Bru : « On doit et on va aller chercher une victoire »

  • Yannick Bru
    Yannick Bru Icon Sport - Icon Sport
Publié le , mis à jour

Dimanche matin, le manager de l’Aviron Bayonnais nous a accordé une longue interview, pendant laquelle il est revenu sur cette saison vraiment pas comme les autres et a rappelé sa grande motivation avant le match d’accession, qui aura lieu samedi entre les deux voisins basques.

La France du rugby voulait ce derby. Le Pays Basque non, il le redoutait. Et vous ?

Nous nous étions préparés à cette échéance depuis un mois. L’idée était de monter en puissance, parce que je ressentais, au fond de moi, que les oppositions de fin de saison nous étaient défavorables. Je ne peux pas dire que je le redoutais. On aurait aimé qu’il y ait une surprise, on s’est donné les moyens de la créer, mais malgré la progression de l’équipe, il y a une dramaturgie sur ces cinq dernières minutes, samedi soir. On va dire que c’était écrit.

Néanmoins, il doit y avoir des regrets de ne pas avoir su accrocher le maintien avant ? Vous avez eu plusieurs cartouches…

Il y a des regrets, c’est certain. Mais il y a aussi une progression depuis la défaite contre Bordeaux, l'équipe est montée en puissance. C’est ce que je retiens. Regarder dans le rétroviseur, à ce moment de la saison, ne sert à rien. Il faut regarder devant. On doit mettre toute notre énergie sur samedi. L’intersaison sera propice à analyser les regrets et moments clés.

Vous terminez la phase régulière avec dix victoires, comme Montpellier. Pau n’en a que neuf. C’est dur d’être barragiste, après ce constat ?

Si on dit que c’est dur, c’est qu’on commence à regarder dans le rétroviseur et à se lamenter. Le Top 14 est ultra-compétitif. Nous avons gagné dix matchs, nous avons battu plusieurs fois des grosses cylindrées du championnat. On a fait des performances qui montrent qu’on a notre place dans l’élite. Maintenant, il nous manque des points de bonus défensif notamment. Ce championnat est impitoyable. Si on n’est pas capable d’aligner deux équipes compétitives, on voit certains matchs nous échapper. On a un noyau de joueurs qui est compétitif, qui a matché à ce niveau. On l’a encore vu samedi soir ou à Montpellier. Mais quand certains sont absents, on a des difficultés à être compétitif. C’est la réalité de ce qu’on a vécu. Cependant, on a aussi gagné un match de plus que nos concurrents qui ne passeront pas par ce barrage. Ça veut dire qu’on a des fondations solides. On n’a pas traversé ce Top 14 de manière fantomatique. Je pense que beaucoup d’équipes savent qu’on n’a pas de gros moyens à Bayonne, mais elles savent aussi qu’il faut nous respecter.

Que vous a-t-il manqué pour éviter ce barrage ?

Un point et on l’a laissé à Pau. Ce déplacement restera gravé dans ma tête comme une grosse injustice.

Votre mêlée a été mise en difficulté hier. Êtes-vous inquiet ?

Il faut rendre hommage à la puissance de la conquête parisienne, elle a mis en difficulté le LOU. Les phases statiques ont été un point fort, de notre côté, ces derniers mois. On a été mis en difficulté à des moments cruciaux du match sur notre mêlée et dominés dans les airs. Mais ça ne se reproduira pas. Ça nous permettra d'opérer une bonne remise en question et d’être prêts samedi.

Votre ligne de trois-quarts est jeune, avec ses défauts et qualités. Néanmoins, elle manque parfois de facteurs X pour faire la différence. Cette saison, trois d’entre eux ont été écartés du club pour des raisons extra-sportives. Le cadre que vous aviez fixé à votre arrivée est-il au-dessus de ces individualités ?

Avec le président et l’ensemble des actionnaires ou partenaires, on a défini un cadre basé sur la formation du club, les jeunes du territoire et l’attitude du joueur professionnel, par rapport à l’histoire de l'Aviron Bayonnais. Je pense qu’il faut garder ce cadre, sinon le message devient illisible pour les jeunes du club. Le cadre est au-dessus des péripéties de court terme. C’est ce qui a guidé nos choix et je ne le regrette pas. Quand on prend une direction, même si les vagues tapent fort, il faut être capable de tenir la barre pour garder le cap. C’est à ce prix que les joueurs voient un projet cohérent.

