Villière : « Je veux grimper les marches les unes après les autres, sans griller la moindre étape »

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La fin de saison du RCT, sa prolongation jusqu'en 2024, son ascension fulgurante qui l'a vu passer en un an et demi de joueur de Fédérale 1 à international et indiscutable sur la rade ou encore son questionnement olympique, Gabin Villière (25 ans, 4 sélections) s'est longuement confié à Midi Olympique.

Gabin, comment allez-vous à deux matchs du terme de la saison ?

Je découvre une partie de la saison dont on m'a souvent vanté les mérites (sourire). C'est excitant, car c'est le moment qui va récompenser une année de travail. Depuis août, chaque match, chaque entraînement devait nous permettre d'être toujours en course fin mai/début juin... Désormais ces deux derniers matchs vont valider ou non notre saison entière. Il va donc falloir s'employer pour éviter de regarder les phases finales à la télé.

6e ex æquo à deux journées de la fin de saison, est-ce l'histoire de la pièce qui tombe du bon ou du mauvais côté ?

Très exactement, mais on ne peut s'en prendre qu'à nous-mêmes ! Nous aurions aimé aborder ces deux dernières rencontres dans la peau d'un qualifié, mais nous ne sommes pas parvenus à breaker. Nous pensions avoir tout fait pour se mettre à l'abri, mais nous avons finalement pris quelques claques dans la saison, entre les blessés, les internationaux, la Covid-19 ou encore les matchs reportés. Nous ne sommes donc pas parvenus à faire la différence sur le terrain, et il va falloir cravacher jusqu'au bout pour arracher notre ticket pour les phases finales.

Quatre équipes se tiennent en deux points : qu'est-ce que cela change d'être en tête de cette course à la dernière place qualificative ?

Malheureusement c'est le cas depuis des semaines, et cela ne nous a pas empêché de trébucher... Nous avions une certaine avance depuis plusieurs mois, qui devait nous permettre de mener la danse, et finalement nous avons laissé le Stade français, Castres et Lyon recoller... Il n'empêche que si la saison s'arrêtait aujourd'hui, nous serions dans les six. Alors même si les sorties à Montpellier et Clermont nous ont fait mal, nous avons encore la possibilité de ne dépendre que de nous. On n'a donc pas à regarder ce qu'il se passera sur les autres terrains du Top14. Avoir son destin entre les mains est précieux, à nous de ne pas tout gâcher.

La position de chassé n'est-elle pas plus précaire que celle de chasseur ?

Le sport de haut-niveau ne laisse aucune place à la deuxième chance. Il ne faut donc pas se prendre la tête à faire des calculs. Deux victoires nous offriraient quasiment notre place en phases finales. Voilà tout ce qu'il faut savoir pour éviter d'avoir des regrets. On se doit de tout laisser sur les terrains face à Bordeaux et Castres, d'autant que ce sont des "matchs à huit points" face à des concurrents directs. On a la chance d'avoir les cartes en main, nous devons cesser de nous plaindre, aller de l'avant et basculer dans des phases finales. Désormais, chaque défaite sera éliminatoire, et Bordeaux sera pour nous un 16e de finale.
Contre Bordeaux, il devrait y avoir un millier de spectateurs à Mayol. Qu'est-ce que cela change pour les joueurs ?
Ça va nous faire du bien de retrouver ce lien avec les supporters, de voir des gens en Rouge et Noir quand on lèvera la tête pendant la rencontre. Même si ce sera une jauge partielle, voir un peu moins de sièges vides donnera du sens à tout ce qu'on fait la semaine. D'autant que si samedi ils seront 1000, on sait que les semaines suivantes ils pourraient être encore plus nombreux... Plus nous irons loin, plus les tribunes seront pleines... Nous avons envie de partager cela avec nos supporters.

Pour revenir à vous, quel regard portez-vous sur votre ascension, qui vous a vu passer de joueur de Fédérale 1 à international "important" en moins de deux ans ?

C'est un parcours qui me représente parfaitement. Il est à l'image de la personne que j'ai toujours été : j'ai mis du temps à émerger et à grandir dans le rugby, contrairement à beaucoup de mecs. Énormément de joueurs, à Toulon comme ailleurs, ont eu un parcours d'excellence, sont sortis dès les classes jeunes pour découvrir le rugby pro à 18 ans. Non, moi j'ai mis beaucoup de temps, et j'ai commencé à vraiment être performant et à rivaliser vers 23-24 ans. Ce parcours est semé d'embûches, mais il me correspond et atteste d'un certain caractère.

Poursuivez...

