où les génies du jeu se retrouvent dans toutes les situations parce qu’ils captent mieux et plus vite que les autres.

 

Pour vous, ce sont…

Dans les diverses générations : Gareth Edwards, Phil Bennett, Jo Maso, Philippe Sella, Serge Blanco, lui priorisait ses qualités physiques, Didier Codorniou, Denis Charvet et d’autres. Je ne parle pas d’étoiles mais des joueurs capables de jouer juste, de réagir avec pertinence en toutes circonstances. Aujourd’hui, Ntamack, Carbonel et Jalibert sont trois génies du jeu.

 

Ils sont bons et beaux ces jeunes.

Et comment. Dans cette génération, ils ne sont pas les seuls.

 

Philippe Rougé-Thomas se souvient que vous ne gueuliez jamais à la mi-temps quand l’équipe était malmenée.

Je répétais qu’il avait toujours une solution par le jeu. C’était la force du Stade toulousain, sa culture et son ADN. Il perdure encore. En 1989, notre méthode d’entraînement, développée à tous les étages du club, avait permis de faire éclore des joueurs comme Hugues Miorin, Michel Marfaing, David Berty et Jérôme Cazalbou. Ils avaient intégré l’équipe première très naturellement.

 

Ce club travaillait dans une forme de verticalité, on aurait aimé que l’équipe de France en fasse autant.

Pour arriver à cela en équipe de France, un travail prospectif se serait imposé. Ensuite les joueurs ont reçu la même formation en club. Ce n’est pas évident et ça n’a pas à voir avec le temps de mise à disposition des internationaux. La France avait un certain ADN qui s’est peu à peu dilué dans d’autres.

 

L’arrivée d’entraîneurs et de joueurs étrangers a-t-elle accéléré ce processus ?

Cela fait partie des effets pervers du professionnalisme et de la mondialisation.

 

Il est plus que dommage de ne pas avoir anticipé cela.

Peu de gens se sont posé la question de la préservation de nos forces vives. Le rugby a été pris dans l’évolution de la société, dans sa marchandisation, ce qui a permis, il faut le reconnaître, de toucher un nouveau public. On est passé très vite aussi au résultat pour le résultat, en pensant que cela serait porteur de fric.

 

Joueur, en vous intercalant très souvent, en butant sans frapper avec la pointe, vous avez transgressé les règles et les usages. Idem quand vous êtes parti entraîner les Anglais à un moment où vos rapports avec Jacques Fouroux étaient tendus. Vous n’avez pas choisi la facilité.

J’ai connu des remises en cause permanentes. Ma vie ne fut pas de tout repos. Évoluer, c’est créer. C’est vivre autrement, dans des lieux différents, en cherchant la difficulté pour toujours mieux la maîtriser, quels que soit la culture et les joueurs. En conservant une certaine idée du jeu : ça c’est essentiel. Tout comme ne jamais céder sur ses principes, au premier échec ni aux suivants. Il y a des défaites nécessaires.

 

À lendemain de votre arrivée dans le camp d’entraînement anglais, Christian Montaignac, dans le journal L’équipe, avait titré « Vil et preux à la fois », un papier en votre faveur. Qui avait-il de vil dans votre démarche ?

Pire qu’une transgression, une véritable trahison. J’étais parti donner aux ennemis les plans pour battre la France. Mais non, je m’étais rendu là avec un seul but, celui de permettre aux entraîneurs anglais de s’approprier la méthode du Stade toulousain. C’est tout.

 

Et preux ?

D’avoir été le premier, j’avais osé. Aussi, j’ai toujours eu cette image de mec entreprenant dans le jeu et en dehors. Je n’ai pas osé qu’une fois. Ça me plaisait. Le rugby n’appartient à personne, s’il y a des choses à apprendre, il faut aller les chercher et les transmettre.

 

Les entraîneurs, vous parmi les premiers, sont devenus des stars.

Oui, et même trop. Quand une équipe gagne, il y a un retentissement du résultat à celui qui met en place la méthode gagnante. Donc l’entraîneur.

 

Dans les années 80, Toulouse disposait de joueurs de talents mais pas des personnages trop médiatisés. C’est vous, Jean-Claude Skréla et vous, qui preniez la lumière.

Notre méthode d’entraînement était aussi novatrice. Elle a intéressé les médias et le monde du rugby. Les Anglais sont venus nous voir. Je n’aurais pas été invité à droite et à gauche si je n’avais pas gagné au Stade toulousain.

 

Toujours dans cette période, mis à part Serge Gabernet, il n’y avait pas d’international. Et le Stade toulousain s’était permis de ne pas retenir Jean-Pierre Rives.

Cette politique du jeu était portée par les dirigeants, tels Jean Fabre et Max Guibert, qui nous laissaient une paix royale, afin de recruter des joueurs et garder l’esprit du jeu même dans les moments difficiles. Quant à Jean-Pierre Rives, l’épisode de son départ m’a marqué. Il avait toute sa place au Stade toulousain. Il lui fallait s’entraîner une fois par semaine, le vendredi soir, les joueurs le voulaient. On s’est fâché et largement réconcilié. Cette rupture m’avait énormément affecté. J’avais trop d’affinité avec Jean-Pierre. J’étais allé le chercher à Beaumont. Nous étions très amis, nous le sommes redevenus.

