L'édito : Auch, champion d’Europe

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    L'édito : Auch, champion d’Europe SUSA / Icon Sport - SUSA / Icon Sport
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L'édito de Léo Faure... Vous avez bien lu. Auch, en son temps, fut champion d’Europe. De quelle Europe ? La troisième division. Le Bouclier européen, compétition où se trouvaient déversées, à l’époque, les équipes éliminées du Challenge européen dès le premier tour. Notez, au passage, que ce ruissellement aurait concerné en 2021 bon nombre de clubs du Top 14, qui se désintéressent ouvertement de la Challenge Cup et font tout pour s’y saborder.

Auch, donc, fut champion d’Europe. Et d’une vraie Europe, pour ce qui est de la géographie : Bucarest, Madrid, Catane, Leeds, Lisbonne, Coimbra, Parme et Valladolid. Sacré programme, où l’exhalaison du tourisme latino-méditerranéen l’emporte aisément sur l’exaltation au rugby. Mais qu’importe.

Auch fut champion d’Europe. C’était en 2005. Il y avait là Menkarska qui partirait sitôt à Toulouse, Jean-Baptiste Dambielle futur Clermontois, Guillaume Bortolaso bientôt à Perpignan. Il y avait aussi Grégory Patat et Mickaël Lebel, associés en troisième ligne. Le second était capitaine et homme de la finale, remportée sans mal face à Worcester (23-10). Deux noms qui nous ramènent à l’actualité.

Patat et Lebel, son fils, seront cette fois opposés. La Rochelle et Toulouse s’affrontent en finale de Champions Cup, samedi à Twickenham. Ce qui nous assure déjà de plusieurs faits : le nouveau champion d’Europe sera français, après six années de disette ; la finale sera brutale ou ne sera pas, entre les deux plus gros paquets d’avants du vieux continent ; l’étoile qui viendra se broder au maillot, au-dessus du logo, là où battent les cœurs, ouvrira une nouvelle ère. Au choix : celle d’un quatrième club français sur le toit de l’Europe, si La Rochelle venait à l’emporter ; celle du renouveau du Stade toulousain, onze ans après son dernier sacre et premier club à décrocher un cinquième titre.

Et Auch, dans tout ça ? Il sera à nouveau champion. Seize ans après cette année 2005, qui offrit un titre au club gersois en même temps qu’elle amorçait sa longue descente aux abîmes.

Du FCAG de l’époque, il ne reste rien. Le club a fondu les plombs, s’est renommé RCA, aujourd’hui en Fédérale 1 après être reparti de division Honneur. Auch, pourtant, est partout dans le rugby français. Et plus encore ce samedi en finale de Coupe d’Europe : Patat, Alldritt, Bourgarit et Aguillon côté rochelais ; Dupont côté toulousain, ainsi que Matthis Lebel, aux ascendances gersoises nourries par le voisin Lombez-Samatan.

Ce n’est pas là qu’une coïncidence, une occurrence territoriale due au seul fait du hasard. Il est des terroirs, des terreaux où se plaisent les plus belles graines pour s’épanouir en fleurs de roi. Ou l’on travaille la formation un peu mieux qu’ailleurs.

On pense donc au Gers, qui a tant donné au rugby français. On pense aussi à Bourgoin-Jallieu, qui lutte encore pour sa reconstruction en ramenant dans le circuit quelques anciens totems. Deux territoires historiques, identitaires et que les logiques mercantiles du rugby professionnel ont rayé de la carte des élites.

Bourgoin-Jallieu, comme Auch, n’ont plus voix au chapitre du rugby professionnel français. Pourtant, leur empreinte, celle de la formation, érupte un peu partout et nourrit les plus grands projets. Quel que soit le vainqueur, ce week-end, Auch sera aussi un peu champion d’Europe. C’est à peu près tout ce dont on est sûr.

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