J'ai dû franchir pas mal d'épreuves pour en arriver là, et c'est ce qui me permet, quand je regarde dans le rétro, d'être fier de mon parcours... (il coupe). Quand on vous refuse les centres de formation alors que c'est un rêve de gosse, c'est une énorme claque... Je me suis malgré tout relevé, pour signer à Rouen, tout en acceptant que le rugby pro était peut-être derrière moi. Et même là, on ne m'a pas fait confiance... Je ne jouais pas et j'ai dû batailler comme un fou pour avoir ma chance... Dans la foulée je suis appelé à VII, mais là non plus je ne joue pas... Rebelote, je cravache et finalement je finis par jouer régulièrement... Et c'est à nouveau ce qu'il s'est passé à Toulon. On ne m'a jamais rien donné, alors je dois énormément à ma détermination. Je commence vraiment à être fier de mon début de carrière, même si je sais qu'il me reste un bon bout de chemin afin d'être encore meilleur chaque jour.

Vous évoquiez justement Toulon. Depuis le début de saison, vous êtes passé de joueur de rotation à titulaire indiscutable. Est-ce finalement la suite logique de votre carrière ?

Je ne sais pas, mais ça me fait du bien de voir que tous mes efforts finissent par payer (sourire). La saison passée, lorsque je suis arrivée de Rouen, j'étais en galère. J'ai alors dû accepter de faire le dos rond, de prendre sur moi, dans l'objectif d'engranger de l'expérience à un niveau que je découvrais... Et avec le recul, c'est justement cette saison d'apprentissage qui m'a permis de prendre la pleine mesure du championnat, du niveau, de l'équipe, de ce qu'on attendait de moi. Si aujourd'hui j'arrive à m'exprimer, à jouer librement et à rivaliser à ce niveau-là, c'est parce que j'ai su tirer le meilleur de ma première saison.

Faisiez-vous une forme de complexe d'infériorité ?

Complexe je ne crois pas, mais je crois simplement que j'ai toujours été ce mec qui a besoin d'observer de longues heures, de comprendre où il arrive pour apprendre avant de donner le meilleur de son potentiel. J'aime demander des conseils, qu'on m'oriente sur les choses à faire ou non, pour comprendre les méthodes de travail et les attentes propres à chaque contexte. Et le fait d'avoir pris toutes ces informations lors de ma première saison, m'a permis de grandir, de pouvoir évoluer à ce niveau.

Que vous en disent vos proches ?

Ils ne peuvent pas être surpris (rires). D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été teigneux, à vouloir me battre, m'accrocher même quand la quête semblait impossible. Ils me connaissent assez pour savoir que ce parcours me représente : je ne lâcherai jamais rien, qu'importe les difficultés, les blessures ou les échecs qui se mettront sur ma route.

Vous sentez-vous le porte-parole des jeunes qui partent d'un peu plus loin, voient les portes se fermer et doivent donc se battre plus que les autres pour croire en leurs rêves ?

C'est le rôle qui m'a un peu été attribué, notamment en Normandie. Ce n'est pas une terre de rugby, très peu de jeunes Normands deviennent professionnels, et rien qu'à l'échelle de ma région, j'ai prouvé qu'on pouvait -à force de beaucoup de travail et en ne cessant jamais de croire en soi- y arriver. Et quand on voit un club comme Rouen qui se structure au niveau professionnel, ça montre à tout le monde que tout est possible, et qu'il faut s'accrocher, qu'importe l'endroit d'où l'on vient, et qu'importe les portes qui peuvent se fermer au début.

Imaginiez-vous, dans vos rêves les plus fous, devenir international ?

Comme n'importe quel gamin qui prend sa licence (rires). Je me disais «et si un jour», mais je savais que c'était quasi impossible, car 100% des gamins qui jouent au rugby en rêvent, mais le nombre d'élus est infime. C'était donc un rêve bien plus qu'un objectif.

Désormais, comment ne pas prendre la grosse tête ?

Mon parcours m'a permis de comprendre qu'il était possible de vite monter, mais que par définition, la descente peut également être brutale... Donc ça ne sert à rien de se prendre pour un autre, de ralentir le rythme des entraînements, de se laisser aller. Je dois conserver mon énergie, mon désir de remplir toujours un peu plus le verre, car le moindre relâchement peut tout faire basculer. Et je n'ai pas envie de voir ce rêve éveillé s'effondrer. Je suis vraiment conscient que tout peut s'arrêter du jour au lendemain, alors je garde les pieds sur terre. D'autant que je n'ai rien gagné pour l'instant. J'ai encore beaucoup à apprendre, à prouver, alors je ne peux que garder la tête sur les épaules.