 

Vous êtes entré en équipe de France comme adjoint de Jean-Claude Skréla en 1996. N’auriez-vous pas préféré y arriver plus tôt, et en position de leader.

Si Jean Fabre avait été élu président de la FFR en 1991, je serais devenu sélectionneur. Je regrette qu’il n’en ait pas été ainsi. Même si ce n’est pas très modeste, et je l’avoue, je me sentais à ce moment-là au top de mes compétences. En 1996, par raccroc, j’ai été nommé adjoint de Jean-Claude Skréla. Il m’a donné les moyens de travailler dans de bonnes conditions.

 

En 1999, la France joue une finale de Coupe du monde un peu contre toute attente. Marc Lièvremont, joueur à l’époque, dit que vous n’aviez pas programmé l’équipe à être championne du monde. Ceci expliquerait cette défaite en finale.

Il a raison. Programmer un résultat, c’est se donner des contraintes énormes. Quand j’étais entraîneur à Toulouse, je disais que nous pouvions être champions de France à condition de rivaliser avec les meilleurs. Ma grande déception, et peut-être Jean-Claude et moi n’avons-nous pas été à la hauteur, fut de ne pas remporter un troisième grand chelem consécutif en 1999. Il y a d’autres aléas comme la blessure de Philippe Carbonneau juste avant la Coupe du monde.

 

Marc Lièvremont, en charge de l’équipe de France de 2007 à 2011, regrette que d’un sélectionneur à un autre, il n’y ait aucune transmission.

Oui, c’est vrai, mais qui à part les dirigeants peut imposer cela ?

 

Le directeur technique national peut s’impliquer aussi.

À condition de lui donner les moyens de le faire. Quand Bernard Lapasset a nommé Bernard Laporte, en 1999, le président ne m’a pas demandé mon avis, j’étais pourtant DTN, mais à la FFR, sa fonction est trop limitée. Ce n’est pas par hasard si j’ai quitté mon poste au bout de quatre ans.

 

À son arrivée, chaque sélectionneur donne l’impression de dire à son prédécesseur : « Pousse-toi de là, je vais te montrer ce que je sais faire. »

C’est ça. Pour réussir, il n’y a rien de mieux qu’une communion solide entre le président, les dirigeant, le DTN, les entraîneurs des autres équipes.

 

Mais là vous nous racontez ce qu’a été le Stade toulousain au début de votre carrière d’entraîneur, pas le modèle de l’équipe de France.

Exactement. À Toulouse, nous étions dans la transmission. En devenant entraîneur de l’équipe de France, il faut convaincre l’ensemble du rugby français pour que tous les hommes se mettent à la disposition les uns des autres. C’est utopique.

 

Le système des clubs ne serait pas le bon ?

Il y a toujours ce clivage entre les intérêts de l’équipe de France et ceux des clubs.

 

Dans « Intercalé », autobiographie préfacée par Christian Montaignac, ce dernier raconte que vous attaquiez comme un fantôme.

C’est ce que les Anglais disaient. J’étais un arrière que se faisait oublier et qui entrait dans la ligne sans qu’on s’y attende, comme un fantôme. Avec Jo Maso, Jean Trillo, Jean-Louis Bérot et les autres, nous avons créé cette forme de jeu ou l’arrière était toujours disponible. J’en ai profité.

 

Il n’y avait pas d’entraîneur en équipe de France et le jeu appartenait à qui ?

Aux joueurs. J’avais 25 ans et les entraînements, c’est nous qui les menions, personne d’autre.

 

Dans les années 60, que vous demandait-on ?

D’avoir les meilleurs résultats possible. Si tu ne gagnais pas, personne n’en faisait toute une histoire.

 

Le jeu végète aujourd’hui ?

Non, pas trop. Il a même évolué.

 

Mais ça tape très fort.

Oui, et si tu mobilises les joueurs sur le fait d’utiliser leur potentiel afin d’avancer et soutenir, et non pas de chercher, grâce à leur physique, l’unique possibilité d’affronter l’autre, il y aura évolution.

 

Et changer les règles ?

J’ai travaillé à la commission des règles à l’ancienne IRB Je me suis rendu compte qu’il était difficile d’édicter une nouvelle règle car on n’en maîtrise pas les effets pervers. Celle des libérations des balles au sol sur les rucks génère un nombre trop important de pénalités.

 

Qui font avancer le score de manière bizarre.

C’est ça. J’étais pour donner la possibilité à un joueur qui veut jouer vite une touche, de le faire au pied, seulement en direction de son camp. On aurait créé du désordre, ça n’a pas été retenu.

 

Il n’y a plus cinquante touches et cinquante mêlées par match comme lorsque vous avez fait vos premiers pas en équipe première à Brive. Cela doit vous ravir.

C’est mieux, mais à la place, il y a beaucoup de rucks. Aujourd’hui, il faut se poser la question de savoir si l’on peut en limiter son nombre en prônant un état d’esprit différent, mais l’état d’esprit n’est pas en relation avec la règle. La force des Blacks, quand ils jouent bien, c’est leur capacité à libérer la balle rapidement des rucks. Une libération facile et rapide du ballon, ce n’est pas un ruck, c’est une passe. Elle crée une ligne de hors-jeu, l’adversaire recule, l’attaquant en profite et peut marquer des essais. Il n’y a pas plus dramatique aujourd’hui que ces premiers temps de jeu à une passe.

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Propos recueillis par Jean-Luc GONZALEZ
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