Beauté des larmes

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L'édito du vendredi par Léo Faure... Il y aura des larmes, samedi soir. Des mines basses, renfrognées, le front plissé et tombant sur des yeux humides. Des têtes dans les mains, des mains sur les hanches, des hanches qui s’affaissent et des torses qui se dégonflent. Parce qu’il y aura des éliminés, samedi soir, au terme d’une année superbement chaotique : peu de public dans les stades, puis plus personne ; la crainte des huis clos, des dépôts de bilan, des péréquations et des contaminations qui vous plombent une saison.

Tout ça, ce grand capharnaüm d’un monde sous Covid qui n’a évidemment pas épargné le rugby, pour en arriver à ce moment qu’on chérit tant : les phases finales.

Il y aura des larmes à Montpellier, en Pro D2. Entre Perpignan et Biarritz, il y aura un vaincu, dans une confrontation finale où rien n’est jamais plus sûr que l’incertain. Le battu pleurera alors qu’il n’aura pas tout perdu : l’objectif d’une accession au Top 14 demeurera, avec une dernière balle à tirer en barrage la semaine suivante. Pourtant, une montée est un projet, un titre est un rêve. À Montpellier, le perdant aura abandonné le plus beau des deux. Cela vaut bien un sanglot.

Il y aura des larmes à Clermont, Castres ou Bayonne. Dans ce dernier sprint du Top 14, deux des quatre plus grandes écuries de notre rugby acteront leur élimination et cette idée que, dix mois durant, ils ont lutté pour un résultat insignifiant.

Ce sera Castres ou Paris, qui reviennent des tréfonds du classement pour s’offrir un épilogue haletant. Sont-ils partis de trop loin ? Leur fin de saison, sublime, a fait grandir leur désir. À l’idée de cette qualification, depuis septembre, ils ont soupiré, renié, pensé puis cru. Jusqu’à l’ambitionner franchement, désormais. Sans se cacher. Si elle ne vient pas, si les portes du top 6 se referment sur eux au bout de ces ultimes minutes de phase régulière, la désillusion n’en sera que plus grande. La tristesse aussi.

Clermont et Toulon, aussi, peuvent sortir du jeu. Avec un parcours bien différent : à eux deux, l’ASM et le RCT n’ont été absents du top 6 qu’à neuf reprises, cette saison, sur cinquante possibles. Ils sont encore présents dans le bon wagon, à l’aube de cette dernière journée. En disparaître pour une poignée de minutes, un point de bonus oublié ou une pénalité ratée, serait immensément cruel.

Il y aura des larmes, un peu partout. C’est pourtant le plus beau. Parce qu’il n’y a pas de grand triomphe sans grande désillusion, la valeur d’un titre ne s’apprécie qu’aux lumières de sa difficulté à l’atteindre. Un Brennus glané sans mal et ni concurrence n’aurait ni saveur, ni valeur.

Il faut l’avoir raté pour mieux le désirer. C’est le charme de ce Top 14, son âpreté et sa densité, où la gloire ne s’offre jamais aux premiers venus. Samedi, les sourires sur les visages des gagnants seront immenses, aussi parce qu’il y aura des larmes sur les joues des battus. C’est à ce prisme que l’on juge pleinement de la valeur d’une compétition.

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