Quels objectifs vous fixez-vous aujourd'hui ? La tournée en Australie avec le XV de France ? Le mondial 2023 ?

Je pars de trop loin pour savoir qu'il faut avancer entraînement après entraînement, match après match. Je n'ai pas d'objectif à moyen terme, donc encore moins à long terme. Mon parcours m'a appris à prendre les choses comme elles se présentent. Comprenez que seule une excellente fin de saison avec Toulon pourrait m'ouvrir une éventuelle porte internationale en juillet. Pas l'inverse. Je pourrais bien vous dire que j'aimerais remporter le Six Nations 2022, mais je ne sais pas où j'en serais à ce moment-là... Alors comment afficher la Coupe du monde 2023 comme un objectif ? Évidemment que ce serait incroyable, et que je rêve d'y être, mais il faut d'abord être bon chaque week-end avec Toulon pour l'envisager.

Mais encore ?

Je veux grimper les marches les unes après les autres, sans griller la moindre étape. C'est ma façon de voir les choses depuis le jour où j'ai signé à Rouen. Je pense souvent au petit demi de mêlée en lequel pas grand monde ne croyait et qui s'est accroché, pour aujourd'hui jouer régulièrement à Toulon. C'est cet escalier invisible, et les marches que j'essaye de franchir saison après saison, qui m'animent, et me permettent de repousser mes limites.

Sur quels points aimeriez-vous encore progresser ?

Je dois encore parvenir à me canaliser sur mon aile. Je suis toujours trop attiré par le ballon. Je dois savoir être lucide à tout moment d'une rencontre, afin de savoir quand je peux aller dans un ruck, et comprendre quel est le meilleur moment pour me déplacer dans la ligne de défense. Je dois mieux lire le jeu. Il me faut également continuer à perfectionner mon jeu au pied. Je ne serais certainement jamais le joueur parfait, mais vous pouvez être certain que je donnerai tout pour progresser chaque semaine.

Cette saison en Top14 vous avez marqué six essais : quatre contre Clermont, un contre Toulouse et le dernier contre le Racing. Êtes-vous un joueur des grands matchs ?

Non, ce serait présomptueux (rires). Je suis surtout un joueur qui ne compte pas ses efforts, et qui se donne à 100% à chaque fois que le coach me donne l'opportunité d'enfiler le maillot. Après c'est certain que c'est indispensable d'être décisif dans ces matchs face aux "gros", mais ça n'a pas d'intérêt si on ne gagne pas les autres rencontres.

Vous avez prolongé votre bail avec Toulon jusqu'en 2024. Qu'est-ce qui vous a poussé à prendre cette décision ?

Toulon m'a fait confiance à un moment où pas grand monde ne croyait en moi, et je me dois de leur rendre cela. Puis c'est un club qui me correspond, avec un gros caractère, beaucoup de jeunes, une grande ambition, des infrastructures énormes... Alors je ne me voyais pas signer à Toulon, commencer à éclore et partir comme un voleur au bout de deux saisons. Je ne suis pas ce genre de personne, d'autant que j'avais besoin de continuité, et un désir certain de tout donner pour ce maillot. Cette prolongation était naturelle à mes yeux.

Enfin, vous n'avez jamais caché votre désir de participer aux Jeux Olympiques avec France VII. Où en êtes vous de votre réflexion, sachant qu'en plus d'éventuelles phases finales avec le RCT est venue s'ajouter la problématique d'une probable tournée en Australie avec le XV de France ?

C'est une question qui est plus que jamais d'actualité dans ma tête... C'est une décision très compliquée à prendre... Certes c'est le "choix du roi", et je suis un privilégié d'avoir peut-être ce genre d'échéances à disputer à XV comme à VII, mais il faut vraiment que je réfléchisse en bonne intelligence... Ça fait déjà un an qu'on s'entraîne, qu'on enchaîne avec Toulon et je ne dois pas me tromper... Honnêtement, je ne sais pas encore vers quelle voie j'irais, et je ne sais d'ailleurs pas si la porte de la tournée en Australie sera ouverte... Il y a beaucoup d'incertitudes, et une décision à prendre rapidement...

Existe-t-il un échange entre Patrice Collazo, Fabien Galthié et Jérôme Daret ?

J'imagine qu'ils en discutent, et que le choix final me reviendra. Je ne crois pas qu'on m'imposera quoi que ce soit, mais c'est clair que si les trois se présentent à moi, ça va être un choix cornélien... En tout cas, il y a bien échange, et il n'y aura pas de souci entre les coachs, c'est donc à moi de prendre une décision, pour permettre à tout le monde d'avancer...
 

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Pierrick Ilic-Ruffinatti
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