Carbonel : « On devient accro au niveau international à la seconde où on y goûte… »

  • Louis Carbonel à la manœuvre du jeu toulonnais. Photo Icon Sport
    Louis Carbonel à la manœuvre du jeu toulonnais. Photo Icon Sport
Publié le , mis à jour

Auteur d’une saison parfaite, Louis Carbonel n’a de cesse de confirmer les immenses espoirs placés en lui depuis son plus jeune âge. À 22 ans, l’ouvreur international (3 sélections) a accepté d’expliquer à Midi Olympique les raisons qui l’ont poussé à prolonger avec son club formateur. "Lou" a ensuite pris le temps de nous donner sa vision du poste d’ouvreur, avant de nous parler de la concurrence en équipe de France.

Louis, vous avez récemment prolongé avec Toulon jusqu’en 2023. Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre cette décision, alors que des clubs comme Lyon, Toulouse ou La Rochelle avaient fait part de leur intérêt ?

Simplement parce que tout était réuni pour que je réussisse et que je m’épanouisse à Toulon. Je connais le club, on me fait confiance, je suis titulaire… Puis j’ai envie de terminer ma formation ici. Même si je joue en Top 4 depuis trois saisons et demie, je demeure un jeune joueur (22 ans), alors j’avais ce désir de finir d’apprendre les clés de mon job dans mon club de toujours.

N’aurait-il pas été pertinent de sortir de cette fameuse "zone de confort" et du contexte RCT que vous connaissez depuis l’âge de 6 ans ?

À quoi bon partir, alors que je considérais que ma progression passait par Toulon ? Tout est à ma disposition ici, je sens qu’on croit en moi et je suis convaincu d’avoir encore énormément à donner pour ce club. J’ai encore tout à faire, tout à prouver au RCT.

Vous n’avez donc pas réellement hésité ?

C’est flatteur d’avoir d’autres grands clubs qui s’intéressent à moi, mais je voyais aucune raison de quitter le RCT. D’autant que je crois sincèrement au projet mis en place depuis plusieurs saisons par le club. Depuis un peu plus d’un an nous avons un nouveau président, un centre d’entraînement flambant neuf, et Toulon va vers de très beaux jours…

Si jamais Toulon venait à manquer les phases finales cette saison, serait-ce un premier coup d’arrêt ?

Ce serait une immense déception, mais qui ne me ferait certainement pas regretter ma décision. Il était important pour moi de prolonger dans mon club de cœur, et je vais essayer d’aider à remettre le RCT au sommet du rugby français et européen.

Vous avez énormément joué cette saison, mais Anthony Belleau revient actuellement de blessure. Avez-vous demandé une garantie concernant votre temps de jeu avant de prolonger ?

Il faut quand même savoir rester modeste : qui serais-je pour demander d’être titulaire indiscutable ? Non je n’ai demandé aucune garantie, et plutôt qu’essayer de demander si je pourrais jouer le plus possible, je vais faire en sorte d’être bon tous les week-ends, afin de me rendre "indispensable", même si c’est un terme que je n’apprécie pas. On verra ensuite comment le staff répartira le temps de jeu.

Pour revenir au terrain, vous montez en puissance depuis plusieurs semaines, avec une performance référence contre Toulouse. On a senti que dans le désordre vous étiez intouchable pour les défenseurs…

Je me sens super à l’aise dans le mouvement. Je suis un joueur d’instinct, et je ne suis pas fan des "schémas de jeu". J’adore l’adaptation, la vitesse et la prise de décision qui va mettre le bazar dans une défense. Ce qui me stimule, à mon poste et dans le rugby que j’essaye de mettre en place, c’est la rapidité d’exécution et l’incertitude. Quand un ouvreur impose son tempo, il peut permettre à son équipe de faire plier n’importe quelle structure défensive.

Pourtant, Yann Delaigue confiait récemment à Var Matin qu’il vous sentait "un peu bridé" sur le terrain avec le RCT, et que vous vous adaptiez davantage à la stratégie de l’équipe que l’inverse. Qu’en pensez-vous ?

