4 barragistes pour 4 destins

  • Le Racing 92 de Gaël Fickou retrouvera ce vendredi le Stade français en match de barrage
    Le Racing 92 de Gaël Fickou retrouvera ce vendredi le Stade français en match de barrage Icon Sport
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Ils sont quatre, quatres clubs aux parcours différents, quatre clubs pour deux places. Le Racing 92, le Stade français, l'Union Bordeaux-Bègles et l'ASM Clermont se retrouveront ce week-end à l'occasion de deux matchs de barrages. Focus sur ces formations qui s'apprêtent à jouer leur place en demi-finale.

Top 14 - Racing 92
Top 14 - Racing 92 Abaca / Icon Sport

Le pire des tirages ?

On jurerait que Laurent Travers aurait préféré un tout autre tirage que celui qui leur est proposé. À bien des égards, le derby francilien s’annonce brûlant...

Au sujet de ce quart de finale, il y a ce que dit Gonzalo Quesada, le manager parisien : "Il faudra élever le curseur de notre jeu de 25 ou 30 niveaux pour arriver à celui du Racing." Et puis il y a le reste : d’abord, et même s’il sera toujours moins sulfureux qu’un Biarritz - Bayonne ou un Narbonne - Perpignan, ce match reste un derby et par essence, une rencontre déraisonnable et ne ressemblant à aucune autre ; ensuite, parce que le Stade français réussit plutôt bien sur la pelouse ultra-rapide de Paris-La Défense-Arena, en atteste sa dernière victoire (35-29), implacable et logique, survenue il y a un peu plus d’un mois ; enfin, parce que le Racing 92 aurait eu, face à Clermont par exemple, un avantage psychologique dont il sera dépourvu ce week-end, contre des soldats roses certes en reconstruction, mais suffisamment sérieux en conquête directe et en défense pour poser des problèmes aux finalistes de la Coupe d’Europe 2019-2020.

En mêlée fermée, un secteur de jeu où les Franciliens ont parfois éprouvé des difficultés ces dernières semaines, le Stade français semble plutôt serein : à droite, Paul Alo-Emile n’a aucun équivalent dans le championnat de France quand à gauche, l’ancien Racingman Vasil Kakovin connaît indéniablement une seconde jeunesse du côté de la Porte d’Auteuil et, week-end après week-end, remue de la viande en mêlée.

L’essentiel est ailleurs, vous dîtes ? Disons que si les Racingmen parviennent à rivaliser dans le combat d’avants avec les soldats roses, la plus belle ligne de trois-quarts de l’Hexagone devrait pouvoir mettre à mort la bête parisienne. Depuis que Kurtley Beale a pris une nouvelle épaisseur dans le vestiaire, depuis que Gaël Fickou et Virimi Vakatawa sont associés au centre de l’attaque du Racing, les gonzes de Laurent Travers et Mike Prendergast ont évidemment un petit quelque chose des "galactiques" madrilènes, époque Figo-Zidane-Beckham, s’entend ici.

Malgré tout, le système défensif des Parisiens, construit autour de Jonathan Danty et Waisea Nayacalevu, pourrait être le grain de sable pouvant faire dérailler la belle machine du Racing. Le sentez-vous approcher, le souffle du derby ? M.D.

Top 14 - Stade français
Top 14 - Stade français Icon Sport

Fickou, la « Jiff » de trop…

Le trois-quart centre passé il y a peu du Stade français au Racing 92 va vivre un drôle de match alors que Paris aurait bien eu besoin de lui…

Il s’en serait bien passé, Gaël Fickou. À voir sa tête à l’issue de la victoire de sa nouvelle équipe sur Brive (55-12), l’ancien joueur du Stade français aurait sans doute payé pour s’éviter des retrouvailles embarrassantes. Pour le trois-quarts centre international, un drôle de match se prépare. Une situation à rendre un moine shaolin sous opium complètement bipolaire.

Ce dernier a joué les deux tiers de la saison avec les Soldats roses avant de franchir le périphérique, provoquant débats et polémiques. Les dirigeants des deux clubs s’étaient entendus pour lui épargner le trouble de jouer le match retour à la Paris-La Défense Arena, remporté par Quesada et ses hommes (35-19). Cette fois, il y sera bien. Et fera contre mauvaise fortune, bon cœur. "Ils (le Stade français) sont remontés très forts pour aller jusqu’à la sixième place, a-t-il déclaré au micro de nos confrères de Canal +. Bravo à eux. Ce sera un gros match pour lequel nous allons nous préparer." Pas un mot de plus. Comme d’habitude, il a fait le job. Sans rien montrer de ses sentiments.

Dans les rangs parisiens, on espère évidemment ne pas avoir à regretter ce choix dicté par des considérations financières, liées au respect du salary cap. Et pour cause. Le manager Gonzalo Quesada aurait bien eu besoin d’un Jiff supplémentaire à sa disposition pour ce barrage. À Bayonne, pour respecter la règle des Jiff qui impose une moyenne de 16 joueurs issus de la formation française présents sur les feuilles de match sur l’ensemble de la saison (phase finale comprise), le staff parisien avait été contraint de laisser en tribunes des joueurs comme Marcos Kremer ou encore Nicolas Sanchez. Bis repetita vendredi prochain. Quesada devra trouver des solutions pour n’aligner que sept joueurs non Jiff sur 23.