Parlons du barrage. Samedi, vous aurez tout à perdre et Biarritz aura tout à gagner…

Je ne suis pas d’accord avec vous. C’est un match pour gagner un ticket en Top 14. On va y aller avec la détermination de montrer que le projet de Bayonne a sa place dans l'élite du rugby français. On doit et on va aller chercher une victoire, et ne surtout pas jouer avec l’esprit du perdant.

 

Yannick Bru et ses joueurs
Yannick Bru et ses joueurs Icon Sport - Icon Sport

 

Jamais l’équipe de Top 14 n’a gagné cet “access match”. Vous n’avez jamais remporté de derby et votre équipe a du mal avec les matchs couperets. Vous espérez donc faire mentir les chiffres.

Je crois que le contexte est vraiment différent. Il y a quelques années, quand on a perdu ces derbies, nous avions une équipe très jeune. Elle a deux ans de plus, nous avons tous appris de ça. J’ai pu m'imprégner de la culture locale et j’ai compris certaines choses. Ensuite, jamais la compétition et la concurrence au sein de ce Top 14 n’ont été aussi fortes que cette année. On se retrouve barragiste avec dix victoires, une de plus que Pau. Je pense qu’on a montré à tout le monde qu'on devait être respectés dans ce championnat avec nos forces et faiblesses. Cette expérience, rajoutée à la saison qu’on vient de vivre, nous donnent une énergie incroyable. Je pense sincèrement qu’on fera mentir les statistiques de l’access match de ces deux dernières années.

Samedi, en plus de jouer un barrage, vous jouerez un derby face à Biarritz. Que comptez-vous faire pour ne pas être pris dans l'euphorie du rendez-vous ?

On doit juste se centrer sur notre métier et notre rôle. Il faut se blinder de façon à être hermétique aux discussions des médias, des supporters, des consultants. Je veillerai, cette semaine, à ce qu’on ne mette pas un pied là-dedans. Je suis convaincu que si on reste centrés sur notre rôle sportif et notre niveau, sur ce qu’on a accompli ces derniers temps, on gagnera ce barrage.

À votre arrivée en 2018, vous aviez dédramatisé l'événement en disant que c’était un match comme un autre. Depuis, vous avez changé de position ?

C’est vrai que je ne connaissais pas réellement la culture locale. Maintenant, j’ai eu l’occasion de m’en imprégner. J’ai coutume de dire, quand je prépare un match, qu’on joue pour nous, pour gagner, pour notre performance. J’ai toujours été motivé par notre projet, pas par le malheur des autres ou par une rivalité. J’ai compris, ici, qu’il y a une culture différente et historique. Il faut respecter ça. J’ai appris de ça et pour toutes ces raisons, avec l’ensemble du staff, nous serons en mesure de préparer ce match comme il faut.

Comment comptez-vous appréhender toute cette pression autour de ce rendez-vous ?

Cette pression est là depuis plusieurs mois. Il y a un sentiment de responsabilité de l’ensemble de l’effectif, du staff, vis-à-vis de nos partenaires, abonnés, actionnaires. D’ailleurs, un grand merci au public pour son soutien, contre Paris. Ça nous a fait un bien fou d’entendre les chants et l’équipe a vraiment apprécié ce soutien magnifique. Samedi, il n’y a rien de fondamental qui va changer par rapport à ce qu’on vit depuis maintenant plusieurs mois. On a préparé cette échéance-là. Elle arrive. Nous devons être à la hauteur.

Peyo Muscarditz a dit qu’il fallait prendre ce derby comme une fête. Partagez-vous ce sentiment ?

Complètement. Il va y avoir un engouement important, ça fait partie du folklore du Pays basque. On a l’impression que le destin, petit à petit, nous a poussés à ce rendez-vous. Ça va être un souvenir formidable pour l’ensemble des acteurs et des passionnés de rugby, ici. Ça va nous permettre de vivre un moment comme le rugby les aime. D’une part, il faudra être à la hauteur, mais il faut aussi savoir profiter pleinement de ces moments. Je considère que c’est une chance de vivre ça.

Vous avez de nombreux jeunes dans votre équipe. Ils connaissent l’importance d’un derby. Est-ce une chance pour préparer ce match ?

Bien sûr. Vous le savez, notre projet est basé sur beaucoup de jeunes formés au club. On en avait encore dix samedi soir. C’est une force et je pense qu’on aura un sentiment de responsabilité très fort à la fin de la semaine.

Que se passera-t-il, samedi, en cas de défaite ?

