Carte blanche à Bakary Meité : « Le joueur est mort, vive l’homme »

  • Le troisième ligne carcassonnais prend sa retraite à l'age de 37 ans.
    Le troisième ligne carcassonnais prend sa retraite à l'age de 37 ans. Icon Sport - Icon Sport
Publié le , mis à jour

Après quinze années à vadrouiller sur les terrains de rugby, d’abord amateurs puis professionnels, il a pris sa retraite ce vendredi. Il fait la bascule et nous emmène avec lui.

Qu’on se le dise tout de go, quand on arrête sa carrière, qui plus est sportive, on ne meurt pas. Ce n’est ni une grande, ni une petite mort. Ni même une moyenne mort. Dans le cas qui nous concerne ici, l’arrêt d’une carrière de rugby pour un joueur professionnel engendre même une renaissance. Et si j’ose prendre ce contre-pied assez lourdaud, c’est parce que l’arrêt de ce sport ô combien traumatisant entraîne littéralement la régénération de certaines articulations et autres parties du corps polytraumatisées.


Le genou nous dit « merci ». Le cou retrouve une certaine liberté, les pouces se lèvent comme un seul homme et c’est tout le corps qui retrouve peu à peu ses fonctions premières. Car, on ne nous l’a peut-être pas dit, mais une épaule préférera nettement qu’on lui administre un chandail noué autour du cou que de passer quinze ans à plaquer tout ce qui bouge.
Remiser les crampons provoquera effectivement un énorme chamboulement. Néanmoins, cet arrêt se prépare en amont. Et si le rugby occupe une place centrale dans nos vies, notre plus grand tort aura été de ne pas s’apprêter à le sortir de son piédestal. C’est vrai, voyez comme en toute chose, préalablement on aménage, on combine, on mijote, on élabore pour avoir le résultat souhaité. Mais dès lors qu’il s’agit de projeter une fin, le déni frappe à la porte, s’installe dans le canapé et met les pieds sur la table.


De là, une pente irrémédiable nous amène tranquillement vers le vide. Pas le vide sanitaire ni le vide juridique. Le vide. Celui qui fait peur à l’Histoire avec un grand H. Il y a bien quelques vernis, quelques subterfuges qui nous font croire que tout ira bien. L’argent est de ceux-là. Une bonne épargne, de bons placements et l’on s’imagine rentier… sauf que parfois, on a vite fait de déchanter. Car le temps, lui, est long. Aussi long qu’à la 75e minute, quand votre équipe mène d’un petit point. Chaque rugbyman vous le dira : ces 5 dernières minutes jusqu’à la sirène ne durent jamais 5 minutes mais bien le double.
Voilà un paradoxe tout trouvé avec la vitesse à laquelle s’écoule une carrière. Vous aviez 22 ans. Six plaquages et deux essais plus tard, vous en avez 30. Quatre pénalités et trois mêlées de plus, vous voilà à 35 ans, essayant difficilement de vous rappeler les essais marqués il y a 13 ans de ça.


Rien ne meurt, quand on dit stop. Au contraire ! Les souvenirs jaillissent de toutes parts, dans un désordre incontrôlable. Les opportunités se bousculent, pour peu qu’on puisse lever le nez pour les voir.
Bref vous l’aurez compris, je suis dans le camp des optimistes. Alors, oui, les hommes vous manqueront, la sacro-sainte aventure humaine un peu surfaite aussi. Les habitudes sont prégnantes. Mais doit-on s’apitoyer sur son sort et parler de mort quand, pendant plus de 15 ans, on a fait un métier qui nous procurait un plaisir monstre et nous permettait de « put the food on the table »* ? Je ne crois pas.
Pour finir, je ne pourrais faire l’économie d’une pensée pour ceux qui ont eux tragiquement perdu la vie sur le terrain. Nicolas Chauvin avait la vie devant lui. Au moment d’en terminer, je pense à lui. Je pense aussi à Louis Fajfrowksi. À l’époque, j’avais écrit ces quelques lignes en sa mémoire.

Salut Louis,
On ne se connaît pas
Pas personnellement
Ce que je ne savais pas
C’est qu’on partageait tellement
Au-delà du sport qui nous unit.
Le rugby.
J’ai cru comprendre
Qu’on avait en commun
Une certaine ascendance
Des parents ivoiriens
Un pour toi en l’occurrence
Je viens de l’apprendre

Nos amis communs
M’ont loué
Tes qualités
Pour chacun
Bon, doué
Plein de vitalité.

C’est en naviguant
Voulant faire fi
C’est en partageant
Avec tes amis.
C’est en pratiquant
Que tu es parti

Je pleure aujourd’hui
Ton absence
Le paradoxe garanti
Nous n’avions pas fait connaissance.

Le destin nous malmène parfois
En son sein il nous ramène par sa voix
Ce dessein qui nous mène jusqu’à la foi
Ce Spectre que l’on veut tous éviter
Être maître de la vie on la veut tous illimitée.

Je me joins à tous
Des proches aux anonymes
Pour soutenir ta famille dans cette affliction
Que chacun, tous
Accroche au-dessus des cimes
Une étoile Louis qui brille dans la constellation.
Salut Louis…

* remplir l’assiette

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