Problème supplémentaire : les Parisiens sont rentrés de Bayonne meurtris. Yoann Maestri (facture au visage), Antoine Burban (suspicion de fracture de la mâchoire) et Jonathan Danty (acromio) pourraient être forfaits. Vasil Kakovin, Jiff également, doit passer une IRM d’un mollet. D’ici à ce que Thomas Lombard, Christophe Moni, Laurent Sempéré ou Julien Arias rechaussent les crampons… A.B.

Top 14 - Union Bordeaux-Bègles
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Urios, encore un coup de gueule

Les Bordelais ont donc perdu à domicile et leur coach a utilisé ce revers pour mettre un nouveau coup de pression, sans concession.

Une nouvelle fois, Christophe Urios n’a pas mâché ses mots. Après la défaite de Bordeaux-Bègles face à Toulouse, il a sorti la sulfateuse.

"En fait, j’ai passé ma semaine à gueuler. Mardi, par exemple, notre entraînement fut très mauvais. Un peu meilleur jeudi, c’est vrai. Mais il y avait des mauvais signes, des joueurs qui arrivent en retard par exemple. Sur le plan de l’état d’esprit, ce n’était pas bon. Au niveau rugby, c’était nul. Nous avons fait une première mi-temps indigne du top 6. La seconde mi-temps fut plus engagée mais tactiquement catastrophique. On s’est amusé ! Ça m’a rappelé le Bordeaux d’il y a quelques années. On fait des passes comme ci, comme ça. On joue au pied au moment de marquer et on se fait des passes par-dessus. Je déteste mon équipe quand elle joue comme ça. Je ne me suis pas reconnu dans cette rencontre. Mais attention, tout ça peut s’arrêter très vite… Clermont va nous mettre à la page." Avant d’ajouter, ironique : "Je vais peut-être changer mes vacances."

Évidemment, il faut prendre ces propos très durs avec du recul car de son propre aveu, le manager de l’UBB était d’abord en mode préparation pour le barrage. Une victoire contre Toulouse n’était pas la priorité des priorités. La preuve, Matthieu Jalibert était sur le banc au coup d’envoi.

Cette défaite, il ne l’a pas souhaitée, mais il s’en est visiblement servi pour remettre de la pression avant le rendez-vous face à Clermont. Pression sur ses joueurs : "Certains m’ont déçu." Rappel aussi que l’image du "beau jeu" que s’est forgée l’UBB dans les années 2010 n’est pas toujours compatible avec la conquête des trophées (controverse éternelle).

Rappel vis-à-vis de ses dirigeants, de son président, de ses supporters que son approche du rugby "pragmatique" est la plus compatible avec les exigences de la compétition. "Lundi, je ne vais pas me tromper de discours" a-t-il prévenu. La semaine sera chaude à Moga, c’est bien normal pour une première historique. Pour le match lui-même, on ne peut que regretter l’absence de Jandre Marais, suspendu. "Ça, c’est un vrai coup dur. Incontestable." J.P.

Top 14 - ASM Clermont
Top 14 - ASM Clermont Icon Sport

Étrangement, comme un « petit »

Sous pression jusqu’à l’ultime journée pour une place dans les six, les Auvergnats savent qu’ils n’inspirent plus la même crainte. Une aubaine ?

Le paradoxe vient ici : on peut avoir figuré dans douze des treize dernières phases finales de Top 14 (depuis 2007, Clermont n’a raté que l’édition 2018) avoir dans le même laps de temps disputé trois finales de Coupe d’Europe et remporté deux Boucliers de Brennus (2010, 2017) et aborder ce nouvel exercice couperet dans le costume clairement établi d’outsider. Le parcours de Clermont, cette saison, capable de très bonnes choses mais aussi de trous d’air inquiétants, veut cela.

"On ne sera probablement pas favoris. Désormais, c’est tout bonus" admettait d’ailleurs le capitaine Camille Lopez, samedi soir après la victoire sur La Rochelle (25-20). "L’important était de gagner, c’est chose faite. On savait que nous avions notre destin en mains et nous avons su le saisir. Nous avions l’envie d’aller en phases finales, nous l’avons montré." Son deuxième ligne Paul Jedrasiak servait le même constat. "On n’a pas eu une saison facile, mais on est encore là. Il faut rester humble et continuer de travailler pour vivre cette fin de saison."

Cette envie de ne pas s’arrêter là, que les Clermontois ont effectivement démontrée face au Stade rochelais, suffira-t-elle à passer l’écueil bordelais sur la pelouse de Chaban-Delmas ? La question trouve sa réponse à la racine du rugby : quand Clermont profite de bons ballons d’attaque, il n’a rien à envier aux meilleures écuries européennes. Encore faut-il disposer de ces (bons) ballons.

Face à l’UBB, c’est dans le jeu d’avants que les Clermontois seront attendus au tournant. Une rengaine, cette saison, dans un secteur grandement fragilisé par les blessures. Les retours espérés d’Arthur Iturria et Jacobus Van Tonder pourraient influer sur cette problématique. Mais Clermont abordera clairement ce match dans la peau du "petit". Rien à perdre, tout à gagner. Une rareté dans leur histoire récente. Et si, finalement, c’est ce qui devait le mieux leur convenir ? Lé.F.

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