Loretta Denaro (compagne de Christophe Dominici) : « Je t'aime... Tu me manques... »

  • Loretta Denaro (compagne de Christophe Dominici) : « Je ne pensais pas que Christophe était si aimé... »
    Loretta Denaro (compagne de Christophe Dominici) : « Je ne pensais pas que Christophe était si aimé... »
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C’est chez elle, dans cette petite maison aux volets bleus de Boulogne-Billancourt, que Loretta Denaro, la compagne de Christophe Dominici, nous a reçu pour évoquer le souvenir de « Domi », disparu le 24 novembre dernier. Entre rire et larmes, passant souvent de la colère à la nostalgie, la belle italienne est revenue, avec ce timbre de voix n’étant pas sans rappeler celui de Monica Bellucci, sur les derniers moments de la vie de l’ancien ailier du XV de France. Et c’est en tout point bouleversant…

La disparition de Christophe Dominici, le père de vos enfants, remonte maintenant à six mois. La douleur a-t-elle cicatrisé ?

(elle soupire) Je n’arrive toujours pas à prononcer son prénom sans me mettre à pleurer. Christophe, il est dans toutes les choses que je fais, seule ou avec les petites (Mya et Kiara, N.D.L.R.). Il nous donne encore beaucoup de force. Et cette force qui nous accompagne, elle ne peut venir que de lui.

Par quelles émotions êtes-vous traversée ?

Il y a la douleur, la tristesse, la colère, le manque… Avec les filles, on apprend à jongler avec tout ça. Mais il n’y a pas une minute sans que je ne pense à lui.

De la colère, vous dites ?

Je lui en veux, parfois. Sans le vouloir, il fait traverser des épreuves à ses deux filles, à ses parents qui ont perdu deux enfants (Pascale Dominici, la sœur aînée de Christophe, est décédée dans un accident de voiture), à moi qui l’aimais tant…

Êtes-vous entourée ?

Bernard (Laporte) passe à la maison toutes les semaines. Il s’assure que nous ne manquons de rien, que l’on tient le coup… Il a été dévasté, lui aussi… Je pense aussi à Benjamin Bagate (l’ancien entraîneur d’Albi et Trélissac), qui a vécu tout l’épisode biterrois aux côtés de Christophe. Il est toujours là quand j’ai besoin de parler, de rire, de pleurer… Alain Elias (membre du Stade français) a également été très présent. Dans son ensemble, le monde du rugby a été merveilleux, vous savez.

À ce point ?

Oui. Il y a ceux qui le disent et il y a ceux qui nous aident, qui récupèrent les petites à l’école, qui appellent ou qui viennent dîner à la maison… Récemment, on a reçu Sylvain Marconnet et Pieter de Villiers. Les filles voulaient connaître toutes les bêtises qu’avaient faites leur père. Elles leur posaient mille questions : « Pourquoi vous aviez jeté papa tout nu dans un bar ? Qu’avait-il fait ? » Elles ont tellement besoin de rire.

Qui d’autre vous soutient, au quotidien ?

Il y a tous mes amis, à Paris, qui ne me rappellent que les bons moments. Je n’ai pas de famille, ici, vous savez…

Avez-vous été surprise par l’ampleur de l’hommage qui a été rendu à « Domi », après sa disparition ?

Oui. Je ne pensais pas qu’il était si aimé, si connu dans le monde entier… Pour tout vous dire, quand je l’ai rencontré, je ne savais même pas qui c’était. Ce jour-là (en 2007), il m’avait suivi dans le métro, à la Porte de Saint-Cloud. Il était venu me voir, tout timide, et m’avait demandé si on pouvait boire un café. Ça m’avait touchée ; sa maladresse m’avait fait rire.

Alors ?

Quelques semaines plus tard, alors que je me promenais du côté de Boulogne-Billancourt avec une amie, je remarque sur la tour de TF1 une énorme affiche présentant l’équipe de France de rugby. Là, je dis à ma copine : « C’est bizarre… Le mec au premier plan, il a la même tête que le garçon que je fréquente depuis deux mois… »

Il ne vous avait rien dit ?

Non. Il m’avait juste dit : « Je joue au rugby. » Mais je pensais qu’il faisait du rugby comme j’ai fait du judo quand j’étais gosse… […] Le rugby, je n’y connaissais rien, moi. Quand j’ai rencontré Christophe, j’étais juste une Italienne qui regarde parfois les grands prix de moto, les matchs du Calcio, des trucs comme ça…

C’est drôle…

Oui. Christophe, il était galant, romantique et un peu fou. Un jour, il a loué une Aston Martin à Monaco et m’a forcé à la conduire. Je n’avais même pas le permis, à l’époque… Je me suis dit : « Celui-là, il va me rendre dingue. »

Aviez-vous parfois peur pour lui, quand il était joueur ? On se souvient par exemple du jour où votre compatriote SalvatorePerugini, le pilier italien, l’avait laissé inanimé sur la pelouse du Stade de France…

Perugini, je suis allée le voir en 2007. Je l’ai engueulé et il m’a dit : « Pardon madame… Mais j’ai une force de brute… Je ne m’en rends jamais compte… » Ces bonhommes du rugby, plus ils sont gros, plus ils sont gentils.