Comme on l’a toujours fait, on fera face à nos responsabilités, mais je ne l’envisage pas du tout. Au moment où je vous parle, j’ai une énergie et une détermination incroyable.

Détachons-nous un peu de ce match de samedi. Nous arrivons à la fin d’une saison à part. Comment l'avez-vous trouvée ?

Ça a été une saison froide, dure mentalement. Je pense qu’on ne vivra jamais de saisons aussi dures que celle-là. Malgré tout, on a gagné dix fois. On a battu des gros calibres de ce championnat. Les joueurs ont souvent fait honneur au maillot malgré ces difficultés. Je pense que passer cette saison difficile va renforcer de manière incroyable nos fondations. C’est pour ça qu’on a un très grand rendez-vous samedi.

 

Yannick Bru lors d'un échauffement d'avant-match
Yannick Bru lors d'un échauffement d'avant-match Icon Sport - Icon Sport

 

Que vous a-t-elle appris en tant que manager ?

Dans le rapport avec notre effectif, rien de fondamentalement différent de ce que j’avais appris dès ma première année de Pro D2. Ici, les rapports humains sont très forts au sein du sportif. On a des liens solides, une entraide, un staff qui doit souvent venir au soutien de nos jeunes joueurs. C’est un peu différent de ce que j’avais connu jusqu’à maintenant, mais c’est très, très riche. Je suis content de l’avoir vécu. Cette année, j’ai redécouvert que le Top 14 est d’une exigence terrible. Pour figurer dans ce rodéo, il faut avoir deux équipes prêtes à combattre d’un week-end sur l’autre. À chaque match, on laisse deux ou trois joueurs sur le carreau. En haut comme en bas, c’est très, très serré. Le moindre faux pas se paye cash. Ce sera une leçon pour l’avenir de l’Aviron bayonnais.

En tant que manager, vous aimez maîtriser les choses. Mais cette saison, avec la Covid, on ne pouvait rien maîtriser. Était-ce stimulant, agaçant ?

Tous les managers essaient de contrôler un maximum de choses, tout en acceptant qu’il y a énormément d’impondérables dans une équipe de rugby. Cette année, l’adaptation et l’urgence ont été les maîtres-mots. Passer cet écueil, c’est se rendre plus fort pour le futur.

Avez-vous davantage responsabilisé vos joueurs ?

Incontestablement, notre jeune effectif a pris en maturité. Ces deux années vécues en Top 14 et la difficulté de cette dernière saison a, d’une part, renforcé les liens, et de l’autre l’expérience et le leadership. J’ai pu observer ces derniers mois que nos leaders avaient pris un peu plus d’autorité. C’est vraiment le chemin qu’on doit emprunter.

Vous le disiez un peu plus tôt, le Top 14 est rude, mais c’est ce qui le rend beau…

Plus que jamais cette année, avec les épisodes Covid, le stress que ça a généré, l’impossibilité des uns et des autres de voyager - et notamment pour les joueurs étrangers qui ne pouvaient pas se rendre chez eux - ça a créé une tension. Je n’ai pas souvenir que les effectifs de Top 14 aient été plus touchés par les blessures que cette année. La profondeur du banc et la capacité à faire des rotations sont déterminantes pour exister dans ce marathon.

On suppose donc que vous partagez les propos de Philippe Saint-André au sujet du calendrier dantesque qu’a eu son équipe sur la fin de saison…

La cadence qui a été imposée à Montpellier est contraire aux principes élémentaires de protection de la santé du joueur. Je comprends Philippe quand il s’énervait en disant qu’on prend des mesures drastiques pour protéger la santé des joueurs par rapport au Covid et on les expose d’une manière irresponsable. Je reste dans mon rôle de coach, mais qui est soucieux de la santé des effectifs. Je le redis, ça a été une saison hors normes. Il y a eu beaucoup d’excès.

Terminons sur le haut de tableau. Selon vous, Toulouse est-il en route vers le doublé ?

Je sais que les maîtres-mots de cette maison sont l’ambition et la remise en question. Le Stade Toulousain va être programmé pour jouer ce doublé. Mais il y a aussi un autre candidat, La Rochelle, qui a montré qu’il avait les qualités pour contrer Toulouse. La phase finale va être passionnante. Je me garderai bien de faire un pronostic, mais je sens qu’il va y avoir un deuxième affrontement Toulouse-La Rochelle.

Propos recueillis par Pablo Ordas

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