C’est difficile de répondre à cela, mais j’aimerais simplement expliquer que n’importe quel ouvreur a des consignes à respecter. J’évolue à un poste stratégique, et forcément qu’on ne peut pas mettre en place le même jeu que d’autres équipes du championnat. Mais comment pourrait-on prétendre à le faire, alors que chaque joueur et chaque équipe ont un profil de jeu identifié ? En ce qui me concerne j’essaye surtout de prendre du plaisir, et cela passe par un RCT qui joue bien, et surtout un RCT qui gagne.

Quel est selon vous le rôle de l’ouvreur dans le jeu mis en place par Toulon ?

Au-delà des attentes qui incombent à mon poste, Patrice me demande de sentir ce dont l’équipe a besoin. C’est pour ça qu’au-delà de la stratégie, j’apprends à lire les situations, à chercher dans les comportements de mes coéquipiers ce dont ils ont besoin à tel ou tel moment, en fonction du scénario, du score, de la fatigue.

En résumé, quelle est votre définition du poste d’ouvreur ?

Au-delà d’être à l’aise au pied comme à la main, le numéro 10 doit savoir répondre aux demandes du jeu. Il doit être stratège, mais également mettre de la folie : rester dans un cadre, tout en étant imprévisible. Le but est de créer de l’incertitude et du mouvement autour de sa zone, afin de déstabiliser l’adversaire.

Continuez…

Le meilleur sentiment, c’est de prendre le ballon et de voir dans le regard de l’adversaire qu’il n’a aucune idée de ce qui va se passer dans les deux prochaines secondes. Est-ce que je vais servir un avant à l’intérieur ? Mon premier centre ? Le deuxième ? Tenter le coup seul ? Sachant que la finalité est de parvenir à ouvrir une porte, qu’elle soit pour moi ou pour un coéquipier. En résumé, un numéro 10 doit être stratège et créateur.

En octobre, vous nous aviez confié votre rêve de devenir international. Vous comptez désormais 3 sélections. Quel regard portez-vous sur cela ?

Ça pourrait ressembler à un accomplissement, mais la réalité c’est qu’on devient accro au niveau international à la seconde où on y goûte… Malheureusement sur mes premières apparitions, et notamment contre l’Italie, je me suis mis trop de pression et peut-être que je me suis un peu loupé. Je suis compétiteur, j’en veux toujours plus et j’ai certainement voulu trop bien faire… Mais j’ai beaucoup appris, et j’ai désormais envie de revenir pour montrer que ces trois sélections m’ont permis de grandir.

La "hiérarchie" est souvent un gros mot dans le sport de haut niveau, mais aujourd’hui Romain Ntamack et Matthieu Jalibert semblent se disputer la place de numéro 1. Comment faire basculer la situation ?

Je ne serais pas lucide si j’affirmais le contraire. Je pense que la seule chose qui peut faire peser la balance aux yeux du staff, c’est s’il retrouve le même Louis Carbonel en club et en sélection. Je dois être performant à chaque entraînement, sur chaque prise de balle, sur chaque coup de pied. Je veux montrer au staff que je peux apporter beaucoup. Et si j’ai la chance d’être sur les feuilles de match, je dois mettre à profit chaque seconde, afin qu’on me donne, un jour, ma chance. Et quand on me tendra la main, je peux vous assurer que je saurais la saisir.

Avez-vous la tournée en Australie dans un coin de la tête ?

Dans un coin de la tête oui, mais si aujourd’hui ma priorité était le XV de France, alors que Toulon est à deux matchs d’une éventuelle qualification, je serais complètement à côté de la plaque. Une fois que le Top14 sera terminé, je basculerai sur l’équipe de France. Même si j’ai eu la chance d’y goûter, représenter son pays est un rêve, un challenge tellement excitant… J’espère que le staff du XV de France fera appel à moi, mais pour cela il faut que je continue de prendre du plaisir et d’être à mon avantage à Toulon. Et vous l’aurez compris : la seule façon pour moi d’être performant, c’est d’être moi-même, de jouer mon rugby, d’avoir le sourire et surtout de ne pas essayer de ressembler à certains joueurs, ou à certains styles de jeu.

"Je suis un joueur d’instinct, et je ne suis pas fan des "schémas de jeu". J’adore l’adaptation, la vitesse et la prise de décision qui va mettre le bazar dans une défense."

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Pierrick Ilic-Ruffinati
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