Comment faites-vous, au quotidien, pour vous changer les idées ?

Je ne me change pas les idées… Je travaille, juste… Christophe avait créé tout un monde autour de son image. Il y a le vin (la maison Dominici), les sources d’eau, sa biographie rééditée (« Bleu à l’âme », aux éditions du Cherche Midi)… Dans la boîte, les employés sont solidaires… […] Tous les jours, je dois fouiller dans des documents sur lesquels je n’aurais pas eu forcément envie de tomber. Mais je me bats parce que je veux que le nom de Christophe continue de vivre.

Pensez-vous souvent au jour de sa disparition ?

Je pense à tous les jours ayant précédé sa mort. Il était trop… (elle marque une pause) Il était trop sur ce club de Béziers. Toute sa tête était là-dedans. Il ne pensait plus au vin, plus à rien. Il disait tout le temps : « Comment vais-je faire, Loretta ? À quel moment va-t-on pouvoir racheter ? Et t’en penses quoi, toi, de tout cette histoire ? » Il ne parlait que de ça.

On vous suit.

Quand il s’est rendu compte que le rachat ne se ferait pas (septembre 2020), il a sombré.

Où en sont les époux Ben Romdhane, les investisseurs que l’on avait alors appelés les « Emirati » ?

J’ai vu sur les réseaux sociaux qu’ils pensaient encore au club de Béziers… Les concernant, je ne tiens pas compte des rumeurs qui me sont récemment revenues aux oreilles.

Que vous a-t-on dit, au juste ?

On m’a dit que les milliardaires du pétrole vivaient dans un HLM du XIXe arrondissement, qu’ils vivaient des aides de l’État, que tout n’était qu’un mensonge. Je ne peux le croire. À quoi bon, de toute façon…

Christophe Dominici a-t-il douté, à un moment ou à un autre, des fonds emirati ?

Oui, il a douté. (elle marque une pause) Tout ça le tracassait. Il ne savait plus où était la vérité. Il me disait : « Loretta, c’est trop gros… Ce n’est pas possible… Je ne peux croire que tout soit faux. »

Avez-vous des nouvelles de Samir Ben Romdhane et Philippe Baillard, son bras droit ?

À la mort de Christophe, je n’ai plus jamais reçu d’appel de leur part. Je ne veux plus avoir de leurs nouvelles, de toute façon.

Aviez-vous tout suivi du feuilleton biterrois ?

Oh oui… À 2 heures du matin, Christophe me montrait des vidéos de joueurs qu’il voulait recruter. Il disait : « Regarde le ! C’est un vrai boucher ! » Il était comme un gamin devant des bonbons. Il avait envie de partager cette aventure. Béziers, c’était son nouveau bébé.

Comment était Christophe Dominici, les derniers jours de sa vie ?

Il était soucieux. En fait, il ne comprenait pas ce qui se passait avec Béziers. Il y avait des informations de tous les côtés. Des informations contradictoires. Il était perdu, en somme.

Que vous reste-t-il du jour de sa disparition ?

Depuis quelques temps, on avait pris l’habitude de se promener dans le quartier. Ca lui changeait les idées. On mangeait un sandwich dans le bois de Boulogne, on prenait le soleil sur l’île de Monsieur… Ce matin-là, Christophe était parti marcher seul, sans téléphone. Au bout d’une heure et demie, je suis partie à sa recherche. Il était 11 h 30, je crois.

Qu’avez-vous fait ?

J’ai marché, marché, marché… J’ai sillonné tous les endroits que nous avions l’habitude de parcourir… Je ne sais pas combien de temps ça a duré… Lorsque je suis arrivée au parc de Saint-Cloud, on m’a appris la terrible nouvelle. Je l’ai loupé de quelques minutes, en fait.

Vous souvenez-vous de ce qu’il s’est passé, ensuite ?

Non. J’ai eu comme un trou noir. Quand j’ai repris le téléphone, il était 16 heures. J’étais là depuis presque trois heures. Alors, je me suis demandé qui allait récupérer les filles à l’école et surtout, comment je leur annoncerais la nouvelle. (elle marque une pause) Au parc de Saint-Cloud, des gens l’ont vu ce jour-là et personne n’a eu le temps de réagir.

Surmonterez-vous ce drame, un jour ?

Je ne sais pas. Je pense aux petites, à ce qu’elles vivent. Christophe était un papa aimant, il était fou d’elles. La journée, elles vont à l’école, elles voient leurs copines. Le soir, quand tout s’arrête et qu’elles sont au lit, c’est plus compliqué. […] Je ne sais pas comment je vais gérer son anniversaire (le 20 mai), la fête des pères… Je ne serai pas à la hauteur, c’est sûr…

Pourquoi dîtes-vous ça ?

