La Rochelle, la bête blessée

  • À l’image du puissant Levani Botia, ici mis en difficulté par un plaquage de Romain Ntamack, les Rochelais ont manqué de maîtrise dans les instants décisifs.
    À l’image du puissant Levani Botia, ici mis en difficulté par un plaquage de Romain Ntamack, les Rochelais ont manqué de maîtrise dans les instants décisifs. Icon Sport - Icon Sport
Publié le , mis à jour

Les rochelais sont allés au bout d’eux mêmes pour compenser le carton rouge de levani botia mais ont payé cher leur manque de réalisme et de maîtrise. Récit des interminables instants qui ont suivi le coup de sifflet final, et qui seront peut-être l’acte fondateur d’un titre futur...

Les larmes intarissables de Grégory Alldritt, la mine sombre de Victor Vito ou le regard noir de Will Skelton aperçus dans les instants qui suivirent le coup de sifflet final en disaient long sur la déception des Rochelais. En l’espace de quelques minutes, le monstre de l’Atlantique n’était plus. La bête avait disparu. Subitement, elle avait retrouvé un visage humain, sensible, presque fragile. Comment rester insensible à leur peine ? Impossible, après un tel parcours : en demi-finale, les hommes du duo Gibbes-O’Gara avaient pulvérisé les Irlandais du Leinster qui étaient les maîtres incontestés de l’Europe il n’y a pas si longtemps que ça (vainqueurs en 2018, 2012, 2011 et 2009), au point de les faire passer pour des cadets. Impossible aussi après une telle prestation en finale, tant les Maritimes ont secoué les Toulousains : « J’ai rarement vu Toulouse être autant dominé devant », nous assure dans ces colonnes Jean-Baptiste Poux, pilier sacré trois fois avec le Stade toulousain et aujourd’hui entraîneur de la mêlée de l’UBB.

Certes, c’était un pack toulousain forcément diminué (absences de Julien Marchand, Dorian Aldegheri, Alban Placines, Antoine Miquel et sortie de son meilleur deuxième ligne, Richie Arnold) après seulement neuf minutes de jeu. Mais bon sang, les Rochelais aussi ont connu de ces foutus « faits de jeu » ! Faut-il rappeler qu’ils perdirent avant la demi-heure de jeu leur meilleur attaquant, leur facteur X, leur tank, Levani Botia ? Après la rencontre, Jono Gibbes ne niait pas l’évidence : « La décision est incontestable. C’est comme ça. » Le technicien préférait souligner la solidarité du groupe à l’endroit de sa star mélanésienne : « Vous vous doutez de l’état dans lequel il se trouve, dans le vestiaire. Mais on a vu le respect que tout le monde a pour lui. C’est un vrai guerrier, Et je pense que les 22 autres joueurs de l’équipe ont tout donné pour lui et nous ont donné la chance de gagner ce match. Et ça, c’est parce qu’ils ont une grosse estime pour « Lev’s ». C’est difficile de prendre un carton rouge en finale. La réaction des joueurs a prouvé l’amour qu’ils ont pour lui, et la solidarité qui anime ce groupe. »
 

Les médailles maudites

De la solidarité, il en faudra pour se relever de cet échec. La cérémonie de remise des médailles (qui n’en était pas une puisqu’en raison des restrictions sanitaires, les joueurs prenaient eux-mêmes leurs médailles disposées sur un plateau) fut une vraie torture : un à un, on a vu les Rochelais défiler pour venir prendre leur médaille d’argent. Une récompense faite d’un métal maudit, qu’aucun joueur ne passera autour de son cou. Il s’en est même fallu de peu qu’Arthur Retière la balancerait par terre… En conférence de presse, Jonno Gibbes parlait même de résilience : « C’est difficile à digérer. Nous mettons un point d’honneur à faire preuve de résilience et c’est que nous allons faire. Nous sommes tellement déçus d’avoir perdu cette finale et de le faire avec quatorze hommes sur le terrain… Cette déception montre notre force, notre résilience, et celle-ci va être testée lundi matin, assurément. Lundi matin, il faudra la vidéo de cette finale perdue, l’accepter, être honnête avec soi-même et préparer ensuite notre match contre Pau, puis Clermont la semaine d’après. Ce sera ça, le vrai test de caractère. Les 48 prochaines heures vont être très difficiles pour les joueurs et leurs familles et aussi bien sûr pour les supporters. Mais mon message pour les supporters est le suivant : faites confiance au caractère de ce groupe. Aussi dur que ce sera, les joueurs vont venir travailler lundi, regarder la vidéo et, vont être honnêtes avec eux-mêmes, ils vont devoir retrouver de bonnes dispositions mentales pour pouvoir travailler dur et préparer le prochain match contre Pau, mais ils vont avoir besoin de chaque minute des prochaines 48 heures pour pouvoir faire ça. »
 

Les promesses d’Alldritt

Une fois ce (court) délai passé, il faudra s’y remettre. Une fois l’émotion passée, Greg Alldritt se projetait déjà sur cette perspective : « On se dit qu’on a fait beaucoup, on a dépensé beaucoup d’énergie pour arriver jusque-là et le but sera de transformer tout ça pour la fin de saison, pour que l’énergie mise dans la Coupe d’Europe ne soit pas perdue. Mais je suis fier du groupe, des 23, des 30 qui étaient ici. Fier des jeunes espoirs qui sont allés jouer à Brive et qui nous ont permis de se préparer pour ce match, fiers de notre club, de notre famille qui nous attend à La Rochelle, fier de tous nos supporters qui ne nous ont jamais lâchés. Je suis persuadé qu’ils ne nous lâcheront pas et nous, on ne baissera pas les bras, on continuera. Jusqu’au 26 juin, on ne baissera pas les bras, on gardera la tête haute. » Parole de Rochelais.

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