Kaino, au nom de sa légende

  • Face au Stade rochelais, Jerome Kaino a une dernière occasion d’être sacré champion d’Europe et ainsi compléter une armoire de trophées déjà impressionnante. Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany
    Face au Stade rochelais, Jerome Kaino a une dernière occasion d’être sacré champion d’Europe et ainsi compléter une armoire de trophées déjà impressionnante. Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany
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Samedi, Jerome Kaino disputera le dernier match européen de son immense carrière de joueur. Un mois avant de raccrocher les crampons, ce sera l’ultime opportunité pour lui d’ajouter une Champions Cup à un CV déjà long comme le bras. Un défi à la hauteur du monument qu’il est.

À Ernest-Wallon, il suffit de prononcer le nom de Jerome Kaino pour voir les visages s’éclairer chez ses entraîneurs et partenaires. "C’est une légende vivante du rugby mondial, un monument", place Romain Ntamack. Refrain repris cette semaine par une autre légende de ce sport, le Springbok Bryan Habana, pour l’EPCR : "Peu de sportifs égaleront sa carrière d’athlète professionnel. Grâce à son humilité, à sa faculté à ne jamais reculer, ne jamais abandonner le moindre mètre sur le terrain, ses coéquipiers et adversaires le respectent. Quand vous voyez l’héritage qu’il laissera…" Chacun en est conscient à Toulouse, alors qu’il raccrochera les crampons dans un mois, avant de basculer dans le staff. "Ce sera un nouveau défi. Il va changer ma vie mais j’aurai le temps d’y penser, dit-il. Je me concentre sur mes ultimes objectifs de joueur." Qui sont immenses. "Samedi, ce sera une dernière danse pour lui et il doit la vivre pleinement", explique son manager Ugo Mola. Son ultime chance de garnir d’une Champions Cup un CV déjà long comme le bras. "Je ne pense pas à moi, au fait que ce soit ma dernière opportunité, rétorque l’intéressé. Je suis très excité, mais comme tous mes coéquipiers. C’est un rêve pour le groupe depuis longtemps." Un groupe qu’il aura, par sa rigueur et son exemplarité, tant participé à transformer depuis 2018.

Encore aujourd’hui, avant d’aborder un tel rendez-vous, son rôle est capital. "Il est important par sa présence, juge Mola. Par peu de mots, il exprime beaucoup de choses. Certaines ne se mesurent pas : sa prestance, son aura, son charisme. Il dégage une force et une énergie incroyables. Quand il est là, on se sent rassurés." Kaino flatté : "C’est génial d’entendre ça, mais je ressens la même chose avec ces jeunes et talentueux joueurs. Ils me donnent tellement d’enthousiasme." Pourtant, c’est lui le guide. "Tout le monde le suit et applique le peu qu’il dit", témoigne Ntamack. Kaino représente l’excellence. "Il n’y a pas de hasard, note Mola. Il est deux fois champion du monde, a été l’un des premiers All Blacks à avoir des passe-droits pour partir jouer à droite et à gauche, puis remettre le maillot qui lui était dédié dès qu’il était rappelé. Il arrive ici, on est champions de France dans la foulée. Certains ont des destins particuliers… En termes de karma, il est tombé dedans. Mais il le provoque." Et le cultive au quotidien. "Cela m’a marqué lors de sa première saison ici, poursuit le technicien. Il avait 35 ans et on parlait de son état physique. Il le gérait déjà pas mal et on l’accompagnait sur l’aspect médical. Il me disait "à telle date, je serai à tel poids, telle vitesse et tel machin"… Je prenais les datas, c’était ça à la virgule près. Il se connaît, connaît le haut niveau. C’est un bonheur pour moi. Les meilleurs entraîneurs sont ceux qui ont des entraîneurs sur le terrain. On a Kaino, Faumuina, Dupont qui vivent le rugby. Ils en mangent, en dorment, en parlent."

"Victor et moi étions chanceux"

Samedi, Kaino croisera la route de Victor Vito, autre champion du monde 2011 et 2015 qui a longtemps évolué dans son ombre chez les Blacks. "Kaino a davantage porté ce maillot mais Vito a des qualités différentes, selon Mola. Il est exceptionnel dans sa faculté à faire jouer les autres, dans un rugby plus porté sur l’attaque que Jerome." Parole à Kaino : "On se connaît très bien. L’affronter est un défi, comme toute la troisième ligne rochelaise." Mais, quand on lui dit que Vito était son principal concurrent, il corrige : "Je crois plutôt qu’il y avait six ou sept joueurs à prétendre à une place en troisième ligne. Victor et moi étions chanceux d’être dans le groupe. Moi de commencer régulièrement, Victor d’être souvent sur le banc. On avait chacun notre rôle. Il faut mesurer ce privilège, quand on est concurrencé par Liam Messam, Adam Thomson, Vaea Fifita et bien d’autres." Sur leur opposition, Mola avance : "On avait vécu la même chose avec Fritz Lee, il y a deux ans." En finale du Top 14, face à Clermont. Les deux étaient d’ailleurs capitaines et, en vrai patron, Kaino avait pris le dessus. À Twickenham, il tâchera d’écrire encore une page glorieuse d’un roman inouï. "Ce sera son dernier match européen, un de ses derniers avec nous, conclut Ntamack. Il faut profiter de ces moments. On a l’impression, depuis trois ans, que c’est presque banal de jouer avec Jerome Kaino. Mais on se rendra vraiment compte de notre chance quand il arrêtera." À savoir s’il sera alors champion d’Europe.

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