Christophe, c’était le roi de la sucrerie. C’est lui qui s’occupait toujours des gâteaux d’anniversaire. Je n’ai jamais su où il trouvait des trucs pareils… Des gâteaux trop bons, trop beaux, trop dingues…

Comment avez-vous appris la nouvelle à vos filles ?

Il n’y a pas de bonne façon de dire ces choses-là… Quand elles sont rentrées de l’école à 16 h 30, elles ont posé leur cartable et je leur ai parlé. Je ne voulais pas qu’elles l’apprennent d’une autre façon. Elles ont un téléphone, il y a internet, tout ça… Voilà… On s’est serré fort, très fort. Et on a pleuré.

D’accord…

Abasourdie par l’événement, je n’ai pas eu le temps de prévenir les parents de Christophe. Tout est allé trop vite, tout était déjà à la télé.

Réalise-t-on, finalement ?

Non. Il y avait tant de monde à la maison, les premiers jours. On nous amenait des fleurs, des chocolats. Les gens racontaient des anecdotes, le rire se mêlait aux larmes. Après l’enterrement, les gens ont repris le cours de leur vie et je le comprends. Mais nous étions un peu seules, à la maison.

Certains témoignages vous ont-ils plus touché que d’autres ?

Je n’ai pas ouvert toutes les lettres. Ça me ferait trop de mal. Récemment le Stade français m’a offert trois livres où sont couchés tous les petits mots dédiés à Christophe. C’est beau. Je l’ouvrirai, un jour. Il y eut aussi tous ces messages récoltés par l’association caritative « Imagine For Margo », dont Christophe était le parrain.

Avez-vous fait le deuil ?

Ça veut dire quoi, faire le deuil ? Ne plus y penser ? Ne plus pleurer ? Les gens me disent souvent que je vais refaire ma vie. Mais on ne refait pas sa vie. On continue, c’est tout. […] On ne tourne pas la page. C’est quoi cette phrase, d’ailleurs ? Christophe, je le vois tous les jours dans les yeux et les attitudes des petites. La page, je n’ai pas envie de la tourner.

On vous comprend…

Des fois, je me console en m’accrochant à des messages. La semaine dernière, nous sommes parties toutes les trois à Deauville. Il faisait un temps horrible. Au moment où elles ont terminé leurs devoirs, nous avons décidé d’aller nous promener sur la plage avec les parapluies. Quand nous sommes sortis de l’appartement, le soleil a chassé la pluie comme par magie. C’était son clin d’œil à lui, je crois… Voilà… Je me raccroche à ces choses-là…

Qu’est ce qui vous a fait sourire, récemment ?

L’autre jour, je regardais le salon et je pensais à ces soirs où les filles s’amusaient à attaquer leur papa. Elles avaient beau courir dans tous les sens et le plus vite possible, jamais elles ne le touchaient. Il bondissait ici et là, comme un chat… Vous savez, il avait des moments comme ça, où il pétait totalement les plombs… Qu’est-ce qu’on riait, ces soirs-là…

Pourquoi n’avez-vous jamais songé à la thèse du suicide ?

Si vous connaissez Christophe, vous ne pouvez pas penser ça. Il était trop plein de vie, avait mille projets et surtout, il aimait trop ses filles… Et puis, s’il s’était suicidé, il aurait écrit un mot… Il ne serait pas parti comme ça…

Pourquoi a-t-il chuté ?

Il a peut-être eu un blanc, un moment d’absence… Je ne sais pas…

Christophe Dominici avait-il souffert à la fin de sa carrière de joueur ?

Non. Mais il a souffert quand il s’est fait virer du Stade français avec tout le staff (d’Ewen McKenzie), en 2009. […] Christophe, il était récemment tombé amoureux du rugby à VII. Il y passait des heures. La beauté du jeu, c’est ce qui l’intéressait.

Aviez-vous fait des projets avant sa disparition ?

Oui. Il m’avait offert une jument et de son côté, il s’était payé un étalon. Des bébés, hein ! Il les entraînait à Ginai (Normandie) comme des sportifs de haut niveau. La performance, ça l’obsédait… Pour étudier le potentiel de ses deux poulains, il avait même fait venir là-bas Fred Aubert (ancien athlète et préparateur physique du Stade français) afin qu’il coache les bêtes : ensemble, ils leur avaient mesuré le cœur, leur avaient collé des GPS et le soir, ils débriefaient leurs performances : « Celui-là a récupéré en onze minutes et l’autre, en douze… » C’était dingue, quand j’y repense… Mais c’était tellement lui…

Que voulez-vous lui dire, aujourd’hui ?

Je t’aime… Tu me manques…

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