Agen ou la peur du vide

  • Vincent Farré et Paul Abadie, deux emblématiques du SUA, veulent décrocher enfin un succès en Top 14. Il leur reste trois matchs... Photos Icon Sport
    Vincent Farré et Paul Abadie, deux emblématiques du SUA, veulent décrocher enfin un succès en Top 14. Il leur reste trois matchs... Photos Icon Sport
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Alors qu’il ne leur reste que trois matchs à disputer et que leur calendrier s’annonce dantesque, les Agenais peuvent terminer la saison sans la moindre victoire. Comment le vivent-ils ?

Ce week-end, le SU Agen disputera son vingt-quatrième match de Top 14. Est-il encore nécessaire de dire qu’il n’a pas encore remporté la moindre victoire ? Non, merci. On a compris. Seulement, on n’a pas besoin d’avoir l’empathie de l’abbé Pierre pour s’imaginer à quel point les lundis matin doivent être douloureux au SUA. Et ceci, depuis des mois. Paul Abadie, le demi de mêlée emblématique du club témoigne : "C’est vraiment délicat. Prendre cinquante points à la maison tous les week-ends alors que l’on est compétiteur, c’est vraiment délicat. On a du mal à trouver des motifs de motivation tous les lundis mais, hormis le match de Pau qui fut un naufrage collectif, on parvient à tenir les équipes que l’on affronte au moins en début de partie. Cela montre que l’on ne baisse pas les bras." Seulement voilà, il est certaines défaites qui font plus mal que d’autres. Abadie a évoqué la claque paloise reçue au début du mois de mai, à Armandie (7-47) : "C’était inacceptable. Au vu des dernières confrontations qui nous restaient sur la fin de la saison, c’était l’occasion de faire un résultat. Mais tous les joueurs se sont mentis et ce que l’on a produit sur le terrain, c’était catastrophique. On peut concevoir de perdre des matchs, ça fait un an qu’on vit ça. Mais on ne peut pas concevoir de baisser les bras comme ça, qui plus est sur un match que l’on avait ciblé." Difficile de se regarder dans les yeux après une telle déroute : "C’est dur mais c’est ce que l’on vit depuis un an. Le groupe n’a pas explosé, il a su rester plus ou moins soudé. Quand t’en prends cinquante le week-end, c’est déjà dur de se regarder soi-même. Alors regarder les autres aussi, c’est dur", poursuit Abadie.

Le demi de mêlée l’a dit : la venue à Armandie de la Section paloise était (presque, car on ne sait jamais en rugby) la dernière occasion de décrocher cette foutue première victoire. Car derrière, les Suavistes vont recevoir consécutivement l’UBB, le Racing, et se déplacer à Lyon qui court toujours après sa qualification pour le compte de la dernière journée. Ne cherchez pas plus loin : avec un calendrier aussi diabolique, les Agenais peuvent terminer la saison avec un zéro pointé.

Farré : "La peur de ne pas gagner un match est là"

Et la peur du vide, le groupe du SUA la ressens déjà : "Bien sûr que l’on a peur de faire zéro, lance Abadie. C’est pour cela qu’on avait ciblé la venue de Pau. J’ose espérer que sur les trois derniers matchs on saura ramener quelque chose même si on sait que ce sera délicat. Mais par simple respect pour le club et les supporters, on se doit de montrer un état d’esprit irréprochable."

Même écho du côté du troisième ligne Vincent Farré : "La peur de ne pas gagner un match, elle est là. Bien sûr. Et au vu du calendrier ça risque d’être compliqué. Voilà pourquoi le staff préfère faire jouer les jeunes et construire pour l’an prochain. Eux, ils sont moins dans l’optique de gagner un match à tout prix. Le mal est déjà fait, cela ne sert à rien d’être obstiné par une victoire, il faut continuer à bâtir pour l’an prochain." Vincent Farré a été le témoin impuissant de cette descente aux enfers : "J’ai été blessé pendant quatre mois et demi. J’ai repris à La Rochelle où nous avons subi une grosse déconvenue, 59 à 0, mais je tire mon chapeau aux mecs parce que ce devait être super dur de revenir à l’entraînement tous les lundis. Tout le monde est resté investi à 100 % et je leur tire mon chapeau."

Les Agenais sont donc déchirés entre deux sentiments : la résignation et la volonté de bien finir. Dans quelques semaines, Paul Abadie fera ses valises pour rejoindre Brive avec certainement un pincement au cœur : "Je suis embêté à l’idée de laisser le club dans cette situation. Cela fait 20 ans que j’y joue, c’est mon club de cœur. Avec tout ce qu’on a vécu les saisons précédentes, comme les maintiens, les remontées en Top 14… c’est dur de finir sans gagner un match pendant un an. À titre personnel, je resterai investi jusqu’au bout et je donnerai tout jusqu’à mon départ, comme je l’ai toujours fait."

Tout donner, peu importe le résultat. Tel est le leitmotiv des Agenais : "Il faut tout donner pour le maillot, qu’il nous reste l’honneur de se regarder dans la glace. Après, ramener point de bonus ou pas, on s’en fout. Le mal est fait. En revanche, on doit se battre jusqu’au bout. À Toulon il y a deux semaines, les mecs ont fait un gros match dans l’engagement et les supporters l’ont reconnu, ils étaient plutôt contents. Notre salut passera par là : tout donner jusqu’à la fin et construire pour l’année prochaine."

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